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Iraq.
Depuis la formation du nouvel exécutif, la situation sécuritaire
ne fait qu’empirer. Ce qui met à mal le gouvernement dont
les cinq ministères vacants soulignent la fragilité du
processus politique. |
| Dissensions
et fureurs |
Le
1er mai 2003, George W. Bush annonçait la fin des opérations
militaires majeures en Iraq. Deux ans après, la sécurité
demeure la première préoccupation de chaque Iraqien
et du nouveau gouvernement, qui, à peine investi, semble
fragilisé par une recrudescence de la violence qui vient
s’ajouter aux discordes politiques toujours aussi pesantes
dans un gouvernement encore incomplet. En effet, depuis
l’annonce du gouvernement iraqien suite à de longues
et difficiles tractations entres les différentes forces
iraqiennes, la violence a connu un regain inquiétant.
Les insurgés iraqiens semblent ainsi transmettre un
message au nouvel exécutif dirigé par le premier ministre
chiite Ibrahim Al-Jaafari, d’autant plus que la question
de la participation sunnite n’est pas encore tout à
fait tranchée. Un message lourd de significations et
de conséquences.
Lundi,
14 Iraqiens ont été tués dans quatre attentats et une
attaque à Bagdad et sa région, au lendemain d’un attentat
suicide anti-kurde dans le nord de l’Iraq, le plus sanglant
depuis la formation jeudi du gouvernement. Le nombre
d’attentats à la voiture piégée lundi égale celui de
samedi et survient après un déchaînement de violence
jeudi, journée du vote de confiance de l’Assemblée nationale
transitoire au nouveau gouvernement et pendant laquelle
pas moins de 12 voitures piégées avaient explosé dans
la capitale et sa région. Parallèlement, les forces
de sécurité iraqiennes et américaines ont multiplié
les raids, arrêtant 84 suspects en deux jours lors de
19 opérations dans la capitale et sa région, selon un
communiqué militaire.
Depuis
l’annonce du nouveau gouvernement, l’attaque la plus
sanglante a été lancée dimanche soir par un kamikaze
contre les funérailles d’un responsable du Parti Démocratique
du Kurdistan (PDK) à Tall Afar, au sud de la zone autonome
kurde. Vingt-cinq personnes ont péri dans l’attaque
à la voiture piégée, un bilan confirmé par l’armée américaine
selon laquelle il y a eu plus de 50 blessés. La multiplication
des attaques terroristes depuis la formation du gouvernement
s’inscrit dans une tendance plus générale, puisque selon
les statistiques des ministères iraqiens de la Santé,
de l’Intérieur et de la Défense, le nombre des Iraqiens
tués dans ces violences s’est accru de 48 % en avril
par rapport au mois précédent.
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Un
gouvernement incomplet
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Des
chiffres inquiétants, d’autant plus que sur le plan
politique, la situation reste fragile, étant donné que
l’exécutif qui a vu le jour difficilement reste incomplet,
malgré les efforts consentis pour satisfaire toutes
les composantes ethniques et religieuses. Deux postes
de vice-premier ministre sont en effet restés vacants
et cinq ministères importants doivent encore être définitivement
pourvus. Il s’agit de la Défense, du Pétrole, de l’Industrie,
de l’Electricité et des Droits de l’homme qui sont attribués
à titre provisoire à des ministres par intérim. L’intérim
du ministère de la Défense, qui devait aller à un sunnite,
est assuré par le premier ministre lui-même, et celui
du Pétrole par le laïc chiite Ahmed Chalabi, dirigeant
du Congrès National Iraqien (CNI) assez impopulaire
en Iraq et proche du Pentagone.
Comme
prévu, les postes les plus importants ont été confiés
à des chiites et à des Kurdes, vainqueurs des élections
générales de janvier. Le chiite Baïan Djabbor a ainsi
été nommé ministre de l’Intérieur. Un autre chiite,
Ali Abdoul Amir Allaoui, a été désigné pour le portefeuille
des Finances et le Kurde Abdel-Basset Karim devient
ministre du Commerce. Les autres ministères sur lesquels
subsiste une incertitude resteront occupés par les titulaires
sortants, le temps pour les différentes formations de
s’entendre sur un choix définitif, que Jaafari espère
voir intervenir prochainement.
A
ces vacances s’ajoute un désaccord sur la désignation
du chef de l’exécutif de la région autonome kurde d’Iraq.
Ce différend oppose les deux grandes formations du nord
de l’Iraq et empêche la tenue de la session inaugurale
du Parlement de la région autonome, a indiqué Saadi
Ahmed Birah, un haut responsable de l’Union Patriotique
du Kurdistan (UPK) du président Jalal Talabani. « Le
désaccord entre l’UPK et le PDK porte sur le mode de
désignation du chef de la région autonome », a-t-il
précisé. Selon lui, l’UPK veut que le chef du Kurdistan
soit choisi par les membres du Parlement de 111 membres,
élu le 30 janvier, en même temps que l’Assemblée nationale
iraqienne, tandis que le PDK de Massoud Barzani penche
pour une élection au suffrage universel. Pourtant, les
deux partis qui dominent l’assemblée kurde après avoir
constitué une alliance électorale, tant au niveau régional
qu’au niveau national, avaient convenu, selon lui, de
présenter la candidature de M. Talabani pour la présidence
iraqienne et celle de M. Barzani pour celle de la région
kurde.
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Abir
Taleb |
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Préoccupations
partagées |
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Le
nouveau gouvernement a reçu le soutien des pays voisins.
Mais ces derniers s’inquiètent de la flambée de violence
et des clivages politiques. |
Après
avoir été reportée à plusieurs reprises en raison du retard
dans la formation de l’exécutif iraqien, la réunion des
ministres des Affaires étrangères des pays voisins de
l’Iraq a finalement eu lieu samedi dernier à Istanbul.
Hoshyar Zebari, qui effectuait son premier déplacement
à l’étranger depuis sa nomination à la tête de la diplomatie
iraqienne par le premier ministre Ibrahim Al-Jaafari,
a donc finalement retrouvé ses homologues des six pays
voisins de l’Iraq (Turquie, Iran, Syrie, Jordanie, Arabie
saoudite, Koweït) plus l’Egypte et le Bahreïn. Mais les
chefs de la diplomatie des voisins de l’Iraq n’ont pas
eu le temps de se réjouir de la formation du gouvernement
iraqien, qui est intervenue trois mois après les élections
de janvier dernier après de difficiles négociations entre
les représentants des différentes composantes du peuple
iraqien. Les participants à la réunion ont certes affirmé
leur soutien à la poursuite du processus politique en
cours, et invité la communauté internationale, l’Onu en
particulier, à s’investir davantage au cours des prochaines
phases de ce processus, toutefois, ils restent très inquiets
en raison de la violence persistante en Iraq. Dans leur
communiqué final, les ministres des Affaires étrangères
ont condamné les « actes terroristes » et évoqué « leur
détermination (...) à améliorer la coopération au niveau
de la sécurisation des frontières avec l’Iraq (...) dans
le but principal d’empêcher les infiltrations terroristes
» vers ce pays. Le texte annonce en outre la tenue prochaine
à Ankara d’une réunion des ministres de l’Intérieur axée
sur cette question. En attentant cette réunion, les voisins
de l’Iraq ne cachent pas leur inquiétude face à la flambée
de violence depuis l’annonce du gouvernement. Un gouvernement
à peine né et très fragile. Ainsi, les chefs de la diplomatie
des six pays ont évoqué les craintes d’une propagation
des violences dans la région. La stabilité de l’Iraq n’est
« pas seulement le problème des Iraqiens, mais c’est aussi
le nôtre », a prévenu le premier ministre turc, Recep
Tayyip Erdogan. C’est pour cette raison que M. Erdogan
a exhorté les autres voisins de l’Iraq à soutenir le nouveau
gouvernement de Bagdad pour favoriser la stabilité et
la cohésion du pays. « Le gouvernement de transition de
l’Iraq va devoir assumer un très lourd fardeau », a-t-il
dit, tout en ajoutant qu’il « est du devoir de la communauté
internationale de soutenir l’accomplissement de la paix
et de la stabilité dans le cadre de l’unité nationale
de l’Iraq ». |
Fracture
redoutée |
En
effet, parmi les voisins de l’Iraq, la Turquie est le
pays le plus concerné par la stabilité iraqienne : Ankara
redoute que les clivages communautaires de l’Iraq post-Saddam
ne provoquent une fracture susceptible de faire apparaître
à la frontière turque un Etat kurde indépendant, voisin
des populations kurdes de Turquie. Une inquiétude clairement
exprimée par le ministre turc des Affaires étrangères,
Abdullah Gull, qui a appelé au renforcement de la coopération
entre les pays voisins de l’Iraq, pour réprimer des groupes
terroristes dont le Parti des travailleurs du Kurdistan
(PKK, interdit en Turquie). M. Gull a notamment appelé
à une coopération visant à renforcer le contrôle des frontières
et au partage des renseignements dans la lutte contre
le terrorisme. Il a également exprimé l’inquiétude de
la Turquie concernant les activités de certains membres
du PKK qui se cachent dans le nord de l’Iraq. Dans ce
sens, il est dans l’intérêt de la Turquie, pour éviter
tout clivage, que le gouvernement iraqien « soit pleinement
représentatif », comme l’a exprimé M. Erdogan. Ce dernier
a également déclaré : « L’Iraq ne peut être un lieu où
une entité domine les autres, ni un endroit que l’on divise
comme on veut ». Le nouveau gouvernement intérimaire iraqien,
approuvé jeudi par l’Assemblée nationale provisoire élue
le 30 janvier dernier, est dominé par les Kurdes et la
majorité chiite, au détriment des sunnites, qui détenaient
les rênes du pouvoir sous le régime de l’ex-président
Saddam Hussein. Or, à l’exception de l’Iran, les voisins
de l’Iraq, majoritairement sunnites, s’inquiètent de la
perte de pouvoir des sunnites et d’une influence iranienne
croissance en Iraq. Raison pour laquelle les participants
à la réunion d’Istanbul ont appelé à « la poursuite et
l’achèvement de la transition politique (...) d’une manière
qui assure la participation effective de l’ensemble de
la population iraqienne ». Un appel qui fait référence
aux sunnites, qui constituent désormais l’épine dorsale
de l’insurrection en Iraq . |
A.
T. |
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