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Conférence . Comment l’Etat peut-il être efficace dans un contexte de changements économiques et politiques ? C’est autour de cette question que le Forum des recherches économiques et la Fondation Ford ont organisé une conférence au Caire la semaine dernière.

Réformer l’Etat, encore
et toujours

Le thème de l’Etat reste dans l’ère du temps depuis que la Banque mondiale a reconnu, en 1997, son rôle central dans le développement économique. L’institution internationale a en effet consacré son rapport annuel de 1997 à la question de l’Etat. Depuis lors, on parle beaucoup d’« Etat fort » ou de « bonne gouvernance ». Ce qui signifie la même chose : une autorité publique puissante et capable de stimuler la croissance économique. Que l’Etat soit grand ou petit, là n’est pas la préoccupation principale. Ce qui importe, ce sont les capacités de l’Etat à préparer le terrain à l’investissement privé. Ainsi, les institutions de financement de projets et de recherches ont consacré une part importante de leurs activités à l’amélioration de l’administration publique.

La conférence sur l’Etat, organisée la semaine dernière au Caire, a tenté d’apporter quelques connaissances fraîches sur la réforme de l’Etat par le biais de l’assemblage d’expertises des pays du Nord et du Sud. La conférence a accueilli deux responsables égyptiens : le ministre des Investissements et le président de l’Organisme des investissements. Tous deux jeunes et faisant partie de l’aile libérale réformiste du gouvernement.

La question de la décentralisation du pouvoir a reçu une attention particulière. Héba Handoussa, professeur d’économie à l’Université américaine du Caire, qui défend ardemment la décentralisation, a expliqué les avantages de ce système. Elle a également évoqué les indicateurs de mesure de la décentralisation et montré que l’Egypte est un pays exceptionnellement centraliste. Lors de ce même atelier s’est tenue une discussion sur les expériences mexicaine et indonésienne en matière de décentralisation. Deux pays ayant réussi des avancées majeures par rapport à l’Egypte.

Un atelier a aussi été consacré à la corruption, avec l’intervention de Ziyad Bahaeddine, président de l’Organisme des investissements depuis bientôt un an. Selon lui, la corruption la plus visible en Egypte est administrative, c’est-à-dire des pots-de-vin versés à des fonctionnaires pour faire leur travail ou pour contourner la loi. Mais le genre le plus dangereux de corruption, quoique moins visible, est celui qui frappe les contrats entre l’Etat et le secteur privé, quand une institution publique conclut par exemple un contrat de construction avec une société qui ne le mérite pas.

Bahaeddine a expliqué les mesures qu’il a adoptées pour limiter la corruption dans son organisme. Il a mis l’accent sur la définition du rôle de son institution pour limiter la corruption, et bien défini le rôle de son institution comme celui de fournir les licences aux investisseurs. L’institution n’a pas à s’impliquer dans la fiabilité financière d’un projet. Cela relève de la responsabilité même de l’homme d’affaires. Quand un fonctionnaire pose la question de la fiabilité à un homme d’affaires, ce fonctionnaire dépasse la définition de son rôle. Ce qui est la porte vers la corruption. Bahaeddine n’a pas caché sa déception face aux résultats des efforts fournis en matière de lutte contre la corruption. Il semble que la corruption est un phénomène généralisé auquel il est difficile de s’attaquer au niveau microéconomique. Seule une stratégie nationale peut aboutir à des résultats satisfaisants.


Modernisation
et régime politique

Il est délicat de discuter de la modernisation de l’Etat sans aborder la question du régime politique de ce dernier. Cela est surtout vrai dans le monde arabe aujourd’hui, puisque cette région est dans une perspective de changement, du moins c’est ce qui est affirmé. C’est pourquoi la conférence a organisé un atelier intitulé « Réformes dans différents contextes politiques ». L’Egyptien Moustapha Kamel Al-Sayed et le Syrien Samir Aita y ont expliqué le dilemme de modernisation de l’Etat sous des régimes autoritaires. En effet, le monde arabe est très en retard dans cette modernisation. C’est le constat qui s’est dégagé avec l’intervention de la Brésilienne Evelina Dagnino (voire entretien), puisque le Brésil compte plusieurs expériences de réformes étatiques sous plusieurs régimes politiques démocratiques depuis la chute de la dictature militaire dans les années 1980.

Michael Edwards, de la Fondation Ford, a expliqué la vision de celle-ci en matière de réforme de l’Etat. Les institutions de financement internationales, dont Ford, ont offert un soutien technique et financier à quelques projets de réforme des institutions publiques. Cela a abouti à quelques résultats. Le rapport sur le développement humain en Egypte du ministère du Plan en est la preuve. Financé par le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), ce rapport a pour la première fois quantifié les disparités régionales en Egypte. Mais les limites de ce genre de soutien apparaissent dans le fait que notre connaissance approfondie des disparités régionales n’a pas changé la réalité de cette disparité puisque le régime politique reste centralisé, cairote et relativement immune des pressions populaires. Il est difficile d’attaquer la question de la réforme de l’Etat sans parler de réforme des régimes en place dans le monde arabe

Samer Soliman
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« Les réalisations de Lula sont maigres »
La Brésilienne Evelina Dagnino, professeur de sciences politiques à l’Université de Campinas et un des fondateurs du Parti des travailleurs, évoque le processus de réforme de l’Etat dans un pays dirigé par la gauche.

Al-Ahram Hebdo : Le cas du Brésil est particulier. Vous participez en effet à la réforme d’un Etat dont le président d’origine ouvrière est à la tête d’une coalition de gauche gouvernant le plus grand pays d’Amérique latine …

Evelina Dagnino : Le président Lula ne gouverne pas seulement au nom des travailleurs, mais aussi au nom du peuple. Il ne faut pas oublier que la coalition au pouvoir inclut le Parti libéral. Le Parti des travailleurs lui-même est constitué de plusieurs ailes dont des mouvements sociaux et l’Eglise progressiste.

— Etes-vous satisfaite des réformes entreprises par Lula dans les institutions publiques ?

— Non. Ses réalisations sont maigres. Une de ses priorités est l’imposition d’un respect international quant à sa présidence. Il la place souvent avant les objectifs mêmes de sa coalition.

— C’est-à-dire ...

— Il cherche à remplir parfaitement les engagements extérieurs du Brésil, comme le remboursement de la dette étrangère.

— Mais des contraintes internationales ne l’empêchent-elles pas d’adopter des politiques plus radicales ?

— Je suis consciente de ces contraintes, mais il faut agir plus agressivement pour lutter contre elles.

— Votre déception face aux réalisations de Lula vous pousse-t-elle à penser qu’il n’existe pas de différence entre lui et son prédécesseur Cardoso ?

— Non, il y a certainement une grande différence. Le président Cardoso a disqualifié les mouvements sociaux et la gauche comme interlocuteurs du gouvernement. Il qualifiait les gens de gauche d’« anachroniques et (de) dinosaures ». Imaginez-vous qu’il a accusé le mouvement Paysans sans terre de s’impliquer dans la politique ? Il voulait limiter la politique aux enjeux parlementaires. Il a même envoyé les chars pour réprimer les syndicats. Lula, au contraire, a mis fin au mépris et à la répression des mouvements sociaux.

— Quelle leçon tirez-vous de votre expérience au sein du Parti des travailleurs ?

— Je pense que la création d’un parti des travailleurs est urgente pour les peuples du tiers-monde. Ce que l’expérience brésilienne m’a appris, par contre, est que ce genre de parti n’est pas une garantie pour les ouvriers et les pauvres. Car un parti vise forcément à devenir Etat. Et la logique de l’Etat est différente de celle des masses populaires. Les travailleurs et les mouvements sociaux doivent donc surtout agir au sein de ce parti, ainsi qu’à l’extérieur

Propos recueillis par S. S.
 

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