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Asie-Afrique. Les dizaines de chefs d’Etat africains et asiatiques réunis en Indonésie en commémoration du 50e anniversaire de la conférence de Bandung ont signé un nouveau partenariat stratégique. Mais la rencontre n’a pas eu le poids de celle de 1955.

Sous le signe de la désillusion

50 ans après la fameuse conférence de Bandung, qui avait réuni en 1955 de grands leaders du Sud et qui avait consacré la création du tiers-monde en pleine guerre froide, les leaders africains et asiatiques se sont retrouvés cette semaine en Indonésie. Une rencontre qui a surtout pris un air de pèlerinage au vu des maigres résultats qui en sont sortis. En effet, les équilibres planétaires et les idéaux ayant tellement changé en un demi-siècle, le sommet Asie-Afrique ne pouvait être qu’un coup d’épée dans l’eau. Rien à voir avec la conférence de Bandung qui avait fait date dans l’histoire de la décolonisation et du tiers-mondisme, et dont les vedettes étaient l’Egyptien Nasser, l’Indien Nehru, le Chinois Zhou Enlai et l’Indonésien Sukarno. Cette conférence avait alors été le préambule de ce qui est devenu plus tard le Mouvement des non-alignés (MNA). Aujourd’hui, l’objectif des dirigeants asiatiques et africains est de raviver et surtout d’adapter aux exigences nouvelles ce qu’on appelait « l’esprit de Bandung », qui se fondait sur les principes de non-ingérence, d’égalité de toutes les nations quelle que soit leur taille, et du refus de servir les intérêts des grandes puissances par le biais d’une appartenance à une alliance militaire.

Une mission qui s’avère difficile. Les dizaines de chefs d’Etat africains et asiatiques ont certes signé un nouveau « partenariat stratégique » censé s’inspirer des idéaux d’émancipation et de solidarité qui avaient marqué la mythique conférence de 1955 ; il n’en demeure pas moins que le document reste très vague. Il prévoit simplement une alliance afro-asiatique destinée à profiter aux trois-quarts des habitants de la planète, certains des pays les plus pauvres. « Grâce à ce partenariat, nous créerons, dans les années à venir, un héritage de développement social, économique et culturel pour les futures générations d’Asiatiques et d’Africains », a déclaré le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, à la clôture de la conférence. « Non seulement nous avons réaffirmé l’esprit de Bandung, mais nous l’avons aussi adapté aux besoins de notre temps », a-t-il ajouté. Alors que le premier ministre indien, Manmohan Singh, a déclaré : « Tout comme le Mouvement des non-alignés a par le passé joué un rôle central dans la lutte pour l’émancipation, nous avons besoin de revitaliser ce mouvement pour en faire un moyen d’évolution socioéconomique rapide et d’émancipation dans nos vies ».

Des paroles édulcorées qui semblent toutefois quelque peu éloignées de la réalité. On se demande en effet quels seront les résultats concrets de ce nouveau partenariat stratégique afro-asiatique. Certes, il impose aux pays signataires d’œuvrer notamment en faveur de la démocratie, des droits de l’homme, des progrès sociaux, de la croissance économique, de la tolérance religieuse, de l’éradication de la pauvreté et de la prévention des catastrophes naturelles. Mais l’on se demande de quelle manière les pays du Sud œuvreront à cela, et surtout s’ils réussiront à le faire.

Autre question susceptible de décevoir, celle de la Palestine, même si la déclaration commune a appelé à la création d’un Etat palestinien. « Nous exprimons notre rejet du fait que, cinquante ans après la Conférence de Bandung de 1955, le peuple palestinien reste privé de son droit à l’indépendance. Nous poursuivons notre ferme soutien au peuple palestinien et à la création d’un Etat palestinien viable et souverain, conforme aux résolutions des Nations-Unies », indique en effet le texte. Une revendication qui date d’un demi-siècle et qui ne semble pas prête d’aboutir.

Abir Taleb

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