La
tradition entamée par Safouat Al-Chérif, président du Conseil
consultatif, d’animer des audiences au sein de cette instance,
puis à l’Assemblée du peuple représente certes une forme de
participation politique nouvelle que nous souhaitions voilà
de longues années. Ces séances ont eu lieu afin de permettre
aux cellules grises de notre pays et aux dirigeants professionnels
et syndicaux de se concerter à propos des réglementations
jugées nécessaires pour mener à bien ce processus électoral.
Personnellement,
j’ai eu l’honneur de participer à ces séances. Je me suis
arrogé le droit d’être en désaccord avec la tendance dominante.
Je me suis opposé dès le départ à l’idée de « réglementations
», partant qu’une telle régulation dans un régime démocratique
émane de l’enracinement de l’exercice politique et non pas
de l’élaboration des législations et des lois qui ne font
que ligoter et paralyser le processus démocratique. J’ai passé
en revue la Constitution américaine et je n’avais pas trouvé
de réglementations imposées à la candidature présidentielle,
si ce n’est quelques détails sur des questions évidentes.
La somme de ces réglementations se trouve dans le texte suivant
: « Seuls ceux qui sont nés aux Etats-Unis ou ceux qui jouissent
de leur nationalité sont autorisés à se présenter à la présidence.
Il est également interdit aux personnes ayant moins de 35
ans de se présenter ainsi qu’aux personnes n’ayant pas obtenu
droit de résidence aux Etats-Unis depuis au moins 14 ans ».
A part ces quelques conditions, la candidature à la présidence
des Etats-Unis est un droit de tous les citoyens.
En
réalité, le concept de « réglementation », tel qu’il a été
avancé dans le texte du président du 26 février dernier avait
pour tout objectif de garantir et non de réduire la portée
de la décision. Le texte a stipulé également : « La réalisation
de garanties permettant à plus d’un candidat de se présenter
aux présidentielles afin de permettre au peuple de choisir
le meilleur parmi ceux-ci et d’élire en toute liberté ».
D’ailleurs,
ces réglementations sont liées aux premières élections effectuées
après cet amendement, surtout que le texte présidentiel stipule
également de « donner la possibilité à tous les partis politiques
de présenter leurs candidats conformément aux réglementations
adéquates aux premières élections présidentielles qui vont
se dérouler selon cet amendement ». Il est clair donc que
l’objectif de ces réglementations, tel qu’il a été stipulé,
est de permettre le déroulement de ces élections en prenant
en considération que ces réglementations se limitent aux premières
présidentielles tenues à la lumière de cet amendement et non
pas aux élections suivantes.
Ces
réglementations doivent donc être permissives et non privatives.
Elles peuvent être considérées comme une transition pour laquelle
il faut assurer toutes les garanties de succès. Cette transition
est inévitable pour ne pas passer subitement d’une situation
qui a duré de longues années à une nouvelle qui s’apparente
par exemple à celle qui existe aux Etats-Unis. Toutefois,
il est important que ces réglementations ou garanties pour
les présidentielles ne soient pas contraignantes pour les
générations à venir et qu’elles ne fassent pas l’objet d’un
nouveau remaniement de la Constitution ni de la mise au point
d’une loi qu’on devrait revoir à chaque nouvelle présidentielle.
Par
ailleurs, j’ai proposé au cours d’une audience à laquelle
j’avais participé au Conseil consultatif que ces « réglementations
» constituent des règles établies par la commission de supervision
des élections dont a parlé le texte présidentiel. Cette commission
étant liée aux prochaines élections uniquement, il est évident
qu’elles ne s’appliqueront pas aux élections suivantes.
Pour
que ces réglementations soient efficaces, la commission doit
jouir de prérogatives absolues, à l’exemple de la Commission
constitutionnelle ou le Conseil constitutionnel en France.
Cette commission constitutionnelle étant composée de neuf
personnes, dont trois seulement sont nommées par le président
de la République, alors que les autres sont des personnes
expertes en droit constitutionnel. Ses prérogatives sont absolues
et irrévocables et ne peuvent faire l’objet d’appel devant
les tribunaux constitutionnels. Pourquoi notre commission
ne jouirait-elle pas des mêmes prérogatives ? Surtout qu’elle
n’aurait plus lieu d’être après les élections. Ainsi aurait-on
traversé cette période transitoire qui sépare deux systèmes
électoraux pour atteindre une maturité démocratique qui nous
permettrait de nous référer uniquement à la Constitution pour
les élections présidentielles, à l’instar des autres pays
démocratiques. On se contenterait alors d’une supervision
juridique ordinaire comme il a été avancé dans le texte présidentiel.
Ainsi, il n’y aurait pas de réglementations mais un texte
constitutionnel accordant à tous le droit à égalité de se
présenter aux présidentielles.
Mais
quels sont les aspects qui incitent certains à considérer
que ces réglementations soient nécessaires ? Une des raisons
primordiales est, à ne pas en douter, la crainte que les courants
salafistes les plus réactionnaires ou ceux alliés au terrorisme
puissent accéder au pouvoir. Surtout en raison du peu de conscience
politique et sociale vu le niveau piteux de l’enseignement
et de la superficialité du message culturel de nos médias,
surtout la télévision. Une telle situation pourrait être un
champ fertile pour les tendances chaotiques qui crient fort
et saisissent toutes les chances pour induire en erreur les
citoyens qui aspirent à la réforme et au changement. Nous
avons d’ailleurs, comme beaucoup d’autres, mis en garde contre
cette situation dangereuse. C’est la raison pour laquelle
nous avons toujours mis l’accent sur la nécessité d’améliorer
notre enseignement reposant sur la mémorisation au détriment
de l’esprit critique ainsi que le contenu culturel des médias
qui n’est pas dans un meilleur état. Mais ce sont là des changements
de longue durée. Pour l’heure, il est donc important de poser
des règles qui assureraient des possibilités de mener à bien
la procédure électorale à court terme.
Quant
aux autres considérations avancées pour ces réglementations,
elles m’apparaissent non dignes d’intérêt. Comme pour ce qui
concerne le financement étranger. Il est raisonnable de dire
qu’il n’est pas permis que la candidature pour le haut poste
politique soit financée par l’étranger et celui qui serait
impliqué dans une affaire de ce genre sera jugé par la loi
et sa candidature sera annulée. Cependant, on ne peut cerner
de manière adéquate la provenance des fonds étrangers. Surtout
que ces fonds en question ne sont pas transférés au nom du
candidat.
De
même que le fait de garantir le sérieux du candidat qui se
présente. C’est-à-dire qu’il envisage sérieusement l’accession
à la magistrature suprême et qu’il ne cherche pas la seule
célébrité. Mais qui a dit qu’un candidat veut finalement l’emporter
? Qu’importe ? Certains candidats ne cherchent pas à gagner,
ils s’engagent dans la course en ayant pleinement conscience
qu’ils ne réussiront pas. Mais ils cherchent d’autres objectifs
comme Rulph Nader, d’origine libanaise, troisième candidat
aux précédentes présidentielles américaines, qui a voulu briser
le monopole des deux grands partis républicain et démocrate.
Cependant, personne ne s’y est opposé.
En
tout état de cause, nous avons toute latitude de poser les
réglementations que nous souhaitons, puisque c’est la première
fois que nous nous engageons dans des élections présidentielles.
Mais il faut mettre la Constitution à l’écart de ces régulations
qui doivent se limiter au seul prochain scrutin. C’est ce
qui correspond à ce qj’ai compris du discours du président
.