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Ouvriers
. Deux ans après la promulgation de la
loi unifiée sur le travail, les travailleurs sont toujours
contrariés par sa mauvaise application aussi bien que
par l’effacement du rôle des syndicats ouvriers.
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| Une
législation qui ne règle rien |
«
C’est le cadeau offert à la classe ouvrière ». C’est ainsi
que Al-Sayed Rached, président de l’Union générale des
syndicats des ouvriers, a qualifié la loi unifiée sur
le travail. En vigueur depuis juin 2003, la loi 12/2003
regroupe toutes les clauses concernant les relations du
travail en une seule législation de 259 articles, tout
en définissant la relation entre patron et ouvriers, droits
et devoirs. Néanmoins, les ouvriers ne sont toujours pas
satisfaits de la loi. « Si cette loi nous apporte des
acquis, ces derniers ont été mal exploités par les patrons
», lâche Mohamad Abdel-Salam, président du Comité ouvrier
de la société Schindler des ascenseurs. Et d’assurer que
la liste des inconvénients est longue.
En
tête de liste vient d’abord le problème des ouvriers temporaires
du secteur privé, lequel a émergé avec la promulgation
de la nouvelle loi. Celle-ci accorde au patron le droit
d’établir des contrats temporaires. A la fin de la durée
du contrat, il a le droit de refuser de le renouveler,
ou d’en changer à son gré les termes même si cela risque
de léser l’ouvrier et de le priver de droits déjà acquis.
La loi ne prévoit d’indemnités qu’en cas de licenciement
abusif. Dans ce cas-là, le patron est tenu de payer à
l’ouvrier 2 mois de salaire pour chaque année de travail.
« Il s’agit bien d’une condition qui ne coûte rien aux
patrons tandis qu’elle menace la vie des ouvriers embauchés
pour un ou deux ans au bout desquels ils se trouvent au
chômage. Comment peut-on donc attendre une production
compétitive d’un ouvrier constamment menacé ? », dénonce
Mohamad Abdel-Salam tout en regrettant la loi précédente
(137/1981) qui impliquait la transformation obligatoire
des contrats temporaires en permanents après la première
année de travail. Ce qui était sécurisant pour les ouvriers
du secteur privé encouragés ainsi à déployer tous leurs
efforts pour améliorer le niveau de production de leur
entreprise.
De
son côté, Aboul-Ezz Al-Hariri, député du parti du Rassemblement
(gauche), affirme que la loi unifiée sur le travail a
écrasé plusieurs millions d’ouvriers. « La loi prend le
parti des patrons au détriment des intérêts des ouvriers
», annonce Al-Hariri, en rappelant que son parti a voté
contre la loi.
La
loi a été d’ailleurs adoptée suite à de nombreux tiraillements.
En fait, en 1989, le gouvernement a entamé un gigantesque
projet législatif visant à regrouper toutes les clauses
concernant les relations au sein du travail en une seule
loi unifiée allant de pair avec le libéralisme économique.
A chaque fois qu’on annonçait que le projet de loi unifiée
sur le travail allait passer à l’Assemblée du peuple,
des débats acharnés avaient lieu entre les défenseurs
des droits des ouvriers (partis de l’opposition, notamment
de la gauche, et les ONG) et les responsables. « Toutefois,
le gouvernement a bien mené son jeu et a réussi à faire
passer la loi avec des clauses permettant le licenciement
et transgressant le système des congés, des salaires et
des primes ainsi que le droit à la grève dit acquis aux
ouvriers », ajoute Al-Hariri
En
effet, la loi, en définissant le système des congés, a
porté atteinte aux droits accordés surtout aux ouvriers
du secteur public. « Autrefois, les ouvriers avaient droit
à 21 jours de congé par an. Ces jours s’élevaient à 30
après 10 ans de travail continu et à 50 en cas d’ouvriers
âgés de plus de 50 ans. Aujourd’hui, les ouvriers embauchés
après la mise en vigueur de la loi dans le secteur public
ne jouissent plus de ces 50 jours de congé, ayant droit
seulement à 30 jours », lâche Al-Hariri.
Un
autre désavantage est celui des salaires. Or, selon la
loi, une hausse de salaires d’un minimum de 7 % doit être
allouée annuellement dans toutes les entreprises, et doit
être révisée par le Haut Conseil des salaires. « Malgré
cela, ni le gouvernement, ni l’Union générale des syndicats
des ouvriers ne se soucient de respecter cette obligation.
Ce qui fait que la plupart des patrons, notamment ceux
du secteur privé, n’ont pas procédé à cette augmentation
durant les deux années passées », souligne Abdel-Salam,
tout en révélant que ce qui aggrave le problème est la
disparition du rôle des syndicats ouvriers. « Les syndicats
n’ont pas pris les mesures nécessaires garantissant un
contrôle rigoureux de l’application de la loi. Ils restent
toujours dans l’inaction. Quand on apprend que sur 24
syndicats ouvriers, seuls 5 ont participé aux élections,
on peut comprendre à quel point leurs responsables sont
apprivoisés par le gouvernement. Ceux-ci prennent le parti
des employeurs au détriment des intérêts des ouvriers
car ils cherchent leurs propres intérêts », ajoute-t-il. |
En
faveur des travailleurs ? |
De
l’autre côté de la barre, les défenseurs de la loi affirment
plutôt qu’elle représente une protection pour les ouvriers.
« Les négociations entre l’ouvrier et le patron en cas
de litiges sont permises vu que la loi implique la création
d’une commission quinquennale chargée d’arbitrer les différends
entre l’ouvrier et son employeur », assure Al-Sayed Rached,
de la Fédération des ouvriers égyptiens. Cette commission
est formée de deux juges, d’un représentant du syndicat,
d’un autre de la direction de la main-d’œuvre et d’un
représentant du patron. Cependant, Talal Choukri, directeur
du département de la compagnie Al-Nasr TV et membre du
conseil d’administration du Syndicat des ingénieurs, affirme
que « ces commissions ne se réunissent que rarement à
cause de l’absence soit du représentant du syndicat, soit
de celui du patron. Ce qui révèle la mollesse des syndicats
qui font défaut à leur mission de défense des droits des
ouvriers. En outre, ceci a provoqué l’accumulation de
plus de 85 % des procès intentés durant les deux dernières
années ». C’est ainsi que des ouvriers, licenciés abusivement
et asphyxiés par la lenteur des procédures ont dressé
une plainte au ministre de la Justice qui, dans une tentative
de résoudre ce problème, étudie actuellement un projet
de loi permettant la modification des critères de formation
de cette commission en vue d’en faciliter la tâche.
De
plus, la loi 12/2003 accorde, avec de grandes réserves,
le droit d’organiser des sit-in et des grèves. Elle pose
en fait des conditions strictes pour empêcher les grèves
en exigeant par exemple le consentement des deux tiers
des membres du Syndicat général des ouvriers, lesquels
sont souvent pro-gouvernementaux, ce qui rend de telles
protestations pratiquement impossibles. « Ce syndicat
n’a jamais autorisé les ouvriers à faire la grève. Sans
parler du fait que la loi accorde des droits aux patrons
d’adopter des mesures abusives contre les ouvriers en
grève et dont la moins lourde est le non-paiement des
jours pendant lesquels ils ont observé l’arrêt de travail
», souligne Youssef Rachwan, ouvrier à la Société du fer
et de l’acier. Cependant, en dépit d’une telle situation
déplorable, les ouvriers arrivent souvent à exprimer leur
protestation contre les conditions de travail. Le nombre
de protestations ouvrières (manifestations, grèves, sit-in)
enregistré pour l’année 2004 a atteint 267 dans les trois
secteurs : des affaires, gouvernemental et privé. |
La
fronde des ouvriers |
126
protestations ont été organisées par le secteur gouvernemental,
74 par le Secteur public des affaires et 67 par le secteur
privé. A titre d’exemple, il y a eu un sit-in organisé
en juin dernier par plus de 200 ouvriers à l’usine Nestlé,
compagnie multinationale agroalimentaire. Se plaignant
de leurs conditions de travail, ceux-ci cherchaient à
ce que leur augmentation annuelle soit additionnée à leur
salaire. Ils demandaient qu’on leur accorde un congé annuel
de 21 jours, au lieu des 15 jours dont ils bénéficient
actuellement. Il y a eu aussi une grève des ouvriers de
la Société égypto-espagnole pour la fabrication des tuyaux
dénonçant l’absence de mesures sanitaires et sécuritaires.
Un bon nombre d’ouvriers de cette usine souffrent d’un
cancer du poumà cause de l’utilisation de l’amiante.
Al-Sayed
Rached estime, cependant, que le problème de la sécurité
sociale est la seule lacune de la loi. « Une loi relative
à la sécurité sociale sera prochainement étudiée dans
l’intérêt de ces millions d’ouvriers représentant une
classe qui gagne de plus en plus en force dans la société
», promet Rached. Jusqu’à ce qu’une telle loi soit promulguée,
les ouvriers doivent encore rester dans l’attente d’une
vraie réforme de leur statut au moins social. |
| May
Atta
Héba
Nasreddine |
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Une
législation
en bref |
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La loi unifiée sur le
travail renferme 257 articles qui traitent des relations
individuelles au sein du travail, la formation professionnelle,
les relations collectives, la sécurité et le règlement
des litiges collectifs, le travail de la femme et des
mineurs, et enfin les sanctions.
La loi assure notamment
le droit à la grève et aux manifestations pacifiques qui
doivent être organisées par l’intermédiaire des syndicats
des ouvriers, lesquels défendent leurs intérêts professionnels,
économiques et sociaux.
Les périodes de manifestations
sont considérées comme des congés non payés. Par contre,
il est défendu de faire la grève ou d’y inciter dans les
établissements dits stratégiques, où l’arrêt de travail
peut toucher la sécurité nationale.
La loi stipule aussi l’obligation
de fixer le niveau minimal du salaire et de la prime annuelle,
qui doit être déterminée en fonction de l’inflation et
des prix des marchandises. Le patron a le droit de mettre
fin au contrat de travail en cas de baisse de performance
du travailleur.
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