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L’interview du président et les feux d’artifice !

Par Mohamed Salmawy
Les échos de l’interview accordée la semaine dernière par le président Moubarak à l’homme de médias Emadeddine Adib se font toujours sentir. Le débat est toujours engagé sur les prévisions dégagées lors de l’entretien, ce qui n’a pas été dit et les politiques que le président a adoptées depuis son investiture, il y a 24 ans. On a eu l’impression que la bataille des élections présidentielles a effectivement commencé, avec son cortège d’évaluation des politiques passées et celles qui devraient suivre.

Il était évident dès le début que l’interview accordée par le président Moubarak, que tout le monde a suivie, était plutôt un aperçu de son itinéraire qu’un programme électoral. D’ailleurs, c’est ce que le président a confirmé à la fin de l’entretien, en réponse à une question sur la possibilité de présenter sa candidature aux prochaines élections présidentielles, lorsqu’il a dit sans équivoque : « Quand je prendrai la décision de me présenter, je l’annoncerai aux gens et je leur soumettrai ma vision d’avenir ». Si nous voulons porter un jugement sur cet entretien, il faut le faire à partir de la perspective déterminée par le président Moubarak et non à travers les feux d’artifice déclenchés par la campagne publicitaire qui a précédé sa diffusion. En effet, les journaux nationaux sont allés jusqu’à prévoir des surprises que le président annoncerait, notamment la réponse à la question de savoir s’il allait se présenter aux prochaines présidentielles. Un journal est allé jusqu’à dire que juste 15 minutes après le début de l’entretien, le président annoncerait une surprise. En réalité, le président abordait à ce moment précis, à partir du quartier général de l’armée de l’air, son itinéraire militaire et politique depuis la fin de ses études à la faculté d’aviation. Que l’interview soit menée à partir de la salle de commandement est certes une chose inhabituelle mais pas surprenante au sens propre du terme. Quand nous évoquons une surprise et disons aussitôt que le président va répondre à la question préoccupant tout le monde, les gens penseront immanquablement que le président annoncera à ce moment-là sa décision de se présenter ou non aux présidentielles. Or, il n’en a rien été.

A mon avis, l’entretien a été précédé d’une longue période de préparation et d’étude minutieuse. C’est précisément ce qui a fait de lui un document historique important. Ce n’est pas la première interview accordée par le président à la télévision mais elle était incontestablement la plus exhaustive et celle qui a couvert une large période de l’Histoire, s’étendant sur plus d’un demi-siècle. Cependant, la campagne publicitaire qui l’a accompagnée était inappropriée. Au moment où nous avons un entretien qui dure plus de sept heures avec le président de la République, nous n’avons pas besoin d’en faire une publicité aussi médiocre, en avançant qu’il annoncerait des surprises ou qu’il répondrait à certaines questions demeurées sans réponses. Nous n’avions pas non plus besoin de jouer aux chiffres, en disant que l’interview a comporté 199 questions ou qu’elle a duré 420 minutes ... Dans tous les cas, les gens verront l’entretien diffusé à la télévision, les rues seront sûrement vides et la fréquentation des salles de cinéma baissera. Juste pour la simple raison que la personne interviewée est le président. En outre, l’entretien intervient à un moment important, à la veille d’une élection présidentielle qui aura lieu selon un nouveau système. Donc, nous devons juger l’entretien à partir de son contenu et non suivant la publicité qui l’a précédé. De cette manière, l’interview aurait trouvé sa place dans l’Histoire, celle du président et de l’Egypte. Elle est devenue une référence pour tout chercheur travaillant sur les événements de cette époque de l’Histoire. La valeur réelle de l’entretien ne provient pas d’une quelconque surprise qu’il a révélée mais du fait qu’il a réussi avec brio à retracer une importante phase de notre histoire moderne, racontée par le président Moubarak, et enrichie de nombreux détails.

Emadeddine Adib est un journaliste d’une grande valeur. Il appartient à une école de journalisme qui accorde le maximum de soins au travail. Adib a pris huit mois pour préparer cet entretien. Il a discuté avec des proches du président, dont son conseiller pour les affaires politiques, Ossama Al-Baz, en vue de parvenir à une idée complète de sa personnalité et de sa vision. Il a alors réussi plus que tout autre journaliste à s’approcher de certaines étapes marquantes dans la vie du président, comme l’assassinat de l’ancien président Anouar Al-Sadate. Bien que le cadre de référence de l’entretien ne fût pas la prochaine campagne électorale, il n’en demeure pas moins que le fait qu’il soit effectué à ce moment précis le rend indissociable du climat des élections. De ce point de vue, l’interview était celle qui s’est rapprochée le plus de la personnalité du président. Et dans tout scrutin, la personnalité du candidat est d’une importance qui dépasse parfois celle de son programme électoral.

Un regard sur les élections présidentielles aux Etats-Unis démontre cette réalité. C’est ainsi qu’un institut de recherches avait prédit que le candidat Eisenhower allait écraser son rival lors de l’élection présidentielle de 1952, non pas en raison de ses positions sur les questions chaudes du moment, la guerre de Corée et l’inflation, mais à cause de la personnalité de cet héros militaire qui a gagné la seconde guerre mondiale. Un professeur de théorie politique à l’Université de Californie a effectué une fameuse étude sur les caractéristiques du président idéal. Il a conclu que les positions glorieuses ne suffisent pas à elles seules à mettre en relief la réussite d’un président, qui devient dans notre imaginaire un grand homme d’Etat en raison aussi de sa personnalité.

Aux élections de 1960, et après le duel télévisé qui a opposé les deux candidats à la présidence, John Kennedy et Richard Nixon, l’opinion publique américaine s’est divisée en deux camps. Le camp qui a vu le duel a penché pour Kennedy alors que celui qui a lu le texte a préféré Nixon. En d’autres termes, le discours de Nixon était plus convaincant alors que la personnalité de Kennedy était plus attirante, ce qui lui a valu la victoire aux élections.

Dans son fameux livre La Fabrication du président, T. White dit que le candidat à la présidence doit incarner une vision propre du pays, de ses problèmes et de son évolution. Une vision qui soit aussi portée vers l’avenir. En regardant l’interview sous cet angle, nous constatons qu’elle a réussi à nous rapprocher de la personnalité du président Moubarak. Et c’est là le principal mérite de cette interview, qui nous a présenté une personnalité courageuse et calme, inspirant confiance, sûre d’elle-même et dont les priorités sont claires et ne prêtent pas à équivoque. Une chose était également claire : c’est l’attachement du président aux enfants de sa patrie, surtout les gens les plus simples. De là émane la profondeur de l’entretien. Voilà donc les traits de la personnalité de Hosni Moubarak qui a dirigé le pays à une des étapes les plus délicates de son histoire moderne. La connaissance de cette personnalité dépasse en importance l’effet de toute surprise qui aurait pu être faite lors de l’entretien. C’est pourquoi ce dernier n’avait nullement besoin d’être précédé d’aucune sorte de feux d’artifice

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