Afin
d’améliorer les relations avec l’Etat hébreu et d’impliquer
Ankara dans le processus de paix au Proche-Orient, le premier
ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a effectué, dimanche et
lundi derniers, une visite officielle en Israël et dans les
territoires palestiniens, une première depuis son arrivée au
pouvoir en 2003.
La Turquie, pays
à majorité musulmane, et Israël entretiennent de longue date
des liens militaires et économiques, mais leurs relations se
sont tendues, l’année dernière, lorsque Erdogan a qualifié de
« terrorisme d’Etat » la campagne de répression menée par Ariel
Sharon contre les Palestiniens.
Accompagné d’une
importante délégation de ministres, de hauts fonctionnaires
et d’une centaine d’hommes d’affaires, M. Erdogan a été accueilli
en Israël à bras ouverts, avec « une satisfaction manifeste
», avant de commencer sa visite en rencontrant le président
israélien, Moshe Katzav, à Jérusalem, et de se recueillir au
mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem. « Je suis venu ici pour
contribuer au processus de paix au Proche-Orient », a déclaré
M. Erdogan, lors de sa rencontre avec son homologue israélien,
Ariel Sharon. « Je pense que cette visite va certainement contribuer
à créer une atmosphère positive au Proche-Orient », lui a répondu
M. Sharon. Les deux chefs de gouvernement ont aussi annoncé
qu’ils allaient installer une ligne directe entre leurs deux
bureaux, semblable à celles qui relient déjà M. Sharon à la
Maison Blanche, au Kremlin, à Downing Street et à la Commission
européenne.
Se félicitant de
la visite d’Erdogan, le ministre israélien des Affaires étrangères,
Sylvan Shalom, a affirmé : « Cela prouve que l’islam modéré
peut parfaitement dialoguer avec Israël. Les pays arabes modérés
doivent suivre l’exemple de la Turquie », réitérant à cette
occasion l’appui d’Israël à une entrée de la Turquie dans l’Union
européenne, estimant qu’une telle entrée « favoriserait la stabilité
au Moyen-Orient ».
Lors de leur rencontre
à Jérusalem dimanche, le président israélien et le premier ministre
turc ont déclaré que leurs pays vont œuvrer ensemble dans leur
« lutte commune contre le terrorisme ». « Il nous faut assécher
le marais dans lequel pousse le terrorisme et faire preuve de
solidarité dans notre lutte commune contre lui », a déclaré
M. Erdogan.
Concernant le conflit
israélo-palestinien, M. Erdogan a exhorté Israël à « aider »
le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbass, en
faisant preuve de patience et en n’exerçant pas de pressions
sur lui jusqu’à ce qu’il puisse « asseoir son autorité et remplir
ses obligations ». M. Erdogan a, en outre, affirmé que le Parti
islamiste qu’il dirige condamne l’antisémitisme. « L’antisémitisme
est un crime contre l’humanité », a déclaré le premier ministre
turc.
Saisissant l’occasion
de la visite, les deux pays ont signé un accord de coopération
pour la recherche et le développement de la haute technologie,
dans le domaine de l’électronique, de l’espace, de la biotechnologie
et de l’agriculture.
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Malgré ce rapprochement israélo-turc, Sylvan
Shalom s’est déclaré, lundi, opposé à une éventuelle médiation
de la Turquie dans les négociations avec les Palestiniens peu
avant une rencontre à Jérusalem avec Recep Tayyip Erdogan. «
Nous disons à la Turquie, à la Russie et à d’autres pays que
pour se rendre de Jérusalem à Ramallah (siège de l’Autorité
palestinienne), il ne faut que 30 minutes et qu’il est donc
possible de se rencontrer sur place sans aller à l’étranger
», a affirmé M. Shalom. Selon le chef de la diplomatie, la Turquie
peut, en revanche, aider les Palestiniens « dans le domaine
économique et humanitaire ». S’opposant toujours à une médiation
turque, le premier ministre israélien avait indiqué, dimanche,
à l’issue d’une rencontre avec M. Erdogan que la Turquie a la
« capacité d’aider les Palestiniens après le redéploiement à
Gaza dans la construction de centrales électriques, d’usines
de dessalement de l’eau de mer ou l’érection de grands bâtiments
d’habitation destinés aux réfugiés palestiniens ». M. Sharon
faisait allusion au retrait israélien de la bande de Gaza prévu
à la mi-août.
En fait, la visite de M. Erdogan intervient
après une période de nette détérioration des relations entre
la Turquie et Israël. Ces relations, très importantes pour Israël,
soucieux de réduire son isolement dans la région, ont été mises
à l’épreuve depuis l’arrivée au pouvoir en mars 2003 de M. Erdogan,
premier ministre issu de la mouvance islamiste. En novembre
2003, celui-ci avait pris prétexte d’un calendrier chargé pour
décliner une proposition d’Ariel Sharon de faire escale à Ankara
au retour d’une visite en Russie. Les choses s’étaient envenimées
en mars 2004 après l’assassinat du chef spirituel du mouvement
islamiste palestinien Hamas, cheikh Ahmed Yassine, tué dans
un raid israélien qualifié d’« acte terroriste » par M. Erdogan.
Deux mois plus tard, M. Erdogan réagissait à un raid israélien
contre le camp de réfugiés de Rafah, dans la bande de Gaza,
en parlant de « terrorisme d’Etat », propos jugés « extrêmement
regrettables » par le gouvernement israélien. En juin 2004,
Ankara rappelait temporairement son ambassadeur à Tel-Aviv et
son consul général à Jérusalem pour « consultations », alors
que M. Erdogan dénonçait « les violences israéliennes contre
les Palestiniens » .
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