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La vie mondaine
Installé au Canada depuis les années 1970, Ibrahim Al-Fiqi sonde sans relâche les profondeurs de l’énergie et du comportement humains. Tout a commencé par une question : Qu’est-ce que je veux exactement ? Un parcours étonnant qui a commencé par l’hôtellerie.

Explorateur en métaphysique

« C’est votre âme, inconnue, qui est responsable de votre raisonnement ». Ou encore « Savez-vous que vos idées peuvent se transformer en sentiments positifs à même de vous orienter vers une logique d’amour et de tolérance et par la suite de complémentarité avec l’autre ? ». C’est l’adage d’Ibrahim Al-Fiqi, lequel se comporte en un vrai érudit. Il a effectivement mis des années afin de déchiffrer les secrets du corps et notamment du cerveau humain. Du coup, lorsque ses interlocuteurs trouvent ses idées absurdes ou ridicules, il s’insurge en disant : « Mais est-ce que vous avez déjà lu quelque chose en métaphysique ? Avez-vous essayé d’aller un peu au-delà de la réalité palpable ? ».

Ayant déjà inventé deux nouvelles sciences, étudiant les dynamiques du conditionnement neurologique et la force de l’énergie humaine, il est en effet en train de jeter les fondements d’une troisième science : l’hypno-énergie.

« Ces sciences liées toutes à l’énergie qui émane du corps ainsi que de son entourage consistent à savoir orienter cette énergie pour mieux atteindre ses objectifs ». Le spécialiste de la métaphysique a une réponse à tout, comme s’il connaît d’avance les interrogations chatouillant l’esprit de son interlocuteur. Il affirme d’ailleurs que toute découverte implique d’aller au-delà des sciences. « L’homme respire automatiquement, pourquoi alors ne pas bien respirer ? Il mange, pourquoi alors ne pas bien manger ? On ne va pas vivre jusqu’à l’éternité, alors il vaut mieux mener une belle vie en apprenant à se découvrir soi-même et à mieux comprendre son entourage », souligne Al-Fiqi dont le travail sur le conditionnement neurologique consiste à apprendre à tout un chacun comment acquérir un comportement rêvé, en focalisant sur un modèle ou un prototype particulier. Au Caire et à Alexandrie où il a donné récemment une série de conférences très médiatisées, ses stages regroupaient des gens de tous bords. Ils venaient nombreux pour qu’il leur apprenne les clés de la réussite : comment augmenter la confiance en soi, atteindre le bonheur conjugal, décrocher de nouvelles connaissances ... Cela étant, Al-Fiqi n’a pas manqué de faire salle comble, au Palais des congrès. Plus encore, il a été l’invité de plusieurs émissions dont Hadis al-madina (Tout le monde en parle) présentée par le journaliste Moufid Fawzi.

Plein d’enthousiasme, le visage souriant, le conférencier est du genre simple, gai et surtout passionné. Pourtant, il n’a pas eu la vie facile. Un bond de 30 ans en arrière nous permet de le découvrir.

Tout jeune, il a pris la décision de partir pour le Canada, précisément au Québec. « A l’époque, c’était surtout l’élite francophone qui se rendait au Québec. En d’autres termes, leur nombre était beaucoup plus réduit par rapport aux émigrés qui ciblaient le Canada anglophone. Comme j’ai eu mon bac dans un lycée gouvernemental, je ne maîtrisais aucune langue étrangère. J’ai dû poursuivre 18 stages de langue française au Centre culturel français d’Alexandrie. Et enfin, je suis parvenu à connaître par cœur les règles du français. Arrivé au Canada, j’ai fait 12 autres stages pour apprendre le québécois. J’ai même effectué des stages à l’Institut d’hôtellerie du Québec. A Montréal, j’ai également suivi 14 stages de langue anglaise et j’essayais de me perfectionner en regardant les films en version anglaise. A l’Institut Goethe d’Alexandrie, j’avais par ailleurs fait des stages en allemand ». Mais pourquoi avoir choisi le Québec comme destination ? Ibrahim Al-Fiqi était attiré par l’importance de la famille au sein de la société québécoise. Il avait soulevé que les gens là-bas ressemblent pas mal aux Egyptiens. « C’est un pays où on se sent à l’aise dès l’arrivée. J’ai senti que mon énergie s’est stabilisée à Montréal ».

Pour lui, l’immigration n’était pas un moyen de rompre avec l’Egypte ou d’échapper à une réalité qui lui déplaît mais un aboutissement, une quête. « Je n’avais aucun problème à trouver un travail, au Caire comme à Alexandrie, après avoir terminé mes études en hôtellerie. J’ai travaillé dans des hôtels cinq étoiles et des restaurants branchés. J’avais des rêves qui dépassaient mon âge », dit-il en ajoutant que progressivement il n’avait qu’un seul objectif en vue : être directeur général du plus grand hôtel du monde. « Quand Omar Al-Chérif a quitté l’Egypte, ce n’était pas parce qu’il n’a pas réussi ici, mais parce qu’il cherchait à acquérir une renommée internationale ».

A Montréal, un autre monde s’ouvrait à lui. Le rythme de la vie est beaucoup plus haletant. Et le plus dur, c’était de ne plus être parmi les siens. Car au Caire comme à Alexandrie, cet ancien champion de l’Egypte en ping-pong était entouré d’amis. « La solitude m’a poussé à me pencher sur mon travail et ma petite famille. Je me suis rapproché de Dieu et j’ai développé mon autre aspect spirituel ».

Mais Al-Fiqi n’avait pas l’impression de courir un risque. La raison en est simple : il avait les idées très claires. De toute façon, il n’est pas de ceux qui ont l’esprit brouillé. « Je me suis dit, je vais essayer de concrétiser tous mes rêves dans cette terre inconnue. Au pire des cas, je rentre chez moi. Mais pourquoi ne pas être parmi les personnes qui réussissent leur vie ? J’ai réussi en Egypte pourquoi ne pas le faire ailleurs ? ». Et d’ajouter : « J’ai commencé par faire la vaisselle le matin dans les restaurants, et le soir, j’étudiais », se rappelle-t-il, faisant souligner le rôle primordial de son épouse Amal qui l’a beaucoup soutenu durant ces premières années canadiennes.

Au bout de 6 ans, Ibrahim Al-Fiqi devient le premier directeur général arabe de l’un des hôtels de luxe : le High Regency. « J’avais 2 000 employés. Et j’ai accumulé les bénéfices de l’hôtel, soit quelque 26 millions de dollars en 3 ans. Il faut saisir la langue des gens, leurs valeurs, leurs coutumes pour parvenir à communiquer avec eux ».

Toutefois, des obstacles intervenaient de temps à autre. Etre chassé de son travail, être privé du prix de l’employé modèle dont il a été candidat à maintes reprises. « Par racisme, on a placé un verre cassé parmi la vaisselle pour me blesser. En outre, plusieurs machinations visaient à me chasser du travail ».

Aujourd’hui, l’enchaînement des succès lui fait oublier toute l’amertume de l’échec. « J’ai obtenu le prix du meilleur directeur général en Amérique du nord en 1990-91. Mais quelque chose en moi m’éloignait de l’hôtellerie ». PDG adjoint de Ramada International, il a investi dans un hôtel et a fait banqueroute. « J’ai perdu mon argent. Une campagne acerbe a été menée contre moi par la presse. L’un des journaux avançait que mon succès était fallacieux, un autre disait que je ne méritais pas toute la publicité qui m’était faite ».

Cet ancien champion sportif n’a jamais baissé les bras. Il a auparavant rêvé d’être champion d’Egypte en ping-pong et il est parvenu à l’être de 1964 à 1969. Il a par ailleurs représenté l’Egypte durant la Coupe du monde tenue en Allemagne de l’ouest.

« Tout ce que je faisais pendant les moments durs était de m’enfermer et de me retourner vers Dieu. Je me remettais en question, prenais soin de ma santé et accordais une plus grande attention à ma femme Amal et mes deux jumelles Nancy et Nermine. De plus, je courais un mile par jour ».

Al-Fiqi profitait également de ses moments d’oisiveté pour lire, approfondissant ses connaissances dans des domaines qui peuvent éventuellement lui servir comme la psychologie. Et le fruit de cette longue méditation a été l’écriture d’un premier livre, Top vendeur, lequel a remporté beaucoup de succès. « Petit à petit, on me demandait d’enseigner mes préceptes et c’est alors que je me suis retrouvé dans l’enseignement et la formation des cadres. Ce sont d’abord des hôtels comme l’Intercontinental Canada qui ont fait appel à moi, ensuite c’était le tour de l’Université Concordia de Montréal ». Assez fier,Al-Fiqi rappelle une question qui le harcelait à l’époque : Qu’est-ce que je veux exactement ?

En essayant de porter une réponse à cette interrogation, il a changé le cours de sa vie. « J’ai commencé à réaliser que l’homme faible cherche à être fort et que l’homme fort cherche encore à être plus fort. L’homme de par sa nature veut être meilleur. Comment alors se sentir bien dans sa peau physiquement et psychologiquement afin de mieux servir son travail ? » Seule la métaphysique possédait la réponse magique.

Selon Al-Fiqi, les 5 sens sont limités par les connaissances déjà acquises. Par contre, le spiritualisme représente plus de 80 % du cosmos et est donc plus influent sur notre vie. Les sentiments constituent une énergie à même de renforcer le corps ou de l’affaiblir. Il souligne même que dans certains cas, il faut aller au-delà de la maladie pour la soigner. « Berni Siegal, le neurologue de renom, a traité dans l’un de ses livres des miracles de l’énergie. Il raconte qu’une petite fille s’est approchée de son frère moribond. En lui tenant la main, elle lui a chuchoté à l’oreille : je t’aime beaucoup, ne me quitte pas, tu te rappelles lorsqu’on s’amusait bien ensemble et que tu me racontais de belles histoires ... Trois heures plus tard, l’enfant marchait dans la chambre ». Al-Fiqi passe ainsi d’un cas à l’autre, ses histoires se succèdent : le médecin avait déclaré à un cancéreux qu’il vivrait juste un an. Mais le malade a survécu 20 ans après ; il est mort suite à un accident de voiture. « Je ne nie pas l’importance de la médecine, mais je considère que le médecin n’a qu’à faire son diagnostic sans préciser la date ou la raison directe de la mort. Car ceci relève uniquement de Dieu ». Ensuite, il dresse un autre exemple, celui d’une femme qui avait des maux de tête chroniques, la poussant à vomir. Elle est venue le voir un jour. « J’ai essayé d’apaiser sa douleur, mais à chaque fois elle revenait me voir avec sa migraine. J’ai dû étudier son cas pendant 3 ans pour enfin parvenir à une justification. J’ai découvert qu’elle vivait un revers psychologique. C’est-à-dire qu’autrefois, elle menait une vie sans foi ni loi, et là elle était en train de s’auto-purifier par la souffrance ».

En effet, ces cas précis qu’il tient à mentionner sont la seule riposte contre ceux qui peuvent l’accuser de charlatanisme. Il s’agit de drôles de cas peut-être, mais aussi de preuves tangibles quant au succès de ses préceptes. Al-Fiqi s’empresse alors de raconter d’autres histoires, montrant qu’il n’a pas de solutions magiques. Parfois, il reste les bras croisés, ne sachant pas trop quoi faire. Par exemple, un homme souffrant de constipation est venu le voir, croyant absolument que le PHE (Power Human Energy) est le remède approprié dans son cas. Un autre pensait qu’il pouvait guérir la scoliose de sa femme. « Il y a des gens qui croient que je suis un magicien. D’autres me menacent par téléphone, et moi et ma famille, considérant que j’enseigne l’illusion ».

Lamiaa Al-Sadaty

Jalons

5 août 1950 : Naissance à Sidi-Bichr, Alexandrie.

1972 : Licence de l’institut d’hôtellerie du Caire.

1976 : Départ au Québec.

1991-1992 : Publication de son premier livre Top vendeur.

1994-1995 : Publication de son deuxième livre Top Manager, best-seller de l’année au Canada.

1995 : Doctorat en métaphysique de l’Université de Los Angeles.

2005 : Série de conférences et de stages dans le monde arabe.

 

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