L’Assemblée
du peuple et le Conseil consultatif (les deux chambres du
Parlement) ont tenu la semaine dernière deux séries d’audiences
sur l’amendement proposé de l’article 76 de la Constitution
qui autorise plus d’un candidat à se présenter à la présidentielle.
Ils
devaient s’entendre sur les conditions d’éligibilité qui devront
garantir le sérieux des futurs candidats, sur la formation
et les garanties d’intégrité de la commission électorale qui
sera chargée de superviser les élections, sur un plafond du
financement des campagnes électorales et sur la question des
frais de candidature.
Les
futurs candidats à la présidence devront obtenir l’accord
d’une partie (le pourcentage n’est pas précisé) des élus du
Parlement et des assemblées régionales entièrement dominés
par le parti du président Moubarak. La commission électorale
sera probablement formée principalement de magistrats, mais
aussi de personnalités publiques, avec le rejet presque unanime
de toute supervision étrangère. Tout le monde s’accorde également
sur la limitation des frais de la campagne afin de barrer
le chemin à toute « ingérence étrangère » dans le processus
électoral.
La
nouveauté, c’est la participation à ces audiences de personnalités
en dehors de la sphère parlementaire. Magistrats, professeurs
de droit, personnalités publiques, militants des droits de
l’homme, journalistes, responsables syndicaux … ont exposé,
chacun à son tour, des opinions relatives à la réforme constitutionnelle.
Ahmad
Kamal Aboul-Magd, vice-président du Conseil national des droits
de l’homme et professeur de droit, a participé à ces débats
et a livré ses impressions.
«
Certaines questions font l’unanimité, alors que d’autres représentent
des divergences bénéfiques. Par exemple, tout le monde est
d’accord sur le fait que la réforme constitutionnelle est
un pas très important qui a ouvert des portes qu’on pensait
fermées, cela est vrai notamment en ce qui concerne la réforme
politique et la pratique de l’autocritique », affirme-t-il.
Pour
Aboul-Magd, le principal inconvénient est que l’annonce de
cette réforme est survenue très peu de temps avant la date
prévue pour les élections, alors que les partis politiques
se trouvent dans une situation politique très fragile. « C’est
pourquoi l’opinion publique ne doit pas s’attendre à des résultats
importants dans l’immédiat », lance-t-il en guise d’avertissement,
assurant que l’aboutissement du processus se fera sentir,
non lors des prochaines élections présidentielles, mais bien
après.
Les
différences de points de vue ne l’inquiètent pas, « c’est
évident que les opinions divergent, surtout que c’est une
nouvelle expérience », dit-il. L’essentiel est donc d’être
en accord sur les principes de base : neutralité et intégrité.
Aboul-Magd
rejette catégoriquement l’accusation selon laquelle les participants
à ces audiences ont été choisis en fonction de leurs tendances
conciliantes envers le gouvernement. « C’est une accusation
ridicule qui relève de la fiction et qu’aucune preuve n’étaye
». Les participants sont des universitaires et des dirigeants
de l’opposition, les uns comme les autres sont connus pour
être des contestataires par excellence.