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Ce que les catholiques d’Egypte pensent de Benoît


XVI Monseigneur Youhanna Golta, évêque auxiliaire, patriarcat copte catholique

J’attends du nouveau pape de poursuivre la voie de Jean-Paul II, notamment en ce qui concerne l’Egypte et les mondes arabe et musulman. Jean-Paul II s’intéressait beaucoup à notre région, non pas parce qu’elle est riche en pétrole, mais parce qu’elle conserve un riche héritage culturel et spirituel. Il considérait l’Egypte comme une terre sainte. J’attends du nouveau pape qu’il redonne à l’Egypte l’intérêt qu’elle mérite dans les relations entre l’Est et l’Ouest. Tout au long de son histoire, l’Egypte a toujours joué le rôle de l’oasis verte, modérée et sereine, qui apaise le désert de la violence et de l’extrémisme.

Dans le dialogue œcuménique, j’aimerais le voir mettre les points sur les « i ». Je m’explique : Benoît XVI a pour rôle d’éliminer la peur des orthodoxes de se dissoudre dans l’Eglise catholique. Il a pour rôle d’apaiser la crainte des orthodoxes qui voient dans l’Eglise catholique une tentative d’ouverture, arrivant, selon eux, à un niveau de laisser-aller. Je souhaite que l’Occident catholique et l’Orient orthodoxe partagent leur spiritualité, leur culture et leur civilisation, sans cependant rentrer dans des discussions doctrinales, au moins au départ. J’aimerais que le nouveau pape se tourne vers les pays du tiers-monde, ainsi que les pauvres dans le monde. Jean-Paul II voulait que l’Occident partage sa richesse avec l’Orient pauvre. Il disait que la technologie et les sciences n’étaient pas destinées uniquement à l’Occident, mais qu’elles étaient le fruit de l’intelligence de l’homme tout au long de son histoire. J’aimerais que le pape préserve la belle relation humaine et sociale qui existe entre l’Eglise, les pauvres, les marginalisés, les malades et les handicapés. J’aimerais que Benoît XVI étudie les raisons de la régression du nombre de vocations religieuses et ecclésiastiques et qu’il accorde plus d’intérêt à la situation des prêtres mariés. Je pense que la vocation ecclésiastique est autant destinée aux mariés qu’aux célibataires. C’est l’une de nos traditions en Orient. Enfin, je lui souhaite de faire beaucoup de voyages et de ne pas s’enfermer derrière les clôtures de la Cité du Vatican.


Wafik Wadie, laïc catholique engagé
J’aimerais que le nouveau pape fasse appel à la réunion d’un concile, qui lui donnera le nom de Vatican III. L’Eglise souffre de nombreux problèmes qui doivent être réglés. Il faut faire face aux problèmes de la pauvreté, du chômage, des milliers qui meurent tous les jours au nom de la liberté, de la démocratie et de la justice. J’aimerais que l’Eglise dise son mot face à cela et qu’elle ne se contente pas de condamner ou de contester. J’attends de l’Eglise qu’elle exerce des pressions politiques ou autres sur les grandes puissances mondiales. J’aimerais aussi qu’il regarde de près les problèmes de centaines de familles catholiques qui s’effondrent. Si des problèmes existent entre deux parties, et que leur vie ensemble devient impossible, doivent-elles assumer leur douloureuse réalité ou bien auraient-elles la possibilité de revivre chacune un deuxième bonheur sous les yeux du Dieu miséricordieux ?

Père Rafik Greich, directeur du Bureau de presse catholique d’Egypte
Je suis très content de l’élection du cardinal Ratzinger comme nouveau pape, et je ne suis pas du tout dérangé par sa réputation de conservateur. Au contraire. Je suis heureux parce qu’il est clair que dès la première minute de son pontificat, le pape continuera à être le gardien de la foi et de la doctrine catholiques. L’Eglise est une institution créée sur les enseignements de l’Evangile. Et je suis heureux qu’elle garde cette identité. Jean-Paul II avait amené l’Eglise chez les gens de 120 pays. C’était son style. Nous voulons conserver la morale. En tant que catholique égyptien, je suis fier de mon pape parce que son règne sera le baromètre des valeurs de la morale. L’Eglise est la seule référence pour permettre une chose ou l’interdire. Les non- catholiques eux aussi nous voient comme ça. Et vivant en terre d’islam, je vois qu’il y a une base commune entre les enseignements catholiques et islamiques, notamment en ce qui concerne les valeurs de la morale, du respect, de l’amour et de la paix. Il ne faut pas avoir peur du dialogue. Ni il nous changera, ni il changera l’Autre, orthodoxe ou musulman. Regardons ensemble nos points communs et continuons l’échange autour des plates-formes communes déjà existantes. Ainsi, nous découvrirons la richesse de l’Autre, différent de nous. La délégation égyptienne qui partira pour les JMJ à Cologne se fera un plaisir de le rencontrer. Une excellente occasion pour l’inviter à visiter l’Egypte.

Mère Marie-Aïda Boutros, supérieure générale des religieuses égyptiennes du Sacré-Cœur
Déjà dans sa première déclaration, le nouveau pape a beaucoup insisté sur sa volonté de poursuivre la voie du dialogue avec les orthodoxes et les musulmans. Ce qui m’a rendue heureuse et fière. C’est justement ce que j’attendais de lui. J’aimerais qu’il poursuive sa mission sur les pas de Jean-Paul II. En ce qui nous concerne, nous les catholiques d’Egypte, je peux dire que nous sommes le trait d’union qui lie l’Eglise orthodoxe de l’Orient à l’Eglise catholique de l’Occident. Nous vivons à l’intérieur du monde des musulmans et des orthodoxes. C’est pour cela que je lui demande d’investir cette présence et de faire appel à ceux d’entre nous qui peuvent s’ouvrir et maintenir un dialogue pour qu’il soit positif et fructueux. S’il vient en Egypte, il palpera lui-même la réalité de notre quotidien et les défis qui se présentent. J’aimerais lui dire que nous prions beaucoup pour lui, afin qu’il puisse assumer le lourd héritage que lui a légué son prédécesseur. Benoît XVI a demandé que l’on prie pour lui, et c’est un signe de modestie totale qui fait sûrement plaisir.

Sœur Hoda Fouad, supérieure provinciale des religieuses du Sacré-Cœur
Je ne m’attendais pas à ce que le cardinal Ratzinger soit élu. J’ai lu la presse de près et j’ai découvert la profondeur et la richesse de sa personnalité. Il est vrai qu’il est conservateur et intransigeant, mais je pense que Dieu a accordé une grâce spéciale pour arriver à ce choix. Je pense que l’Eglise a besoin aujourd’hui d’un pasteur de ce calibre. Quand Jean-Paul II est venu chez nous, le monde a enfin compris qu’il y a une Eglise catholique locale qui œuvre depuis longtemps dans l’enseignement, la santé et le développement social. J’aimerais que le pape Benoît XVI lui aussi vienne visiter l’Egypte. Il est toujours réconfortant de voir le pasteur se rapprocher de ses sujets. J’aimerais trouver dans ses homélies et dans ses lettres paroissiales des réponses à nos questions et à nos peurs. J’aimerais qu’il nous aide à conserver notre foi face aux défis du monde. Je souhaite que le comité chargé du dialogue avec les autorités d’Al-Azhar puisse poursuivre sa voie.
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