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Bandung

par Mohamed Sid-Ahmed

Il y a un demi-siècle dans une ville d’Indonésie, une conférence sortant du cadre politique traditionnel de cette époque avait été tenue. Celle-ci avait annoncé la naissance d’un monde nouveau, un univers vraiment différent. Cette conférence, qui avait rassemblé des personnalités appartenant à des expériences politiques totalement inhabituelles, avait été tenue quelque part à l’extrémité de l’Asie. Le sommet afro-asiatique avait été tenu dans ce village, Bandung, présageant la naissance d’une nouvelle école sur la scène de la politique internationale, tout en prouvant que les répercussions de la seconde guerre mondiale n’étaient nullement limitées à l’Europe et aux Etats-Unis, mais a contrario avaient atteint le cœur même de l’Asie et de l’Afrique. Sans oublier que le sommet avait instauré les fondements de ce qui fut connu au début sous le nom de « politique de l’alignement positif » et ensuite sous le nom de « non-alignement ». La guerre a pris fin avec la défaite du fascisme et des forces japonaises, suivie du démantèlement de l’alliance entre les Etats-Unis et l’Union soviétique et le déclenchement de la guerre froide. C’est dans ce contexte que se sont consolidées les relations égypto-soviétiques conformément aux principes de Bandung.

Cependant, la défaite de 1967 a semé la discorde entre Le Caire et Moscou. Plus encore, elle a mis en cause le degré de « coopération » et les efforts requis pour « effacer les effets de l’agression ». En effet, il existait des différends implicites alors que les déclarations officielles prétendaient que tout allait bien ! Bref, l’esprit de Bandung n’a pu garantir des relations sans différends !

La question qui s’imposait dans ce contexte était donc la suivante : l’esprit de Bandung pouvait-il persister après l’effondrement de l’URSS et la chute de l’ordre mondial bipolaire ? Autrement dit, après que la scène mondiale eut été monopolisée par un pôle unique, à savoir le pôle américain ? Ce dernier serait-il moins soucieux de développer ses armes et d’accepter de les limiter, ou bien le contraire ? Sachant qu’actuellement, les Etats-Unis sont devenus, dans le domaine militaire, plus forts que tous les pays du monde réunis, il apparaît qu’aucune place n’ait été réservée au non-alignement et qu’il n’existe que deux options : être avec les Etats-Unis ou contre les Etats-Unis !

Toutefois, il faut s’interroger sur l’existence d’une autre situation qui ne soit ni pour ni contre ? Une situation qui émanerait d’une transformation de la contradiction fondamentale entre l’Orient et l’Occident en une contradiction entre le Nord et le Sud. D’autant plus qu’il est possible d’imaginer une société exempte de riches alors qu’il est inconcevable d’avoir une société sans pauvres ! D’où la possibilité de parler d’un Sud qui ne serait pas nécessairement accompagné d’un Nord, alors que le contraire n’est pas vrai. Il n’est donc pas étrange de voir naître des centres de recherches relevant d’organisations qui se réclament du Sud, à l’ombre d’un ordre mondial contrôlé par un pôle unique.

Où en sommes-nous du spectre de la guerre ? Il est à noter que tout au long de la guerre froide, de petites guerres, des guerres régionales (à basse intensité) ou même de grandes guerres sont survenues. Quant au monde de l’après 11 septembre, et contrairement à toutes les prétentions, celui-ci n’était pas exempt de guerres, avec en tête la guerre de l’Iraq en 2003. Plus encore, de telles guerres sont à même de se répéter (contre l’Iran à titre d’exemple). Fait qui nous pousse à nous demander vers quelle voie avancer : celle de la non guerre et de la démocratie ou celle du chaos et de la non démocratie ?

Il est à noter que le président Bush a levé l’emblème du « Grand Moyen-Orient » sans en avoir déterminé le sens. Or, une chose est certaine, il ne s’agit pas d’une réitération de l’emblème du Moyen-Orient, sinon on n’aurait pas pris la peine de l’inventer. Au contraire, un autre objectif s’annonce, l’instauration d’un « Grand Moyen-Orient » réunissant des Arabes et des non Arabes. Celui-ci doit probablement inclure Israël, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, certaines Républiques islamiques formant auparavant l’ex-URSS et peut-être même l’Afghanistan. Par contre, le Moyen-Orient, au sens traditionnel du terme, c’est celui qui intègre exclusivement les Arabes. Et ce contrairement au Grand Moyen-Orient (ou Moyen-Orient élargi), qui est la scène qui rassemble outre les Arabes, les Israéliens, les Turcs, les Kurdes, les Druzes, les chiites, les sunnites. Autrement dit, il s’agit d’une entité au sein de laquelle Israël doit avoir le dernier mot ! Ceci signifie donc que le Grand Moyen-Orient est exactement le contraire des principes que Bandung avait toujours représentés.


Bandung aujourd’hui

D’aucuns peuvent s’interroger : comment peut-on parler du non-alignement entre deux pôles dans le cadre d’un ordre mondial basé sur un pôle unique ? Ma réponse sera la suivante : comment peut-on croire que le monde entier se confine seulement au Nord ? Peut-on prétendre que notre monde soit exempt de pauvreté, de famine et de maladies ? Peut-on nier la présence d’un Sud sur notre planète ?

Bref, Bandung affirme la présence continuelle du Sud même dans les cas où la présence du Nord n’est que passagère. Le terme Bandung incarne l’identité même du Sud, tout en affirmant que ce dernier existe toujours et résiste à toute tentative d’anéantissement et ne sera pas facilement déraciné ! Il est à noter de même que le terme Sud prône le principe de l’indépendance et de lutte contre la dépendance, fait récemment répandu. D’autant plus que « la dépendance mutuelle » se transforme d’habitude en une excuse pour l’inaction et l’invention de nouvelles formes de dépendance.

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