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L’Egypte et l’Afrique ... De nouvelles orientations
par Hassan Abou-Taleb
Directeur de rédaction des Dossiers stratégiques

L’annonce de la création d’un rassemblement régional regroupant l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan représente un pas important sur les plans politique et économique. Il aura des répercussions décisives sur les conjonctures dans l’est de l’Afrique et la Corne de l’Afrique. Cette annonce a été précédée par de nombreuses tentatives d’amélioration des relations entre les trois pays, notamment en ce qui concerne l’exploitation conjointe du Nil. Ce rassemblement constitue un prolongement du volet relatif à l’est du Nil inclus dans l’initiative du bassin du Nil qui rassemble les dix pays du bassin. L’initiative se charge de réaliser un partenariat entre ces dix pays pour exploiter au mieux les ressources hydrauliques du Nil. Et ce, à travers une coopération avec les institutions internationales de financement et la création de projets conjoints pour la production de l’électricité, la réduction des dépenses inutiles de l’eau et son exploitation dans l’agriculture, l’irrigation et la question de l’eau potable.

Les origines de cette initiative remontent à 1993, lorsqu’une commission de coopération a été créée pour le développement et la protection de l’environnement du bassin du Nil. Cette commission s’est ensuite développée pour devenir l’initiative du bassin du Nil qui regroupe les dix pays de ce bassin. Elle a été officiellement déclarée en mai 1999 et constitue un cadre de développement conjoint s’appuyant sur un soutien technique et financier du PNUD, de la Banque Mondiale (BM) et de l’Agence canadienne de développement.

La coopération conjointe entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan, qu’elle soit relative au Nil ou au développement des relations économiques et commerciales, constitue le noyau d’un rassemblement africain dans l’est du continent. Ce rassemblement revêt une importance particulière pour l’Egypte sur deux plans qui se complètent.

Le premier concerne ses nouvelles orientations vers l’Afrique et l’intérêt accordé à la formation d’une position africaine conjointe envers les questions relatives à la réforme de l’Onu et surtout l’élargissement du Conseil de sécurité qui permettra au continent africain d’obtenir deux sièges permanents. L’Egypte ne cache pas ses ambitions d’obtenir l’un de ces sièges. Elle entre en compétition avec d’autres pays africains dont les plus éminents sont l’Afrique du Sud et le Nigeria. La décision revient à l’Union Africaine (UA) de choisir les deux pays qui représenteront le continent au Conseil de sécurité élargi. C’est pourquoi la consolidation des relations avec les pays africains est importante pour gagner le soutien du plus grand nombre de voix.

Cela fait quatre ans que la politique étrangère égyptienne a commencé à accorder de l’intérêt aux affaires du continent après une décennie de recul. Lorsque l’Egypte a pris la décision d’intensifier la coopération avec les pays africains, la carte des interactions avait complément changé.

De nouvelles réalités sont apparues sur le continent africain. Les relations entre les pays africains sont fortement influencées par les facteurs économiques et commerciaux, par le volume des aides et par l’ampleur des intérêts que chaque pays peut obtenir des autres pays africains plus riches et plus développés. De plus, pendant les deux dernières décennies, de nombreux regroupements économiques et commerciaux ont été créés dans le centre, le sud et l’ouest. L’Egypte ne figure dans aucun d’eux, si ce n’est dans le Comesa qui regroupe des pays de l’est et du centre du continent et qui est chargé de faciliter les échanges commerciaux.

Dans le cadre de l’intérêt égyptien pour les causes africaines, l’Egypte a contribué en 2001, avec l’Algérie, le Nigeria, le Sénégal et l’Afrique du Sud à la création d’une Nouvelle initiative de partenariat pour le développement de l’Afrique : le Nepad. Celui-ci est l’expression institutionnelle de l’intérêt accordé à la résolution des problèmes collectifs du continent à travers une vision purement africaine. Le financement doit se faire par les pays les plus riches du monde et par les grandes institutions financières.

Le second plan concerne l’amélioration des relations égypto-éthiopiennes après les problèmes historiques qui ont longtemps influencé les orientations éthiopiennes envers l’Egypte. Depuis plus de trois décennies, Le Caire et Addis-Abeba restaient sceptiques. Les doutes éthiopiens tournent autour du fait que l’Egypte exploite les traités de 1929 relatifs aux quotas d’eau pour empêcher les pays africains d’obtenir des quotas équitables. Notons que les traités de 1929 octroient à l’Egypte le droit d’arrêter tout projet sur les affluents du Nil afin de préserver le flux de l’eau. Cette dernière a construit de nombreux projets d’irrigation et de purification de canaux dans de nombreux pays africains comme l’Ouganda et le Kenya. Elle a aussi proposé des assistances techniques à l’Ethiopie et s’est montrée flexible sur de nombreux cas. Cependant, l’Ethiopie est restée hésitante concernant la reconnaissance des droits hydrauliques historiques de l’Egypte.

Avec l’entrée des deux pays (l’Egypte et l’Ethiopie) dans l’initiative du bassin du Nil, ces doutes se sont progressivement dissipés. L’initiative a permis de dépasser le discours sur les quotas historiques pour parler du développement des ressources du Nil, de son exploitation dans l’engendrement de l’électricité ainsi que la création de projets pour le stockage de l’eau qui profiteront à plus d’un pays du bassin du Nil.

Par conséquent, l’annonce d’un rassemblement régional regroupant l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan peut contribuer à dissiper les suspicions historiques et assurer des discussions autour de tout sujet relatif au Nil. Ce rassemblement pourra de même renforcer les relations économiques et commerciales et augmenter les investissements. C’est ce sur quoi compte l’Egypte pour confirmer ses nouvelles orientations vers le continent africain dans sa globalité.

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