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Dans
un climat de tension marqué par des violences, les Togolais
ont voté nombreux dimanche pour élire un successeur au général
Gnassingbé Eyadéma, lors d’un scrutin ayant provoqué la mort
de trois personnes au moins et blessé plus de 20 autres, alors
que le parti au pouvoir et l’opposition s’accusaient mutuellement
de fraudes.
L’élection,
un scrutin majoritaire à un tour, se résumait en un duel entre
Faure Gnassingbé, un des fils du président défunt, représentant
le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT, ex-parti unique au
pouvoir), et le candidat de la coalition de l’opposition Emmanuel
Bob Akitani, 74 ans. Un troisième candidat était en lice, il
s’agit de l’opposant modéré Harry Olympio. L’homme d’affaires
Nicolas Lawson avait retiré sa candidature.
Faure
Gnassingbé, installé par l’armée à la tête de ce petit pays
d’Afrique de l’ouest à la mort de son père, est soutenu par
le RPT. Faure, 39 ans, s’est présenté comme le candidat de la
jeunesse et de la stabilité. Il a affiché sa sérénité dimanche,
et s’est exprimé comme un futur président. « Nous avons déjà
remporté une première bataille : l’élection a eu lieu au moment
prévu par la Constitution », a déclaré Gnassingbé après avoir
voté. Il a réaffirmé son intention de former un « gouvernement
d’union et d’ouverture. Si (l’opposition) parle de fraude c’est
peut-être qu’elle sent déjà qu’elle va perdre », a-t-il dit.
Son
principal rival est Emmanuel Bob Akitani, 74 ans, candidat de
la coalition de l’opposition, qui a annoncé que ce scrutin serait
« nul » en raison des « fraudes massives » du RPT. Emmanuel
avait réclamé en vain un report du vote. Mais après quelques
heures, la coalition de l’opposition a appelé les électeurs
à se rendre massivement aux urnes. Un de ses responsables a
annoncé que les militants de l’opposition descendraient dans
les rues en cas de victoire de Gnassingbé. « Si comme dans le
passé le régime annonce sa victoire, cela va très mal se passer
», a menacé Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union
des Forces du Changement (UFC), premier parti d’opposition.
En effet, Emmanuel a pallié l’absence de l’opposant numéro un,
Gilchrist Olympio, fils du président Sylvanus Olympio, tué lors
du coup d’Etat mené en 1963 par Eyadéma. Le leader Gilchrist
Olympio, qui vit en exil à Paris et ne pouvait pas se présenter,
a promis la fin de « l’ancien système », et veut empêcher l’instauration
d’une « monarchie ». La préparation du scrutin a été marquée
par la polémique, l’opposition accusant le pouvoir de fraudes
dans la révision des listes électorales et la distribution des
cartes d’électeurs. Au cours du scrutin, la situation demeurait
très tendue dans certains quartiers de Lomé, où de jeunes opposants
avaient dénoncé la fraude. Les forces de sécurité ont utilisé
les armes et aucun bilan n’a été donné sur ses interventions.
L’opposition radicale a dénoncé des « fraudes graves et délibérées
» pour porter au pouvoir Gnassingbé. En revanche, le secrétaire
général du RPT, Dama Dramani, a lui aussi dénoncé les « fraudes
massives organisées par l’opposition ». Un responsable des jeunes
du RPT a donné une liste de onze blessés hospitalisés. Mais,
ces informations n’ont pas été confirmées de sources indépendantes.
Pendant la campagne, des affrontements entre militants du RPT
et de l’opposition, armés de gourdins et de machettes, ont fait
plusieurs dizaines de blessés, notamment à Lomé et Sokodé, deuxième
ville du pays. Vendredi, le ministre de l’Intérieur François
Esso Boko avait fait monter la tension, en réclamant la suspension
de l’élection face aux risques de « guerre civile ». Mais Abass
Bonfoh, président par intérim, a décidé de maintenir le scrutin
et de limoger Boko, remplacé par le ministre de la Justice,
Katari Foly-Bazy, cumulant ainsi deux postes. « Les résultats
seront centralisés par la Commission nationale électorale indépendante
(CENI). On ne peut pas prévoir la date exacte des résultats,
cela dépend des délais de transmission des résultats de chaque
bureau de vote », a précisé un responsable de la CENI.
Dans
les années 1990, le Togo a connu une transition démocratique
chaotique et violente, qui a fait des centaines de morts. «
Si aujourd’hui ça se passe très bien, je serais heureux », a
déclaré dimanche l’envoyé spécial de la Communauté Economique
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Togo, M. Boukar
Mai Manga. Ce dernier s’est dit « satisfait » de la tenue du
scrutin, sans se prononcer sur les irrégularités. |