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Nepad. Marie-Angélique Savané, présidente du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP), fait le bilan du sommet de Charm Al-Cheikh et évalue les questions de développement en Afrique.

« L’Afrique est consciente de ses responsabilités »

Propos recueillis par Aïcha Abdel-Ghaffar

Al-Ahram Hebdo : Quelle est votre appréciation de la réunion de Charm Al-Cheikh ?

Marie-Angélique Savané : Le Sommet de l’évaluation de la mise en œuvre du Nepad (Nouveau partenariat sur le développement en Afrique) a été positif. Ce qui est important, c’est que le Nepad semble traverser une période nouvelle. Maintenant, on parle davantage de programmes et de projets concrets qui répondent plus aux besoins africains. Jusque-là, on ne voyait pas vraiment ce qu’apportait le Nepad à l’Afrique. Aujourd’hui, il y a un souffle nouveau dans le Nepad. Au cours de la réunion de Charm Al-Cheikh, il a été question de mettre sur pied des institutions et des structures qui doivent gérer l’ensemble des initiatives du Nepad.

— Quel rôle joue le MAEP dans le développement en Afrique ?

— A l’origine, quand les chefs d’Etat ont lancé cette initiative du Nepad, ils se sont rendus compte que pour attirer les investissements et entreprendre des projets de développement, il faut créer un environnement politique de bonne gouvernance, c’est-à-dire lutter contre la corruption et créer un climat propice à l’administration. Ceci pour faciliter la tâche aux investisseurs et les encourager. Il est aussi important de montrer que les pays africains sont capables de mettre en œuvre les traités et les décisions internationaux. Notre rôle est de faire le point sur l’état des lieux dans la plupart des pays africains qui acceptent de participer à ce mécanisme. Et ce dans les domaines de la gouvernance politique et de la démocratie, et de la gouvernance économique, y compris celle du secteur privé. C’est en effet le secteur privé qui joue le rôle pilote dans les programmes de développement. Il faut donc faire en sorte que l’environnement de travail soit plus sain.

Notre travail est de faire des recherches auprès des pays africains pour évaluer différentes questions : les droits de l’homme, les efforts de lutte contre la corruption, le statut de la femme, etc. On ne travaille pas directement avec les gouvernements, on met sur pied une commission nationale chargée de réunir les différents acteurs de la société civile, du secteur privé, des représentants du gouvernement, des médias, de la justice, pour qu’ils se concertent et adoptent les mesures nécessaires.

— Vos efforts ont-ils commencé à porter leurs fruits ?

— Lors de la réunion africaine de Syrte, qui aura lieu en juin, on va publier deux rapports, l’un sur le Ghana et l’autre sur le Rwanda. Ce sont les deux pays à s’être portés volontaires ; ils se sont proposés pour commencer ce processus. Nos rapports vont toucher tous les aspects. Ils vont traiter quatre thèmes : la gouvernance politique et la démocratie, la gouvernance économique, celle des entreprises et le développement socioéconomique. En ce qui concerne l’aspect économique, on va essayer d’étudier les raisons du blocage, du manque de développement et de productivité, et les difficultés du milieu rural. Quant aux entreprises, il nous faut mettre le doigt sur les raisons qui entravent les investissements privés ou étrangers. Et pour ce qui est du développement social, il faut étudier les questions relatives à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la qualité de vie en général, mais aussi au statut de la femme, au code de la famille, etc. Nous devrons répondre à toutes ces questions en fonction des critères internationaux.

Avec la publication de ces rapports, nous allons prouver que l’Afrique est consciente de ses responsabilités et surtout qu’elle a le courage de se remettre en question. Si aujourd’hui, le MAEP suscite autant d’intérêts, c’est justement parce que c’est la première fois que les Africains osent se remettre en question.

— Quelles mesures concrètes le MAEP va-t-il prendre dans la période à venir ?

— Nous allons mettre en place un système appelé le forum de la gouvernance en Afrique. Nous aurons, chaque année, la possibilité de convoquer des assises des différents acteurs de chaque pays pour discuter de l’état des lieux. Ce forum permettra de réfléchir sur les problèmes, et surtout devra évaluer les résultats accomplis. Nous faisons notre possible pour tenir notre premier forum sur la gouvernance au Rwanda, en juillet ou août prochain. Le but est de réunir tous les acteurs des 23 pays signataires du MAEP.

— Nombreux sont ceux qui pensent que le développement en Afrique est étroitement lié à la démocratie. Qu’en pensez-vous ?

— Pendant des années, on a élaboré de merveilleux plans de développement sur papier, et on n’a jamais pu les mettre en œuvre, tout simplement parce que les gens qui étaient chargés de leur application n’avaient pas une conscience claire de leur rôle et surtout n’avaient pas les possibilités de s’exprimer. Il faut reconnaître que l’Afrique a connu pendant longtemps des régimes relativement autoritaires qui n’étaient pas prêts à la participation des citoyens et qui ne permettaient pas la créativité de ces derniers. Cette situation a évidemment été un obstacle au développement. Il existe toutefois un potentiel pour que l’Afrique décolle. Mais pour cela, nous devons établir un certain nombre de lois qui favorisent une participation réelle du citoyen dans tous les domaines.

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