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Ordre des avocats.
La tension sans précédent entre
le bâtonnier Sameh Achour et le Conseil de l’Ordre, dominé par
les Frères musulmans, relance les craintes d’une nouvelle ingérence
de l’Etat. |
| Déchiré par
les conflits |
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«
Je suis déterminé à faire face aux tentatives des Frères de
dominer le syndicat. Je ne leur permettrai jamais de semer la
zizanie dans les rangs des avocats », déclare le bâtonnier Sameh
Achour. Quelques semaines après les élections du 12 mars, les
différends ont refait brutalement surface à l’Ordre des avocats,
où Sameh Achour est aux prises avec les Frères musulmans dominant
au sein du Conseil de l’Ordre.
Tout a commencé
le 19 avril, lorsque le Conseil du syndicat décide de tenir
une réunion pour choisir les membres du bureau de l’Ordre en
l’absence du bâtonnier. Seuls les 14 Frères musulmans membres
du conseil étaient présents à cette réunion, les autres n’ayant
pas été conviés. Selon les partisans d’Achour, les Frères se
sont adjugés eux et leurs partisans tous les postes-clés au
sein du bureau. « Ils ont placé Mohamad Kamel, un Wafdiste élu
sur leur liste, au poste de trésorier. Quant à Seiffel-Islam
Hassan Al-Banna, figure de proue des Frères, il a obtenu le
poste de secrétaire général », assure Saber Amar, membre du
conseil et partisan d’Achour.
La tenue de cette
réunion a mis le feu aux poudres. Exaspéré par la conduite des
Frères, Sameh Achour a tenu une conférence de presse dans son
bureau, au syndicat, où il a dénoncé « les visées dominatrices
des Frères qui veulent imposer leur hégémonie sur l’établissement
». Le président de l’Ordre a décidé de suspendre toutes les
décisions des Frères qu’il considère comme illégales. De même,
il a décidé d’interdire aux Frères tout contact au nom du syndicat
avec les institutions bancaires. Achour a de même appelé à la
tenue d’une assemblée générale extraordinaire pour retirer la
confiance à la confrérie. « Ce sera moi ou les Frères », a-t-il
déclaré. Et d’affirmer qu’il s’en remettait aux avocats pour
trancher ce conflit.
« Nous ne pouvons
pas laisser les Frères poursuivre leurs agissements irresponsables,
diviser les rangs du syndicat et le conduire à nouveau vers
le tunnel sombre », a martelé Achour.
Sameh Achour avait
été réélu le 12 mars dernier à la tête du syndicat après une
âpre bataille contre les Frères musulmans. Ces derniers avaient
obtenu 15 sièges sur un total de 24 lors des élections, contre
9 aux partisans d’Achour. La confrérie domine le Conseil de
l’Ordre depuis le début des années 1990. Mais l’élection en
2000 de Sameh Achour à la tête de l’Ordre a donné lieu à des
confrontations sans merci entre les partisans des deux courants,
nassérien et islamiste. |
Contre-attaque
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Face
à l’escalade, les Frères contre-attaquent. « Sameh Achour n’a
pas le droit de convoquer une assemblée générale pour nous retirer
la confiance. Car les élections ont déjà dit leur mot à ce sujet
», affirme Gamal Tag, membre des Frères musulmans. Selon lui,
l’assemblée générale ne se tient pas pour choisir entre deux
camps. « Nous avons été surpris par les déclarations provocatrices
de Sameh Achour et par son attitude hostile envers nous. Après
son élection, Achour n’a pas demandé à réunir le conseil ni
même à rencontrer ses membres. Le 3 avril, nous lui avons soumis
une demande pour réunir le conseil, sans résultat. Nous avons
attendu deux semaines puis nous avons convoqué une réunion extraordinaire
du conseil le 19 avril, conformément à la demande de 15 membres.
Ceci est réglementaire et conforme à l’article 139 de la loi
qui régit le travail du syndicat et du métier. Celui-ci stipule
qu’en cas de non tenue de la réunion périodique du conseil,
qui se tient normalement toutes les deux semaines, il est du
droit des membres de convoquer une réunion extraordinaire pour
examiner une affaire survenue sur la scène », affirme Gamal
Tag. Et d’ironiser : « Le bâtonnier se croit-il en campagne
électorale contre la confrérie ? ». Les Frères affirment qu’ils
sont majoritaires au sein du conseil, ce qui leur donne le droit
de former le bureau directeur. « La loi n’oblige pas le bâtonnier
à réunir le conseil à une date déterminée. Lors du précédent
mandat, le conseil s’était réuni un mois et demi après les élections
et il n’y a pas eu de problèmes », rétorque Saber Amar, membre
du Conseil de l’Ordre et partisan d’Achour. Selon lui, les Frères
voulaient faire main basse sur le bureau du directeur. « Nous
avons été surpris par l’appel à cette réunion du conseil. Conformément
à l’article 139, seul le bâtonnier a le droit de convoquer la
réunion », assure-t-il.
L’attitude des
Frères s’explique par leur volonté de se réhabiliter après la
défaite du candidat qu’ils soutenaient, Ragaï Attiya, face à
Sameh Achour. « Ils veulent montrer qu’ils dominent toujours
le syndicat », explique Amar. Pour désamorcer la crise, une
médiation entre les Frères et Sameh Achour a été lancée par
Montasser Al-Zayat, figure de proue de la confrérie. Al-Zayat
a proposé que les 6 postes du bureau directeur soient partagés
à égalité entre les Frères et les Nassériens, et que le poste
de trésorier soit tenu par un indépendant, mais ces idées ont
été rejetées tant par les Frères que les Nassériens.
Face à cette impasse,
quels sont les scénarios d’avenir ? « Il est probable que les
Frères fassent marche arrière et cherchent un compromis avec
le bâtonnier. Il n’est pas dans leur intérêt d’entrer dans un
bras de fer. L’Etat est très inquiet après les récentes déclarations
de responsables américains et européens appelant à un dialogue
avec les Frères. Il guette la moindre chance pour intervenir,
et pourquoi pas imposer une nouvelle tutelle judiciaire. Les
Frères le savent très bien. Ils ne pourront pas tenir longtemps
la pression », analyse le Dr Wahid Abdel-Méguid, chercheur au
Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Selon lui, ce qui se passe à l’Ordre des avocats est le reflet
de la vie politique égyptienne : une vie qui manque d’exercice
démocratique. |
May Al-Maghrabi |
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