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Frères
Musulmans. L’Union européenne et les Etats-Unis
ont exprimé le souhait d’établir un dialogue avec
la confrérie. Une démarche qui soulève de profondes
interrogations dans les milieux politiques.
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Les
nouvelles dispositions de l’Occident |
Quelle
relation existe-t-il entre la confrérie interdite
mais tolérée des Frères musulmans et l’Occident
? La question est sur toutes les lèvres. Car depuis
quelques semaines, les Etats-Unis et l’Union Européenne
(UE) multiplient les initiatives à l’égard des Frères.
La secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice,
a été la première à jeter le pavé dans la mare en
affirmant il y a quelques semaines la disposition
de son pays à « traiter avec n’importe quel régime
élu en Egypte même s’il s’agit d’islamistes modérés
». Allusion claire aux Frères musulmans. La semaine
dernière, ce fut au tour d’un responsable de l’Union
européenne de déclarer que « l’UE est disposée à
établir un dialogue avec les Frères musulmans ».
Ces déclarations soulèvent bien évidemment un déluge
d’interrogations. Les Frères sont-ils le nouvel
interlocuteur de l’Occident ?
Les
responsables de la confrérie affirment cependant
qu’aucune proposition concrète de dialogue ne leur
est parvenue. « Nous avons lu ces déclarations dans
la presse comme tout le monde mais personne ne nous
a contactés ni des Etats-Unis, ni de l’UE », affirme
Mahdi Akef, le guide suprême des Frères musulmans.
Et de poursuivre : « La confrérie refuse qu’on se
serve d’elle comme moyen de pression sur le régime
pour accélérer les réformes politiques. Notre attitude
est claire. Nous refusons toute ingérence étrangère,
notamment américaine, dans les affaires internes
de l’Egypte non seulement parce que nous refusons
le principe même du chantage, mais aussi parce que
c’est notre conviction sur le plan doctrinal et
religieux », indique Akef. Il affirme que si l’Occident
veut établir un dialogue avec les Frères, cela doit
se faire à travers les canaux officiels et en coordination
avec le ministère des Affaires étrangères. Ces propos
visent probablement à éviter toute escalade avec
l’Etat. En réalité, les Frères chercheront par tous
les moyens à mettre à profit la nouvelle attitude
de l’Occident. « Les Frères sont conscients que
cette attitude est en leur faveur. Ils s’en serviront
pour faire pression sur l’Etat et tenter d’obtenir
le maximum de gains », analyse Nabil Abdel-Fattah,
du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram. Mais pourquoi ce changement dans l’attitude
de l’Occident ?
«
Ce changement n’est pas subit comme on le croit.
A l’issue des événements du 11 septembre, les Américains
ont étudié le phénomène du terrorisme et ses raisons.
Ils ont conclu que le manque de démocratie était
le principal problème », ajoute Abdel-Fattah. A
son avis, l’Occident est convaincu qu’il y a une
nouvelle génération d’islamistes cultivés et connaissant
les langues étrangères et qu’il est possible de
dialoguer avec eux. « Ils estiment que ces nouveaux
islamistes modérés ne constituent pas un danger
et peuvent contribuer à la réforme politique »,
poursuit Abdel-Fattah. Il estime toutefois qu’il
s’agit d’un pas non étudié parce que les Etats-Unis
ont sous les yeux l’exemple de la Turquie qu’ils
veulent appliquer en Egypte sans tenir compte des
différences politiques et sociales entre les deux
cas. |
Profil
bas depuis 24 ans
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| Encouragés
par les pressions américaines en faveur des réformes
démocratiques, les Frères, qui font profil bas depuis
24 ans, sont descendus au cours des récentes semaines
dans la rue pour la première fois afin de manifester
contre le régime.
Réfaat
Al-Saïd, président du parti du Rassemblement unioniste
progressiste (UPR), gauche et auteur de plusieurs
ouvrages sur les islamistes, exprime, lui, ses craintes.
Selon lui, les Etats-Unis et l’Europe commettent
une erreur évidente s’ils croient que les Frères
sont des modérés. « Les islamistes modérés n’existent
pas. Etre modéré, c’est accepter l’autre. Or, la
pensée des Frères est basée sur l’expiation et le
non respect des autres religions », déclare Al-Saïd,
connu pour son hostilité aux islamistes. Le problème
selon lui est que les Américains ne voient pas d’autre
alternative en Egypte. Selon Al-Saïd, les Frères
n’admettent pas le principe du pluralisme politique.
« Ils sont contre l’idée de fonder un parti car
cela s’oppose à leur doctrine qui consiste à créer
un califat islamique ».
L’Etat
a répliqué aux initiatives de l’Occident par une
série d’arrestations contre la confrérie. Les forces
de l’ordre ont interpellé ainsi vingt-huit membres
des Frères lors d’opérations menées samedi à l’aube
dans le Delta. Les Frères ont dénoncé dans un communiqué
« la répression » du gouvernement qui « s’oppose
par la violence et saute au visage de ceux qui appellent
à des réformes ». Les Frères font porter aux appareils
de sécurité l’entière responsabilité de ces actes.
Ces arrestations ne sont en fait qu’un message dirigé
vers l’Occident pour lui faire comprendre que la
politique gouvernementale à l’égard des Frères ne
changera pas et que c’est l’Etat qui détient toujours
les ficelles. Face à cette campagne, les Frères
vont probablement chercher un compromis avec le
gouvernement. L’une des possibilités pour les Frères
serait de conclure un marché avec l’Etat conformément
auquel la confrérie déclare en public son refus
de toute ingérence étrangère. En échange, l’Etat
allégera les contraintes sécuritaires imposées sur
les Frères . |
May
Al-Maghrabi |
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| Limiter
les risques du dialogue euro-islamiste
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Les islamistes arabes,
et à leur tête les Frères musulmans, ont atteint
un objectif extraordinaire ces dernières semaines
: des hauts responsables des Etats-Unis et de l’Union
européenne ont en effet ouvertement annoncé qu’ils
n’exprimaient pas de réticence quant à leur arrivée
au pouvoir. Le message est clair pour les islamistes,
et il est le suivant : si vous avez la capacité
de prendre la place des régimes en place, faites-le.
Nous n’avons aucun problème tant que cela se fait
par la voie pacifique et démocratique.
« L’Europe n’achètera
plus le discours de l’Etat égyptien sur les islamistes.
Nos sources égyptiennes indépendantes nous ont dit
que les Frères musulmans sont une force modérée
avec laquelle on peut discuter ». C’est ainsi que
s’est exprimé un Européen lors de la conférence
Transition économique euro-Méditerranée à Bruxelles
la semaine dernière. Par cela il voulait dire :
on a accepté de soutenir les régimes arabes autoritaires
parce qu’on nous a dit que les islamistes dominaient
la rue arabe. Mais maintenant on a découvert que
cela n’est pas vrai.
Quand il dit « sources
indépendantes », il parle des intellectuels libéraux
comme Saadeddine Ibrahim. Celui-ci a passé deux
années en prison durant lesquelles il a tissé des
rapports avec les Frères musulmans. Ensuite, il
a organisé des dialogues entre ceux-ci et les Européens.
Ainsi, ce sont des éléments du courant libéral qui
ont facilité la rencontre entre les islamistes,
d’une part, et les Américains et les Européens,
d’autre part. Et ainsi, ils ont offert aux islamistes
le plus beau cadeau du monde, celui de se faire
accepter par les puissants du système international.
En effet, aucune force politique ne peut gouverner
un pays sans un minimum d’acceptation par la communauté
internationale.
Saadeddine Ibrahim
a insisté sur le fait que les islamistes n’ont que
le soutien du quart de la population. Il a appuyé
sa thèse par un sondage effectué par le Centre Ibn
Khaldoun qu’il dirige. Selon Ibrahim, le courant
libéral qui a une longue histoire dans la région
depuis le XIXe siècle a maintenant plus de chance
que jamais de revenir sur le devant de la scène,
cette scène dominée par les courants radicaux, islamistes
et nationalistes depuis 1952.
Les Américains et
les Européens qui veulent retirer leur soutien aux
régimes arabes ont accepté cette théorie et les
médias européens et américains commencent à trouver
des traces d’aspirations démocratiques dans les
villes arabes, de Beyrouth à Casablanca, en passant
par Le Caire. On pense que des élections libres
pourraient amener au pouvoir des Libéraux comme
Aymane Nour ou, au pire, des islamistes modérés
comme en Turquie.
Face à ce genre
de discours, les régimes en place insistent sur
le fait que la rue est toujours dominée par les
islamistes et que la libéralisation politique apportera
au pouvoir des extrémistes xénophobes et anti-occidentaux.
Et pour apporter des preuves, ils font apparaître
des sentiments xénophobes primitifs au sein de la
population.
Bref, les islamistes
sont l’arme « chimique » que les régimes arabes
utilisent contre toute pression interne ou externe.
Les Américains et les Européens ont fini par désarmer
les régimes en place en déclarant qu’il n’ont plus
peur de cette arme « chimique ».
Mais pour que cette
arme n’explose pas dans les mains des Européens
et des Américains, il faut faire en sorte que les
islamistes ne se radicalisent pas à leur arrivée
au pouvoir. Cela ne peut pas se réaliser seulement
avec des pressions externes. Il faut des forces
internes capables de contrebalancer les islamistes.
Ce genre de courants existent bien entendu, avec
les Libéraux et les gauchistes, mais ils sont affaiblis
par leurs conflits internes et par leur isolement.
Et certainement, le contexte régional moyenâgeux
exprimé en termes d’antagonisme entre musulmans
et juifs et également entre musulmans et « croisés
» ne facilite pas leur tâche. Limiter les risques
représentés par l’arrivée des islamistes au pouvoir
nécessiterait deux choses : que l’Europe travaille
sur le dossier régional pour en finir avec le conflit
moyenâgeux musulman/juif et que les courants laïques
arabes s’organisent. La minorité organisée peut
conduire à de bons résultats. Les islamistes en
sont eux-mêmes la preuve .
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Samer
Soliman |
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