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«
Je suis différent ! Qui suis-je, alors ? ». Cette question
a toujours tourmenté l’artiste Farouq Wahba, notamment
après son voyage en Allemagne dans les années 1980, où
il a parachevé ses études. Diplômé des beaux-arts d’Alexandrie,
Wahba décide 12 ans plus tard de faire partie du corps
enseignant de cette faculté et obtient une bourse pour
l’étranger. Ce voyage lui a donné la chance d’expérimenter
et de partir à la découverte des matières, notamment en
collaborant avec un pionnier de l’art moderne : Graubner.
Toutefois,
la trace des racines rendait Wahba toujours différent.
Il tenait à confirmer le concept romantique dans ses œuvres,
et ne manque pas de s’inspirer de l’ancienne civilisation
égyptienne. « Une fascination pour les momies pharaoniques
me hantait, spécialement après avoir visité le Musée du
Caire avec mon professeur, Zaki Iskandar. J’étais captivé
par les momies, notamment celle de Ramsès II, qui était
le principal protagoniste de mes premières peintures.
Dans la salle des momies, j’admirais sa supériorité royale,
épris par l’idée de l’éternité, de la vie après la mort
», se rappelle Wahba. Sur l’une de ses peintures exposées
à la galerie Ofoq, Wahba peint deux Ramsès, l’un à côté
de l’autre, l’un plus âgé que l’autre. En effet, ils ne
sont qu’un seul. Cette répétition affirme l’idée de la
continuité et de l’éternité.
De
retour en Egypte, cet artiste, connu pour ses multiples
contributions internationales, allie art moderne et civilisation
ancestrale. A la Biennale de Venise en 1990, il s’inspire
du Livre des morts. Ce livre, placé souvent près de la
momie, était censé aider le défunt à passer les épreuves
nécessaires pour être ressuscité dans l’au-delà. « Mon
travail ne copie pas l’œuvre pharaonique, voire il détruit
toute sorte de reproduction pharaonique. C’est plutôt
une réincarnation ». Pouvons-nous par conséquent dire
que ses œuvres ne sont pas sans rappeler le dadaïsme ?
Sans doute. En principe, le dadaïsme rejette toute construction
logique et novatrice. C’est un appel à la destruction,
où il est souvent question de changer les choses radicalement
et violemment. « De la même manière, mes œuvres n’expriment
pas l’idée de la mort, mais celle de la vie », affirme
l’artiste.
Entre
modernité et origine pharaonique, les œuvres de Wahba
— Voyage dans la barque solaire, Momification et Poids
du cœur — s’inspirent du Livre des morts, l’alliant à
des matériaux modernes. Dans ses grands formats, évoquant
l’idée du néant, de l’éternité et de la réincarnation,
il utilise le jaune, le mauve, le rouge et le bleu. «
Des couleurs modernes et vives, non traditionnelles comme
celles des temples pharaoniques », ajoute Wahba.
Wahba
ne cherche pas uniquement à exprimer ce contraste entre
forme et contenu par le biais des couleurs, mais il a
aussi recours à des matériaux originaux. Il se sert d’éponges
par exemple, mettant en relief les formes des momies.
Obsédé
par l’idée de la résurrection, l’artiste ne se demande
pas quelle serait la forme de ces momies dans une autre
vie.
En
2005, il a exécuté 4 installations, avec quatre momies
qui se dressent verticalement l’une près de l’autre. Elles
ne sont pas allongées comme d’habitude, mais revêtent
la forme de robots dont la tête ne représente que des
débris d’un écran de télévision. Souvent, un jeu d’ombre
et de lumière phosphorescente met ces momies en relief.
C’est aussi un jeu de contrastes entre le fond (l’idée
de la réincarnation) et la forme (les robots métalliques).
A
l’aide de métal, coquillage, bois, paille et collages,
Wahba privilégie les matériaux bruts, à l’état naturel,
s’inspirant de l’art égyptien : papyrus et glaise.
Par
exemple, l’artiste a participé avec deux installations
à l’exposition internationale Cléopâtre, tenue en 2002
à l’Académie égyptienne des arts à Rome. Il y a présenté
une Cléopâtre hautaine, supérieure à tous. Pour ce faire,
il a eu recours à une matière brute, très égyptienne :
la glaise. Cléopâtre se détache sur un arrière-plan, constituant
un royaume de lames métalliques. L’opposition de la glaise
et du métal est celle entre la civilisation ancienne et
la technologie moderne. C’est le cachet de l’œuvre signée
Farouq Wahba . |