Kiosque.
Cette semaine, la
presse égyptienne débat de la grogne des juges qui réclament
un statut indépendant. |
| «
L’Intifada des juges » |
Les
titres de l’ensemble de la presse expriment la colère
des juges : « Un accouchement difficile pour la loi
sur l’autorité judiciaire », « L’Intifada des magistrats
», « L’indépendance des juges ? », « La bataille de
l’indépendance et de la liberté », « La grève des juges
», « Une nouvelle agression contre les juges » ... Des
titres pour le moins sensationnels ...
En effet,
les juges menacent de ne pas superviser les prochaines
élections législatives et présidentielles si leurs revendications
ne sont pas prises en considération. Ce qui pousse l’écrivain
Tareq Al-Bichri à souligner, dans l’hebdomadaire Al-Arabi
: « Le gouvernement est dans une impasse réelle avant
les élections. Je doute que le ministère de la Justice
puisse accepter les revendications d’indépendance. Car
les juges réclament en premier lieu la mise à l’écart
du ministère de la Justice, qui a imposé sa tutelle
sur les juristes. Cette tutelle doit être levée et c’est
au Haut Conseil de la magistrature qu’incombe la tâche
de l’inspection ».
Le doyen
des juges, Yéhia Al-Réfaï, explique dans Al-Arabi que
« les juristes doivent prendre une position ferme et
sérieuse afin d’obtenir leurs droits pour assurer leur
indépendance et la transparence des élections. D’ailleurs,
l’indépendance financière et administrative des juristes
est une nécessité ». En préparation depuis une quinzaine
d’années, un projet de loi qui n’a jamais vu le jour
existe, mais représente « un remède à tous les maux
dont souffrent les magistrats ».
Justement,
« les juristes craignent le report ou l’amendement de
ce projet de loi », écrit Abdel-Hafiz Saad dans l’hebdomadaire
Sawt Al-Oumma, dans une enquête sur « la bataille de
l’indépendance et de la liberté des juges ». « Les prochains
jours verront-ils le rêve des juristes se réaliser avec
un projet de loi instaurant l’indépendance de leur pouvoir
qu’ils réclament depuis 20 ans, ou est-ce que le gouvernement
se lèvera-t-il une fois de plus contre le projet ? »,
s’interroge Saad.
En effet,
toutes ces revendications « représentent un test réel
pour le gouvernement, surtout après que les voix se
furent levées haut et fort exigeant l’indépendance des
juges face aux deux autorités, législative et exécutive
», écrit Rania Ghanem dans l’hebdomadaire Al-Osboue.
« Il semble
que le vent du changement qui souffle sur le monde arabe
a atteint la magistrature. L’Egypte a été le début.
Au cours de la réunion de l’assemblée générale des magistrats
d’Alexandrie, 1 500 juges ont réclamé l’annulation des
lois exceptionnelles compromettant la liberté, ainsi
que la loi sur l’état d’urgence. Certains d’entre eux
sont même allés jusqu’à menacer de s’abstenir de superviser
les élections », a souligné Daoud Al-Chériyane dans
le quotidien émirati Al-Bayan.
« Il n’est
pas facile de prévoir l’issue de la confrontation entre
les respectables juges d’Egypte et le pouvoir », affirme
Hussein Abdel-Razeq dans Al-Wafd. Et de conclure : «
Le pouvoir sera-t-il habile ? Répondra-t-il favorablement
aux revendications des magistrats ou bien campera-t-il
sur ses positions pour pousser les juges à l’abstention
du contrôle des élections présidentielles et législatives
? » . |
Hoda
Ghali |
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| Inégalité,
ton nom est économie |
Sur les traces de Nasser, de Nehru,
de Zhou Enlai et de Sukarno ? 50 ans après cette conférence
de Bandung intervenue dans le cadre des mouvements
de libération de l’Afrique et de la contestation de
l’ordre mondial établi, celui de la guerre froide,
les dirigeants d’Afrique et d’Asie se sont réunis
à Jakarta. Leur objectif était de célébrer cette date,
mais aussi tenter de lancer un partenariat stratégique
entre les pays des deux continents. A l’heure de la
mondialisation, d’un monde unipolaire, le sud ne devrait-il
pas faire front commun ? L’intention est louable,
mais force est de reconnaître l’existence d’un important
déséquilibre au sein de cette association. A tous
les niveaux, politique, économique et militaire, on
est loin de l’égalité. Du côté asiatique, ce sont
des géants à l’exemple de la Chine et du Japon. D’ailleurs,
le thème qui a dominé et occulté tous les autres à
Jakarta a été celui de la crise entre Tokyo et Pékin
et les excuses présentées par les Nippons pour leur
rôle lors de la deuxième guerre mondiale. Les excuses
avancées par le Japon n’ont pas empêché la Chine de
protester « vigoureusement » contre le pèlerinage
effectué vendredi par des parlementaires japonais
au sanctuaire patriotique du Yasukuni à Tokyo, en
hommage aux soldats nippons morts sous les drapeaux.
Ces règlements de compte auraient-ils
dû intervenir lors d’un sommet destiné à relancer
les notions de tiers-mondisme ? Ne témoignent-ils
pas de ce déséquilibre au sein du groupe appelé à
naître ou à renaître ? De toute façon, il est clair
que l’Asie pèse lourd dans l’avenir de l’Afrique,
au moins sur le plan économique. Un spécialiste des
échanges afro-asiatiques à l’Institut des affaires
internationales d’Afrique du Sud, basé à Johannesburg,
a relevé des données qui ne peuvent que faire admettre
ce postulat.
Une usine du Japonais Toyota emploie
7 000 personnes dans le port sud-africain de Durban,
la Chine reconstruit en Angola des voies ferrées détruites
par la guerre civile et l’Inde produit des médicaments
génériques dont ont besoin les 25 millions d’Africains
touchés par le VIH-sida. En plus de ces exemples patents,
le spécialiste relève que l’Afrique est le premier
réservoir de matières premières des géants asiatiques
que sont la Chine, l’Inde et le Japon, dont les économies
dynamiques ont des besoins croissants. De son côté,
l’Asie alimente l’Afrique en produits manufacturés
bon marché, en textiles et en machines, tout en développant
ses investissements sur le continent. Les échanges
entre l’Asie et l’Afrique se sont chiffrés à environ
73 milliards de dollars en 2003, le continent noir
représentant cependant moins de 2 % du commerce total
asiatique, selon des statistiques de l’Onu. Ce sont
les mêmes rapports qui lient l’Afrique au monde occidental.
Une donne délicate si l’on songe promouvoir un vrai
partenariat afro-asiatique .
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