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Développement
humain. Une étude de 2005 effectuée par la Ligue
arabe met l’accent sur les plus grands défis à relever
dans la région en matière de population. Enquête. |
Le
monde arabe loin du compte |
«
Les objectifs des politiques démographiques font partie
intégrante du développement social, économique et culturel
ayant pour but d’améliorer les conditions de vie de la
population ». Telle était la principale recommandation
de la Conférence internationale de la population et du
développement tenue au Caire en 1994. Et, bien que les
deux conférences suivantes (à Beyrouth en 1999 et 2004)
aient eu pour but d’atteindre le même objectif, le monde
arabe doit aujourd’hui faire face à de véritables défis
dans le domaine de la démographie. « La démographie galopante,
la condition de la femme et de la jeunesse, le dossier
de l’émigration arabe sont les problèmes cruciaux auxquels
doit faire face le monde arabe », explique Khaled Al-Wéheishi,
directeur du département de politique de population et
de l’émigration à la Ligue arabe. Une récente étude effectuée
en 2005 par la Ligue arabe indique que le taux de croissance
démographique annuel dans le monde arabe a dépassé les
3 %. Un chiffre record au niveau mondial. Ce taux ne dépasse
pas les 2 % dans les pays européens, mais varie suivant
chaque pays arabe. Alors que le taux de croissance démographique
au Liban et en Tunisie est proche des 2 % comme en Europe,
il dépasse les 5,7 % au Yémen. Cependant, il est de 3,4
% dans des pays comme le Maroc et l’Egypte. Un chiffre
relativement moyen par rapport au monde arabe.
Une
simple observation permet d’affirmer que cette croissance
démographique est liée aux conditions de la femme dans
le monde arabe. Le taux d’analphabétisme des femmes arabes
dépasse les 52 %. Cette vérité est encore plus évidente
au regard de leurs conditions de vie. En Tunisie, grâce
aux efforts déployés dans le domaine de la prévention,
la Tunisienne semble être la plus consciente de l’usage
des contraceptifs. Environ 65 % des femmes tunisiennes
(quel que soit leur milieu social) utilisent des moyens
de contraception.
La
croissance démographique est liée aux conditions économiques
du monde arabe où la pauvreté domine. D’après les chiffres
de la Ligue arabe, le revenu de plus de 25 % de la population
arabe (environ 280 millions de personnes) ne dépasse pas
un dollar par jour. « Dans les sociétés pauvres, les enfants
représentent pour la famille une source de revenus et
donc un moyen d’améliorer les conditions de vie. Ces derniers
sont envoyés très jeunes sur le marché du travail », assure
le sociologue Ali Fahmi. « Sans les maigres salaires de
mes enfants, j’aurai du mal à joindre les deux bouts.
L’atelier où je travaille ne fonctionne qu’un jour sur
dix en cette période de crise économique », assure Mahmoud,
50 ans, menuisier et père de trois enfants. Ce dernier
pense sérieusement se remarier pour avoir plus d’enfants.
Une sorte d’assurance matérielle pour cet homme, le jour
où il sera à la retraite. |
Les
femmes, premières victimes |
Mais
avec une telle croissance démographique due aux conditions
de vie difficiles et à la pauvreté, il est certain que
la femme est la première victime. « Le taux de mortalité
des femmes en couches ou pendant la grossesse est la seconde
cause du manque de développement », estime Al-Wéheishi.
Toujours selon les chiffres de la Ligue arabe, presque
13 000 femmes arabes meurent chaque année au moment de
leur grossesse ou de leur accouchement par manque de suivi
ou de soins appropriés. Selon une autre étude démographique
sur la santé de la famille arabe effectuée par la Ligue
arabe (le projet PAFAM), le taux de mortalité des femmes
reste encore élevé en Iraq, en Egypte et au Maroc. Et
ce taux a atteint son apogée au Soudan, au Yémen et en
Somalie. A partir d’une base de 100 000 femmes par pays,
on peut dire que 1 600 meurent en Somalie, 1 500 au Soudan
et 850 au Yémen. En Egypte, ce chiffre est en baisse.
Il est passé de 174 à 84 cas de 1992 à 2000. Des chiffres
encore trop élevés par rapport à la moyenne dans les pays
occidentaux. « Il y a une grande différence entre ce chiffre
dans ces pays et dans d’autres qui consacrent un grand
budget pour la santé de la femme et tentent de déployer
des efforts pour réduire le fossé qui existe entre l’homme
et la femme dans le domaine de l’éducation », avance Al-Wéheishi.
Au Koweït, aux Emirats et en Libye, le taux de mortalité
des femmes ne dépasse pas les 6 pour 100 000.
Mais
ce n’est pas tout. Les facteurs internes (croissance démographique
et mortalité) ne sont pas les seuls défis auxquels doit
faire face le monde arabe pour réaliser le développement
exigé par l’Onu avant 2015. Il y a aussi d’autres facteurs
externes comme la globalisation. Face à la pauvreté, aux
conflits et aux conditions socioéconomiques difficiles
dans certains pays, l’émigration reste parfois la seule
bouée de sauvetage |
Une
psychose anti-émigré |
«
L’émigration est le troisième défi auquel doit faire face
le monde arabe », avance Al-Wéheishi. Selon lui, les facteurs
de restriction du flux migratoire s’accélèrent avec l’impact
de la globalisation et particulièrement la libéralisation
et les implications des pays arabes. L’argent transféré
par ces émigrés dans les années 1970, 80 et 90 a été bénéfique
pour l’économie nationale. Ces capitaux ont même servi
à alimenter plusieurs banques à l’échelle locale. D’ailleurs,
des milliers de ménages plus ou moins modestes ont utilisé
ces sources de revenus pour améliorer leurs conditions
de vie. « Ces capitaux ont servi à redynamiser l’économie
locale », confie-t-il. Le problème est qu’aujourd’hui,
un blocage perdure. D’une part, l’Europe a fermé ses frontières
suite à la mutation économique, au chômage et aux conditions
socioéconomiques difficiles. « Aujourd’hui, ce continent
passe par une psychose anti-émigré. Et ces facteurs ont
poussé les gouvernements à freiner l’immigration arabe
», analyse un chercheur à la Ligue arabe. D’autre part,
les pays du Golfe qui, autrefois recevaient un flux migratoire
important, ont fermé leurs frontières à cause de certaines
difficultés (guerre, chute du prix du pétrole). Ils ont
réduit leur demande de main-d’œuvre en provenance des
pays arabes. Alors qu’en 1975, le taux de main-d’œuvre
provenant des pays arabes dans les pays du Golfe atteignait
75 % de la main-d’œuvre étrangère, il ne dépasse pas les
19 % actuellement. De plus, cette main-d’œuvre accepte
aujourd’hui de travailler dans des conditions beaucoup
plus difficiles. Karima, 60 ans, dentiste qui a passé
30 ans en Arabie saoudite, assure qu’elle a vécu l’âge
d’or des pays du Golfe. Elle confie que le médecin égyptien
était très respecté dans ce pays qui manquait de spécialistes.
Son salaire était conséquent. Aujourd’hui, ces pays préfèrent
une main-d’œuvre venant d’Asie qui est meilleur marché.
Et cela sans oublier de citer les humiliations que subissent
parfois les Egyptiens qui travaillent encore là-bas. «
L’avenir de l’émigration sera une priorité, un défi très
important dans le projet d’action de la Conférence internationale
de la population et du développement, afin de garantir
un flux migratoire plus humain respectant le droit des
personnes à se déplacer librement comme le mentionne la
charte des droits de l’homme », ajoute Al-Wéheishi.
Reste
un quatrième et dernier point qui pourrait s’avérer être
une force. Les jeunes forment aujourd’hui 60 % de la population
dans le monde arabe. La période actuelle s’appelle la
« fenêtre arabe », autrement dit le « cadeau démographique
». La population active est la plus importante tandis
que les enfants et les personnes âgées sont minoritaires.
« Une occasion à ne pas rater, car le taux de fécondité
est en train de baisser. Il semble que les Tigres asiatiques
ont réalisé 33 % de leur croissance économique grâce à
une pareille fenêtre. Un miracle dont le monde arabe devrait
tenir compte, on ne doit pas rester les bras croisés face
à ce beau cadeau », conclut Al-Wéheishi . |
Dina
Darwich |
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