Cependant, la défaite de 1967
a semé la discorde entre Le Caire et Moscou. Plus
encore, elle a mis en cause le degré de « coopération
» et les efforts requis pour « effacer les effets
de l’agression ». En effet, il existait des différends
implicites alors que les déclarations officielles
prétendaient que tout allait bien ! Bref, l’esprit
de Bandung n’a pu garantir des relations sans
différends !
La question qui s’imposait dans
ce contexte était donc la suivante : l’esprit
de Bandung pouvait-il persister après l’effondrement
de l’URSS et la chute de l’ordre mondial bipolaire
? Autrement dit, après que la scène mondiale eut
été monopolisée par un pôle unique, à savoir le
pôle américain ? Ce dernier serait-il moins soucieux
de développer ses armes et d’accepter de les limiter,
ou bien le contraire ? Sachant qu’actuellement,
les Etats-Unis sont devenus, dans le domaine militaire,
plus forts que tous les pays du monde réunis,
il apparaît qu’aucune place n’ait été réservée
au non-alignement et qu’il n’existe que deux options
: être avec les Etats-Unis ou contre les Etats-Unis
!
Toutefois, il faut s’interroger
sur l’existence d’une autre situation qui ne soit
ni pour ni contre ? Une situation qui émanerait
d’une transformation de la contradiction fondamentale
entre l’Orient et l’Occident en une contradiction
entre le Nord et le Sud. D’autant plus qu’il est
possible d’imaginer une société exempte de riches
alors qu’il est inconcevable d’avoir une société
sans pauvres ! D’où la possibilité de parler d’un
Sud qui ne serait pas nécessairement accompagné
d’un Nord, alors que le contraire n’est pas vrai.
Il n’est donc pas étrange de voir naître des centres
de recherches relevant d’organisations qui se
réclament du Sud, à l’ombre d’un ordre mondial
contrôlé par un pôle unique.
Où en sommes-nous du spectre
de la guerre ? Il est à noter que tout au long
de la guerre froide, de petites guerres, des guerres
régionales (à basse intensité) ou même de grandes
guerres sont survenues. Quant au monde de l’après
11 septembre, et contrairement à toutes les prétentions,
celui-ci n’était pas exempt de guerres, avec en
tête la guerre de l’Iraq en 2003. Plus encore,
de telles guerres sont à même de se répéter (contre
l’Iran à titre d’exemple). Fait qui nous pousse
à nous demander vers quelle voie avancer : celle
de la non guerre et de la démocratie ou celle
du chaos et de la non démocratie ?
Il est à noter que le président
Bush a levé l’emblème du « Grand Moyen-Orient
» sans en avoir déterminé le sens. Or, une chose
est certaine, il ne s’agit pas d’une réitération
de l’emblème du Moyen-Orient, sinon on n’aurait
pas pris la peine de l’inventer. Au contraire,
un autre objectif s’annonce, l’instauration d’un
« Grand Moyen-Orient » réunissant des Arabes et
des non Arabes. Celui-ci doit probablement inclure
Israël, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, certaines
Républiques islamiques formant auparavant l’ex-URSS
et peut-être même l’Afghanistan. Par contre, le
Moyen-Orient, au sens traditionnel du terme, c’est
celui qui intègre exclusivement les Arabes. Et
ce contrairement au Grand Moyen-Orient (ou Moyen-Orient
élargi), qui est la scène qui rassemble outre
les Arabes, les Israéliens, les Turcs, les Kurdes,
les Druzes, les chiites, les sunnites. Autrement
dit, il s’agit d’une entité au sein de laquelle
Israël doit avoir le dernier mot ! Ceci signifie
donc que le Grand Moyen-Orient est exactement
le contraire des principes que Bandung avait toujours
représentés.