| Agé
de 78 ans, Benoît XVI, élu pape mardi 19 avril, est considéré
comme le chef du camp conservateur. Ses partisans l’ont
d’ailleurs fièrement surnommé « le grand inquisiteur »
et saluent son action pour « écraser les hérésies ». Doyen
du Collège des cardinaux, il a fustigé lundi « la dictature
du relativisme », fait le procès de ceux qui, dans l’Eglise,
se sont laissés séduire par des « courants de mode ».
Chargé
par Jean-Paul II de rédiger les textes de méditation du
chemin de la Croix pour la semaine sainte, il avait livré
un véritable réquisitoire dans lequel il avait fustigé
« les souillures » et « l’orgueil » au sein de l’Eglise.
« Souvent, Seigneur, ton Eglise nous semble une barque
prête à couler, une barque qui prend l’eau de toutes parts
», avait-il déploré.
Le
ton de ce prince de l’Eglise intransigeant n’a pas surpris.
Né le 16 avril 1927 en Bavière, Joseph Ratzinger a été
ordonné prêtre en 1951, fait archevêque de Munich en 1977
et cardinal quatre mois plus tard, le 27 juin 1977, par
Paul VI. Il était l’un des trois cardinaux électeurs à
ne pas devoir sa pourpre à Jean-Paul II.
Ratzinger
n’a pas les faveurs de nombreux catholiques progressistes.
De 1981 à aujourd’hui, ses interdits ne se comptent plus
: non à l’ordination des femmes, non au mariage des prêtres,
non à l’homosexualité, non au communisme, non aux « abus
» dans la pratique du sacrement eucharistique. Ses prises
de position sont tranchantes, comme son regard bleu métal
et son sourire pincé. Elles ont souvent menacé de provoquer
des crises politiques.
Face
à une Eglise en crise, il préconise le repli et le rapprochement
avec les mouvements catholiques les plus radicaux, voire
« fondamentalistes ». « Le Seigneur sait agir avec des
instruments insuffisants ». Benoît XVI avait de l’émotion
dans la voix en se plaçant sous les auspices de Dieu.
De l’émotion aussi dans la foule massée sur la place Saint-Pierre
qui acclamait tout à la fois le nouveau pape et le nouvel
évêque de Rome. De l’émotion, oui. Mais pas de frisson
semblable à celui ressenti par les fidèles, il y a 26
ans, lorsque Jean-Paul II lança son fameux « N’ayez pas
peur ! ». C’est que le cardinal Joseph Ratzinger n’a jamais
laissé indifférent.
Aujourd’hui,
c’est Benoît XVI qui est à la barre. Sera-t-il un pape
de transition comme le laisse supposer son grand âge ?
Ou au contraire imprimera-t-il sa marque ? Son premier
grand rendez-vous est connu : Cologne, chez lui en Allemagne,
face aux jeunes venus du monde entier pour les Journées
mondiales de la jeunesse. Ce pape à la main de fer dans
un gant de velours pourrait étonner. Pourfendeur de la
théologie de la libération ou de ses contestataires, il
est aussi l’ami de beaucoup qui ne pensent pas vraiment
comme lui.
Mais
les défis à relever sont, eux, nombreux et bien là : la
chute du nombre des vocations religieuses, la concurrence
entre les religions, le dialogue œcuménique, l’évolution
des mœurs, la place de la femme dans l’Eglise, la violence,
etc. |