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Togo. Les élections présidentielles ont eu lieu dimanche dernier. Le scrutin était censé mettre fin à la crise qui dure depuis février, mais a été marqué par des violences et des accusations de fraudes.

Duel mouvementé

Dans un climat de tension marqué par des violences, les Togolais ont voté nombreux dimanche pour élire un successeur au général Gnassingbé Eyadéma, lors d’un scrutin ayant provoqué la mort de trois personnes au moins et blessé plus de 20 autres, alors que le parti au pouvoir et l’opposition s’accusaient mutuellement de fraudes.

L’élection, un scrutin majoritaire à un tour, se résumait en un duel entre Faure Gnassingbé, un des fils du président défunt, représentant le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT, ex-parti unique au pouvoir), et le candidat de la coalition de l’opposition Emmanuel Bob Akitani, 74 ans. Un troisième candidat était en lice, il s’agit de l’opposant modéré Harry Olympio. L’homme d’affaires Nicolas Lawson avait retiré sa candidature.

Faure Gnassingbé, installé par l’armée à la tête de ce petit pays d’Afrique de l’ouest à la mort de son père, est soutenu par le RPT. Faure, 39 ans, s’est présenté comme le candidat de la jeunesse et de la stabilité. Il a affiché sa sérénité dimanche, et s’est exprimé comme un futur président. « Nous avons déjà remporté une première bataille : l’élection a eu lieu au moment prévu par la Constitution », a déclaré Gnassingbé après avoir voté. Il a réaffirmé son intention de former un « gouvernement d’union et d’ouverture. Si (l’opposition) parle de fraude c’est peut-être qu’elle sent déjà qu’elle va perdre », a-t-il dit.

Son principal rival est Emmanuel Bob Akitani, 74 ans, candidat de la coalition de l’opposition, qui a annoncé que ce scrutin serait « nul » en raison des « fraudes massives » du RPT. Emmanuel avait réclamé en vain un report du vote. Mais après quelques heures, la coalition de l’opposition a appelé les électeurs à se rendre massivement aux urnes. Un de ses responsables a annoncé que les militants de l’opposition descendraient dans les rues en cas de victoire de Gnassingbé. « Si comme dans le passé le régime annonce sa victoire, cela va très mal se passer », a menacé Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des Forces du Changement (UFC), premier parti d’opposition. En effet, Emmanuel a pallié l’absence de l’opposant numéro un, Gilchrist Olympio, fils du président Sylvanus Olympio, tué lors du coup d’Etat mené en 1963 par Eyadéma. Le leader Gilchrist Olympio, qui vit en exil à Paris et ne pouvait pas se présenter, a promis la fin de « l’ancien système », et veut empêcher l’instauration d’une « monarchie ». La préparation du scrutin a été marquée par la polémique, l’opposition accusant le pouvoir de fraudes dans la révision des listes électorales et la distribution des cartes d’électeurs. Au cours du scrutin, la situation demeurait très tendue dans certains quartiers de Lomé, où de jeunes opposants avaient dénoncé la fraude. Les forces de sécurité ont utilisé les armes et aucun bilan n’a été donné sur ses interventions. L’opposition radicale a dénoncé des « fraudes graves et délibérées » pour porter au pouvoir Gnassingbé. En revanche, le secrétaire général du RPT, Dama Dramani, a lui aussi dénoncé les « fraudes massives organisées par l’opposition ». Un responsable des jeunes du RPT a donné une liste de onze blessés hospitalisés. Mais, ces informations n’ont pas été confirmées de sources indépendantes. Pendant la campagne, des affrontements entre militants du RPT et de l’opposition, armés de gourdins et de machettes, ont fait plusieurs dizaines de blessés, notamment à Lomé et Sokodé, deuxième ville du pays. Vendredi, le ministre de l’Intérieur François Esso Boko avait fait monter la tension, en réclamant la suspension de l’élection face aux risques de « guerre civile ». Mais Abass Bonfoh, président par intérim, a décidé de maintenir le scrutin et de limoger Boko, remplacé par le ministre de la Justice, Katari Foly-Bazy, cumulant ainsi deux postes. « Les résultats seront centralisés par la Commission nationale électorale indépendante (CENI). On ne peut pas prévoir la date exacte des résultats, cela dépend des délais de transmission des résultats de chaque bureau de vote », a précisé un responsable de la CENI.

Dans les années 1990, le Togo a connu une transition démocratique chaotique et violente, qui a fait des centaines de morts. « Si aujourd’hui ça se passe très bien, je serais heureux », a déclaré dimanche l’envoyé spécial de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Togo, M. Boukar Mai Manga. Ce dernier s’est dit « satisfait » de la tenue du scrutin, sans se prononcer sur les irrégularités.

Maha Salem

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