— Les détenus palestiniens sont-ils victimes
de violations similaires à celles des détenus iraqiens dans
la prison d’Abou-Gharib ?
— Les détenus palestiniens sont plutôt victimes
de pressions morales et politiques, de jugements injustes,
de transferts permanents d’un lieu à un autre et de négligence
médicale, surtout envers ceux qui souffrent de maladies chroniques.
Il y a une certaine différence entre les prisons qui dépendent
de l’armée israélienne comme Hofar et Al-Naqab, et les prisons
qui dépendent de l’Organisme des prisons israéliennes. Les
conditions de détention sont plus sévères dans ces dernières,
en comparaison avec les lieux de détention militaires.
— Comment peut-on faire pression sur Israël
pour libérer les détenus palestiniens ?
— Il est impératif de refuser les critères
israéliens de libération des détenus. Malheureusement, dans
tous les accords conclus, Israël a réussi à garder le droit
de déterminer les critères de la libération des détenus. Nous
ne devons pas accepter cela lors de la négociation de la question
des détenus. Nous appelons la Ligue arabe, l’Union des avocats
arabes et les institutions internationales des droits de l’homme
à agir au niveau international pour libérer les détenus. D’autre
part, il faut exploiter les relations des pays arabes avec
Israël pour faire pression sur lui dans la voie de la résolution
de la question des détenus.
— Que pensez-vous du plan de retrait de Gaza
et de l’évacuation de 4 petites colonies isolées au nord de
la Cisjordanie ?
— Il s’agit d’un plan de retrait unilatéral.
Sharon a pris cette décision à la suite de pressions et d’une
lutte palestiniennes qui a duré 4 ans car ce plan réalise
les intérêts d’Israël. Ce dernier veut en finir avec l’obsession
de la forte démographie palestinienne à Gaza. Sharon pense
qu’en se retirant de Gaza et de certaines parties de la Cisjordanie,
Israël pourra préserver l’occupation des autres territoires
de la Cisjordanie. Il veut paraître devant la communauté internationale
et la société israélienne comme celui qui a présenté un projet
politique de règlement pacifique surtout que pendant les dernières
années il paraissait comme celui qui tient un gros bâton.
Partant, il incombe à la partie arabe et palestinienne de
dévoiler cette politique israélienne. Nous accueillons favorablement
le retrait israélien de tous les territoires palestiniens.
Mais nous devons faire face aux plans de Sharon de dominer
la Cisjordanie et d’empêcher l’instauration d’un Etat palestinien
indépendant.
— Croyez-vous que l’Etat palestinien sera
instauré avant la fin du mandat du président Bush ?
— La cause et la lutte palestiniennes se
sont imposées sur la scène internationale. Sharon, lui-même,
a parlé d’un Etat palestinien. Je pense que Bush s’y intéresse.
Mais le différend porte sur la teneur de l’Etat palestinien,
ses frontières et sa souveraineté et non sur l’Etat palestinien
en soi qui est maintenant accepté, même par les extrémistes
israéliens. Mais il se peut tout à fait que Bush et Sharon
reviennent sur leurs positions. Rappelons-nous que Bush avait
parlé de l’instauration de l’Etat palestinien en 2005, il
parle maintenant d’un Etat en 2008. Il se peut aussi que tout
se termine sans l’instauration d’un Etat palestinien. Il nous
incombe de tenter de transformer l’initiative de Bush en une
véritable échéance politique. Ceci nécessite la poursuite
de la résistance palestinienne face à l’occupation ainsi que
l’exercice de pressions sur Israël et sur l’Administration
américaine. Cette dernière est pleinement consciente que sans
la résolution de la cause palestinienne, tous ses projets
dans la région seront voués à l’échec. Les Etats-Unis ne présentent
pas de cadeaux aux Palestiniens. A la lumière des positions
du gouvernement de Sharon et de l’Administration américaine
actuelle, il est difficile d’imaginer un règlement politique
sérieux du conflit. L’année actuelle pourra témoigner de solutions
temporaires comme le retrait israélien de certaines villes
palestiniennes. Mais je ne vois pas la possibilité d’un règlement
politique sérieux durant le mandat de Sharon, vu le soutien
des conservateurs américains à sa politique.
— Comment évaluez-vous le rapprochement actuel
entre l’Autorité palestinienne et les factions palestiniennes
?
— Les Palestiniens commencent à réaliser
la nature du conflit actuel avec Israël et des mutations régionales
et internationales. Le dialogue national palestinien tenu
au Caire au début de mars dernier sous les auspices de l’Egypte
et ses résultats — l’accord sur l’accalmie, la réforme interne,
la restructuration des institutions de l’OLP et la participation
de toutes les parties à cette dernière — confirment que les
factions palestiniennes sont pleinement conscientes des réalités
de l’étape actuelle ainsi que de ses revendications internes
et externes.
— Comment peut-on restructurer l’OLP ?
— Le rôle de l’OLP et de ses institutions
a été complètement marginalisé pour de nombreuses raisons.
Mais je pense que la participation du Hamas et du Djihad islamique
au sein de l’OLP, la reconstitution du Conseil national et
la réélection de membres de ces institutions redonneront à
l’OLP son rôle effectif en sa qualité d’unique représentant
légitime du peuple palestinien.
— Le Hamas et le Djihad revendiquent la modification
de la charte de l’OLP comme condition sine qua none à leur
adhésion à l’OLP. Qu’en pensez-vous ?
— Cette question doit être débattue par les
Palestiniens. Aucune partie n’a le droit de dicter aux Palestiniens
les clauses de la charte de l’OLP. Elle a été modifiée une
seule fois en 1969. Puis en 1996, certaines clauses ont été
gelées sans être remplacées. Je pense que nous avons besoin
maintenant de changer certaines clauses de la charte de l’OLP,
mais ceci ne doit pas être une condition sine qua none à l’adhésion
d’une certaine partie à l’OLP. Elle constitue la maison légitime
de tous les Palestiniens et c’est dans son cadre que peut
être discuté tout sujet, y compris sa charte.
— Quel est votre asur l’accalmie avec Israël
?
— L’accalmie est dans l’intérêt des Palestiniens
et des Israéliens. Sharon veut exécuter un retrait unilatéral
de Gaza. Il a donc besoin de l’accalmie avec les Palestiniens,
surtout qu’il devra affronter les colons et les extrémistes
juifs. Sur le plan palestinien, nous nous engageons sur la
voie de la reconstruction du régime politique palestinien,
nous nous rapprochons des élections municipales et législatives.
De plus, notre infrastructure économique a été entièrement
détruite par les agressions israéliennes. Par conséquent,
l’accalmie est dans notre intérêt aussi. Nous verrons si cette
accalmie peut se développer en un processus politique ou si
elle restera telle quelle.
— Qu’en est-il des performances d’Abou-Mazen
à la tête de l’Autorité palestinienne ?
— Abou-Mazen a hérité d’énormes problèmes.
Il serait injuste de le juger maintenant. De toute façon,
il a fait un pas important en essayant de parvenir à un accord
interne pour reconstruire les institutions palestiniennes.
C’est un bon début qui représentera la pierre angulaire de
sa politique .