Langue de feu
est le sixième recueil du poète, auteur du désormais célèbre
Wassaya fi echq al-nissaa (Dix commandements pour la passion
des femmes), décrié par la censure religieuse. Al-Chahawi
se base dans ce recueil sur la métaphore du « chapelet »,
qu’il avait déjà utilisée comme technique artistique, notamment
dans son ouvrage poétique Le livre de la mort paru en 1997.
Il s’agissait alors du chapelet musulman composé de 99 perles.
Ici, le poète utilise un chapelet de 33 perles, en plus des
chawahed (témoignage). C’est ce qu’il appelle « le chapelet
de l’amant et chawahedouha ».
Dans
ce recueil, Al-Chahawi utilise toujours sa sensibilité soufie
dans sa passion de la femme, mère et amante. Mais le nouvel
élément de ce recueil est qu’il célèbre plus encore la langue
ordinaire, non soufie, une langue simple qui ne porte pas
en elle toutes les significations au sens profond. L’expérience
du poète se lie ainsi plus profondément encore à l’expérience
poétique au sens général, adoptant une tendance existentielle
plus prononcée.
La langue qui
apparaît comme une langue simple, dépouillée des métaphores
et des labyrinthes cachés du soufisme n’est pas pour autant
innocente avec le lecteur, elle le guide vers une signification
d’autant plus profonde qu’elle se grave dans des cercles successifs
déclarant sa révolte contre une réception simpliste.
Langue de feu
est une expérience qui appartient au patrimoine poétique de
l’humanité tout entière ; le poète y est toujours préoccupé
par la femme, mais l’exclut cette fois-ci de la terre sacrée
; le poète sort de son mihrab (niche) soufi et s’attache à
des questionnements qui résument une position plus sincère
et humanitaire.
Il s’agit de
la crise de l’être humain avec sa partenaire chassés du paradis.
La terre est le lieu des accusations, de la conscience douloureuse
de l’amour, c’est aussi la terre de la découverte, où le poète
découvre ce rapport compliqué entre désir et accusation, entre
supplication et orgueil .