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Poésie. Ahmad Al-Chahawi adopte dans son dernier recueil, Lissane al-nar (Langue de feu), une langue plus simple, sans rien perdre de sa profondeur.

Une femme toujours inspiratrice

Langue de feu est le sixième recueil du poète, auteur du désormais célèbre Wassaya fi echq al-nissaa (Dix commandements pour la passion des femmes), décrié par la censure religieuse. Al-Chahawi se base dans ce recueil sur la métaphore du « chapelet », qu’il avait déjà utilisée comme technique artistique, notamment dans son ouvrage poétique Le livre de la mort paru en 1997. Il s’agissait alors du chapelet musulman composé de 99 perles. Ici, le poète utilise un chapelet de 33 perles, en plus des chawahed (témoignage). C’est ce qu’il appelle « le chapelet de l’amant et chawahedouha ».

Dans ce recueil, Al-Chahawi utilise toujours sa sensibilité soufie dans sa passion de la femme, mère et amante. Mais le nouvel élément de ce recueil est qu’il célèbre plus encore la langue ordinaire, non soufie, une langue simple qui ne porte pas en elle toutes les significations au sens profond. L’expérience du poète se lie ainsi plus profondément encore à l’expérience poétique au sens général, adoptant une tendance existentielle plus prononcée.

La langue qui apparaît comme une langue simple, dépouillée des métaphores et des labyrinthes cachés du soufisme n’est pas pour autant innocente avec le lecteur, elle le guide vers une signification d’autant plus profonde qu’elle se grave dans des cercles successifs déclarant sa révolte contre une réception simpliste.

Langue de feu est une expérience qui appartient au patrimoine poétique de l’humanité tout entière ; le poète y est toujours préoccupé par la femme, mais l’exclut cette fois-ci de la terre sacrée ; le poète sort de son mihrab (niche) soufi et s’attache à des questionnements qui résument une position plus sincère et humanitaire.

Il s’agit de la crise de l’être humain avec sa partenaire chassés du paradis. La terre est le lieu des accusations, de la conscience douloureuse de l’amour, c’est aussi la terre de la découverte, où le poète découvre ce rapport compliqué entre désir et accusation, entre supplication et orgueil .

Ahmad Al-Chahawi, Lissane al-nar, 71 poèmes, 260 p, éditions Dar Al-Masriya Al-Lebnaniya, 2005.

 

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