Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'Egypte

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Ordre des avocats. La tension sans précédent entre le bâtonnier Sameh Achour et le Conseil de l’Ordre, dominé par les Frères musulmans, relance les craintes d’une nouvelle ingérence de l’Etat.

Déchiré par les conflits

« Je suis déterminé à faire face aux tentatives des Frères de dominer le syndicat. Je ne leur permettrai jamais de semer la zizanie dans les rangs des avocats », déclare le bâtonnier Sameh Achour. Quelques semaines après les élections du 12 mars, les différends ont refait brutalement surface à l’Ordre des avocats, où Sameh Achour est aux prises avec les Frères musulmans dominant au sein du Conseil de l’Ordre.

Tout a commencé le 19 avril, lorsque le Conseil du syndicat décide de tenir une réunion pour choisir les membres du bureau de l’Ordre en l’absence du bâtonnier. Seuls les 14 Frères musulmans membres du conseil étaient présents à cette réunion, les autres n’ayant pas été conviés. Selon les partisans d’Achour, les Frères se sont adjugés eux et leurs partisans tous les postes-clés au sein du bureau. « Ils ont placé Mohamad Kamel, un Wafdiste élu sur leur liste, au poste de trésorier. Quant à Seiffel-Islam Hassan Al-Banna, figure de proue des Frères, il a obtenu le poste de secrétaire général », assure Saber Amar, membre du conseil et partisan d’Achour.

La tenue de cette réunion a mis le feu aux poudres. Exaspéré par la conduite des Frères, Sameh Achour a tenu une conférence de presse dans son bureau, au syndicat, où il a dénoncé « les visées dominatrices des Frères qui veulent imposer leur hégémonie sur l’établissement ». Le président de l’Ordre a décidé de suspendre toutes les décisions des Frères qu’il considère comme illégales. De même, il a décidé d’interdire aux Frères tout contact au nom du syndicat avec les institutions bancaires. Achour a de même appelé à la tenue d’une assemblée générale extraordinaire pour retirer la confiance à la confrérie. « Ce sera moi ou les Frères », a-t-il déclaré. Et d’affirmer qu’il s’en remettait aux avocats pour trancher ce conflit.

« Nous ne pouvons pas laisser les Frères poursuivre leurs agissements irresponsables, diviser les rangs du syndicat et le conduire à nouveau vers le tunnel sombre », a martelé Achour.

Sameh Achour avait été réélu le 12 mars dernier à la tête du syndicat après une âpre bataille contre les Frères musulmans. Ces derniers avaient obtenu 15 sièges sur un total de 24 lors des élections, contre 9 aux partisans d’Achour. La confrérie domine le Conseil de l’Ordre depuis le début des années 1990. Mais l’élection en 2000 de Sameh Achour à la tête de l’Ordre a donné lieu à des confrontations sans merci entre les partisans des deux courants, nassérien et islamiste.


Contre-attaque

Face à l’escalade, les Frères contre-attaquent. « Sameh Achour n’a pas le droit de convoquer une assemblée générale pour nous retirer la confiance. Car les élections ont déjà dit leur mot à ce sujet », affirme Gamal Tag, membre des Frères musulmans. Selon lui, l’assemblée générale ne se tient pas pour choisir entre deux camps. « Nous avons été surpris par les déclarations provocatrices de Sameh Achour et par son attitude hostile envers nous. Après son élection, Achour n’a pas demandé à réunir le conseil ni même à rencontrer ses membres. Le 3 avril, nous lui avons soumis une demande pour réunir le conseil, sans résultat. Nous avons attendu deux semaines puis nous avons convoqué une réunion extraordinaire du conseil le 19 avril, conformément à la demande de 15 membres. Ceci est réglementaire et conforme à l’article 139 de la loi qui régit le travail du syndicat et du métier. Celui-ci stipule qu’en cas de non tenue de la réunion périodique du conseil, qui se tient normalement toutes les deux semaines, il est du droit des membres de convoquer une réunion extraordinaire pour examiner une affaire survenue sur la scène », affirme Gamal Tag. Et d’ironiser : « Le bâtonnier se croit-il en campagne électorale contre la confrérie ? ». Les Frères affirment qu’ils sont majoritaires au sein du conseil, ce qui leur donne le droit de former le bureau directeur. « La loi n’oblige pas le bâtonnier à réunir le conseil à une date déterminée. Lors du précédent mandat, le conseil s’était réuni un mois et demi après les élections et il n’y a pas eu de problèmes », rétorque Saber Amar, membre du Conseil de l’Ordre et partisan d’Achour. Selon lui, les Frères voulaient faire main basse sur le bureau du directeur. « Nous avons été surpris par l’appel à cette réunion du conseil. Conformément à l’article 139, seul le bâtonnier a le droit de convoquer la réunion », assure-t-il.

L’attitude des Frères s’explique par leur volonté de se réhabiliter après la défaite du candidat qu’ils soutenaient, Ragaï Attiya, face à Sameh Achour. « Ils veulent montrer qu’ils dominent toujours le syndicat », explique Amar. Pour désamorcer la crise, une médiation entre les Frères et Sameh Achour a été lancée par Montasser Al-Zayat, figure de proue de la confrérie. Al-Zayat a proposé que les 6 postes du bureau directeur soient partagés à égalité entre les Frères et les Nassériens, et que le poste de trésorier soit tenu par un indépendant, mais ces idées ont été rejetées tant par les Frères que les Nassériens.

Face à cette impasse, quels sont les scénarios d’avenir ? « Il est probable que les Frères fassent marche arrière et cherchent un compromis avec le bâtonnier. Il n’est pas dans leur intérêt d’entrer dans un bras de fer. L’Etat est très inquiet après les récentes déclarations de responsables américains et européens appelant à un dialogue avec les Frères. Il guette la moindre chance pour intervenir, et pourquoi pas imposer une nouvelle tutelle judiciaire. Les Frères le savent très bien. Ils ne pourront pas tenir longtemps la pression », analyse le Dr Wahid Abdel-Méguid, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, ce qui se passe à l’Ordre des avocats est le reflet de la vie politique égyptienne : une vie qui manque d’exercice démocratique.

May Al-Maghrabi

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631