Dette
Africaine. Les
pays riches ne s’entendent pas sur les moyens de
son allégement. Contraignant ainsi davantage le
développement du continent noir. |
Préoccupation
n’est toujours
pas action |
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S’il
est vrai que la question de l’allégement de la dette
africaine est l’objet d’inquiétudes dans l’ensemble
des pays riches, elle l’est autant que le temps
qui passe sans trouver de solution à ce problème
met de plus en plus en péril la survie du continent.
Dans
la seconde moitié du mois d’avril, lors des réunions
de printemps du G8, du FMI et de la Banque mondiale
à Washington et du Nepad à Charm Al-Cheikh, plusieurs
rencontres à propos de la dette africaine ont eu
lieu, mais sans véritable avancée sur la question.
D’une
part, et bien que Gordon Brown, le chancelier de
l’Echiquier du Royaume-Uni, soit satisfait du consensus
abouti au G8, en indiquant qu’« un accord de tous
sur le fait qu’il faut plus d’argent » a été obtenu,
les réunions de printemps ont déçu les fortes attentes
qu’elles avaient suscitées sur une réduction de
la dette des pays africains. Le communiqué final
du G8 ne comporte aucune avancée sur les différentes
propositions concrètes mises sur la table pour alléger
la dette ou doper les moyens financiers consacrés
au développement (voir tableau).
Dans
l’autre camp, les leaders africains du Nepad (Nouveau
partenariat pour le développement de l’Afrique)
n’ont pas non plus avancé de plan d’action afin
d’exercer des pressions sur le club des riches.
Désespérées des divergences entre les pays du G8,
plusieurs voix africaines, au sein de cette nouvelle
organisation, plaident pour ne plus compter exclusivement
sur « l’argent qui vient des pays riches. Puisque
ceux-ci n’ont jamais respecté leurs engagements
envers notre continent », comme le note le représentant
de la délégation de Mali à Charm Al-Cheikh. D’ailleurs,
l’ensemble des participants au Nepad s’accordent
pour dire que « la mobilisation des ressources africaines
est une alternative possible » pour le développement
du continent africain.
Les
ONG, elles aussi déçues, entendent maintenir la
pression sur les pays industrialisés. « Le fardeau
de la dette pesant sur les pays les plus pauvres
n’est ni un opéra ni un jeu, c’est une crise »,
a affirmé Stephen Rand, de Jubilee Debt Campaign,
une ONG britannique. « Deux millions d’enfants sont
morts (depuis la précédente réunion du G7 en février)
alors que les discussions continuent », a-t-il dénoncé.
Martin Kirk, responsable de Save The Children, craint,
lui, que la tendance se poursuive : « Près de 2
millions et demi d’enfants vont mourir de maladies
que l’on pourrait empêcher avant la tenue du G8
(7-8 juillet). Mais rien n’est fait, uniquement
pour permettre aux pays riches de trouver le rythme
de leur danse politique ».
En
matière de développement, la communauté internationale
a devant elle deux échéances principales : le sommet
des chefs d’Etat et de gouvernement du G8 en Ecosse,
du 6 au 8 juillet, et un sommet des Nations-Unies
en septembre sur les objectifs du Millénaire.
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Perspectives
de croissance étouffées
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Dans
le contexte actuel, il est illusoire d’escompter
que le continent africain puisse atteindre les objectifs
du Millénaire pour le développement. Comme Gordon
Brown l’a déclaré avec force au début de cette année
: « Au rythme actuel des choses, aucun des objectifs
de développement du Millénaire ne sera réalisé en
Afrique non seulement au cours des 10 prochaines
années, mais aussi au cours des 100 prochaines années
». Cet échec peut être en partie imputé à l’endettement
insupportable qui étouffe les perspectives de croissance
du continent depuis deux décennies, d’après Jeffrey
Sachs, conseiller économique spécial du secrétaire
général de l’Onu, Kofi Annan. Les dirigeants africains,
dont le premier ministre éthiopien Meles Zenawi,
ont commencé à se demander si l’initiative PPTE
(Pays Pauvres Très Endettés) avait la capacité d’apporter
un allégement approprié à la question des dettes.
Huit
ans après cette initiative, lancée en 1996 dans
l’objectif de ramener à des niveaux d’endettement
viables les 42 pays les plus pauvres de la planète
(dont 34 se trouvent en Afrique), ces derniers sont
encore loin d’y être parvenus.
En
fait, entre 1970 et 2002, l’Afrique a reçu 540 milliards
de dollars environ de prêts. Bien qu’elle ait remboursé
près de 550 milliards de dollars en principal et
intérêts, elle affichait encore un encours de dettes
de 295 milliards de dollars fin 2002, comme l’avoue
le rapport intitulé « Endettement viable : oasis
ou mirage ? », publié par le CNUCED. La Conférence
des Nations-Unies pour le Commerce Et le Développement
révèle que les chiffres sont encore plus déconcertants
pour l’Afrique subsaharienne, qui, ayant reçu 294
milliards de dollars sous forme de prêts et remboursé
268 milliards de dollars du service de la dette,
reste cependant débitrice de quelque 210 milliards
de dollars. « Cela équivaut à un transfert inverse
de ressources en provenance du continent le plus
pauvre du monde », juge le même rapport.
Quoi
qu’il en soit, les grands argentiers des 8 pays
les plus riches du monde, qui craignent actuellement
le risque d’un éclatement du boom économique mondial
actuel, et qui se veulent avant tout rassurés sur
leur croissance, oublient les pauvres. Raison pour
laquelle ils n’ont pas réussi à rapprocher leurs
positions sur le meilleur moyen d’aider les pays
les plus pauvres à sortir du marasme. Or, ce sont
ces derniers qui paieront le plus cher si ce scénario
noir met sur le tapis la croissance mondiale .
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| Névine
Kamel
Salma
Hussein |
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Positions
divergentes |
A
moins de trois mois du sommet du G8 à Gleneagles,
en Ecosse, du 6 au 8 juillet prochain, les avis
divergent entre pays riches sur les deux grands
axes d’un plan de lutte contre la pauvreté :
l’annulation des dettes et le financement du développement. |
En matière d’annulation des dettes
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Le
G8 est prêt à envisager une annulation pouvant aller
jusqu’à 100 % de la dette multilatérale des pays
pauvres très endettés, mais diverge sur les moyens.
Le Japon est le seul pays à conseiller la plus grande
prudence face à des annulations massives de dettes.
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Ventes
d’or du FMI
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Le
FMI (Fonds Monétaire International) possède 3,217
tonnes d’or, dont une petite partie pourrait financer
les réductions de dettes. La proposition a été avancée
par la Grande-Bretagne, présidente en exercice du
G8. Le FMI l’estime techniquement réalisable, sans
perturber les marchés internationaux. La France
et l’Allemagne n’y sont pas opposées, même si la
Banque Centrale européenne est contre. Les Etats-Unis,
principal actionnaire du fonds, s’y opposent. |
Contributions
bilatérales
des pays riches
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Elles
viendraient se substituer aux remboursements non
effectués par les pays très endettés. La proposition
a été également mise sur la table par la Grande-Bretagne
qui a commencé, au cas par cas, à la mettre en application.
Le Canada a aussi annoncé en février 2005 qu’il
allait couvrir le service de la dette de certains
pays très endettés. La France, l’Allemagne dans
une moindre mesure, et l’Italie sans réel enthousiasme,
sont prêtes à s’engager dans ce type de démarche. |
Des
dons à la place des prêts
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Les
Etats-Unis ont une position originale et isolée
qui consiste à proposer de réorienter l’activité
des organisations internationales, surtout la Banque
mondiale, vers des dons plutôt que des prêts. Mais
selon leurs opposants, cela réduirait la voilure
de la Banque mondiale qui perdrait une partie de
sa capacité de refinancement. |
En
matière de nouvelles ressources pour le développement
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Le
G8 estime qu’il faut doubler l’aide au développement,
de 50 à 100 milliards de dollars par an, pour réduire
de moitié la pauvreté à l’horizon 2015. |
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Facilité financière
internationale (IFF)
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C’est
une idée britannique. Elle consiste pour les pays
riches à garantir des emprunts qui bénéficieront
à des pays pauvres, pour financer par exemple des
campagnes de vaccination en Afrique. La mesure est
soutenue par la France et l’Allemagne, à qui elle
semble poser des problèmes de comptabilisation dans
le déficit budgétaire. Les Etats-Unis n’y participeraient
pas.
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Une
taxation internationale
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C’est
une idée franco-allemande, soutenue à l’extérieur
du G8 par le Brésil, le Chili et l’Espagne. Il s’agirait
de taxer les billets d’avion ou le kérosène pour
dégager de nouvelles ressources. La Commission européenne
et la Banque mondiale jugent la mesure réalisable.
Mais les compagnies d’aviation la contestent. Elle
pourrait ne s’appliquer que dans l’Union Européenne
(UE), faute de soutien américain, et pas forcément
aux 3 milliards de billets d’avion émis chaque année
dans le monde.
La
taxe Tobin sur les transactions financières internationales
Il
s’agit d’imposer une taxe minime de 0,1 % sur l’immense
volume de transactions financières mondiales. La
difficulté est de la rendre universelle. Le G8 n’en
a jamais vraiment parlé sérieusement. L’UE vient
de la rejeter formellement. Elle n’est plus soutenue
que par quelques ONG.
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