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Sculpture . Avec 60 participants, toutes générations confondues, le premier salon d’œuvres taillées dans des matières dites « nobles » constitue un état des lieux de cet art en évolution permanente. Tournée.
A la recherche de l’authentique

Insister sur l’appellation de matières « nobles » en sculpture est avant tout un signe de fidélité à la critique Fatma Ismaïl, disparue il y a quelques mois, qui avait conçu l’idée d’un premier salon de sculpture il y a deux ans. Son idée de la noblesse de la matière n’est pas synonyme du luxueux, du raffiné, régi par un simple esprit élitiste, mais plutôt un retour aux matières naturelles, authentiques comme le granit, le bronze, le marbre, le fer, le basalte, le bois. Ce retour aux sources, cette exploration des supports du sculpteur répondent également à un nouveau penchant du secteur des arts plastiques à consacrer des expositions génériques, projetant la lumière sur un volet artistique en particulier.

« Au salon des jeunes qui s’ouvre aux différents genres des arts plastiques, nous nous heurtons de plus en plus à des participations faibles dans le domaine de la sculpture, à une certaine facilité dans le travail de la matière », avance Ihab Al-Labbane, sculpteur et commissaire exécutif du salon. C’est ce qui explique l’importance d’un salon spécifique à la sculpture.

La question qui se pose cependant est de savoir si le retour à l’authentique équivaut au dédain de toute matière fabriquée, un rejet du métissé et de l’hybride qui pourraient avoir eux aussi leur valeur. Les organisateurs expliquent plutôt qu’il s’agit d’une pause pour faire une sorte de bilan de la sculpture. D’autant plus que les dix dernières années ont témoigné d’une évolution indéniable qui s’explique en grande partie par le Symposium de sculpture d’Assouan, et à l’autre manifestation au titre suggestif de « Rencontre des pierres » tenue au musée Mahmoud Mokhtar depuis deux ans.

Loin du tralala du secteur des arts plastiques qui nous a habitués à des manifestations à aspect compétitif, avec des prix, des thèmes contraignants, et par conséquent des phénomènes de modes qui consacrent un modèle unique à suivre, à savoir l’installation ou l’art vidéo etc., l’objectif du salon s’avère louable. Il va à la recherche dépouillée de la matière et des efforts déployés jusque-là dans l’art sculptural. Point de hiérarchie artistique qui oriente la sélection ou la disposition des sculptures dans l’espace des galeries. Hormis celui justement consacré aux pièces d’Adam Hénein, l’invité d’honneur du salon, les œuvres des jeunes sculpteurs côtoient tout simplement celles des grands, défiant une fois de plus l’esprit officieux qui avait toujours existé. Ainsi, nous retrouvons un lien, un dialogue et une continuité entre les différentes pièces : l’œuvre d’Abdel-Badie Abdel-Hay (1916-2004), parmi les cinq honorés du salon, qui s’insère dans la même voie que celle du grand Mahmoud Mokhtar en défiant la pierre têtue par des lignes courbes, tendres et élancées, se trouve côte à côte avec la toute récente du jeune Armen Agop. Celui-ci traite le granit noir, qu’il avait déjà magnifiquement dompté à Assouan lors du symposium, avec une malléabilité remarquable. Les deux pièces d’Armen Agop ondulent comme un voile qui a été fixé par un pouvoir magique. Elles nous font oublier momentanément qu’il s’agit d’une matière orgueilleuse. Mais toute l’énergie semble se concentrer sur un point. Que ce soit chez des jeunes comme Armen Agop, ou Chérif Abdel-Badie, ou chez un ancien, Esmat Dawestachi (peut-on dire le groupe d’Assouan ?), les sculpteurs d’aujourd’hui sont nourris d’une expérience unique, celle de s’exposer au granit d’Assouan, de s’aventurer dans des œuvres qui se placent non loin des monuments pharaoniques. Tous tendent à réaliser de petits morceaux dans lesquels ils étalent leur rapport intime avec la matière. Une fois de plus, nous pourrons admirer l’évolution des générations en portant un regard croisé sur les œuvres d’un génie, Gamal Al-Séguini (1917-1977) dont les lignes sont marquées par la force et la fougue propres à l’époque du réalisme social, et celles de Mohamad Radwane. A la fois géométriques et élancées, les lignes de Radwane nous surprennent par leurs traits abstraits, modernes, qui ne nous bloquent pas pour autant et ne nous transportent pas dans une ambiance de laboratoire parce qu’elles ont la richesse de suggérer des interprétations qui vont à l’infini.

Dina Kabil

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Le premier salon de sculpture avec « matières nobles », tous les jours jusqu’au 16 mai au Palais des arts, dans l’enceinte de l’Opéra du Caire, sauf le vendredi. De 10h à 13h30 et de 17h30 à 21h. Tél. : 736 87 96

 

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