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Biennale . Le désert inspire aux participants à la deuxième édition de Khayal al-kitab (Livre imaginé) des œuvres diversifiées, qui cherchent à rivaliser avec la forme traditionnelle du livre.
Variations sur le désert

50 artistes participent à la deuxième Biennale internationale du Livre imaginé (Khayal al-kitab), organisée par la Bibliothèque d’Alexandrie, jusqu’au 21 mai prochain. L’exposition tenue à cet égard a essentiellement pour but de donner une conception différente du livre. « Le livre est un support en papier ; il est loin d’être l’unique source de connaissance, mais c’est quand même un chef-d’œuvre à part entière. Ce n’est pas simplement un ensemble de lettres et de chiffres ou un assemblage de textes », précise le commissaire de la biennale, Mohamad Aboul-Naga.

Les artistes sont ainsi invités à combiner les divers champs et médias artistiques afin de faire miroiter leur conception du livre. Du coup, l’exposition mêle sculpture, peinture, art vidéo, installation, dessin, etc. « Cette biennale est la première du genre au Proche-Orient. Cette année, on a choisi le désert comme thème central. Le désert n’est pas évoqué en tant qu’unité géographique, mais en tant que stimulant d’imagination, de mémoires et de valeurs », affirme Aboul-Naga. Et d’ajouter : « A mes yeux, le désert a été pendant longtemps synonyme de guerre. Car mon premier rapport avec le désert remonte à l’époque où j’ai effectué mon service militaire. En outre, l’histoire des guerres et des invasions est souvent liée au désert dans la mémoire égyptienne ».

Le thème du désert chatouille ainsi les esprits, évoquant à tout un chacun un sens qui lui est propre. Et cela s’exprime de multiples façons dans les livres d’artistes représentés. Par exemple, pour la Turque Razia Saycopatie, qui expose des peintures sur cuir, le désert est un rêve inassouvi. « Je n’ai jamais vécu dans le désert, je n’ai jamais éprouvé la soif ni le froid des lieux. Mais je suis depuis toujours hantée par le rêve d’y habiter un jour. J’ai l’impression d’avoir été déracinée ; je vois toujours le désert en moi-même ». Si pour elle, le désert représente les contraires — la peur et l’espoir, l’eau et le mirage — il est pour l’artiste égyptien Mohamad Al-Ganoubi synonyme de labyrinthe. « Un labyrinthe qui nous donne quand même la chance de méditer, d’où la production de cultures et de philosophies multiples ». L’artiste expose deux plaques en verre, et sur l’une d’elles il y a son effigie, avec les traits maussades. Entre les deux plaques, ondule du sable, qui revient inlassablement tout comme la tristesse de nos jours. Son compatriote, Bakri Mohamad Bakri, expose une toile jaunâtre, avec des enfants aux visages éberlués. « Je les ai rencontrés lors d’un récent voyage dans le désert. Ils craignaient toutes les personnes étrangères à la tribu », explique Bakri.

Au milieu de la salle, se dresse une tente bédouine, celle de Mohamad Abla. Il s’agit d’une tente à connotation politique, car elle est munie de deux yeux afin de scruter le déroulement des élections. « C’est une sorte d’urne réservée aux bédouins qui réclament davantage des services sanitaires et de l’eau potable que l’instauration d’un vrai système démocratique », ironise l’artiste. Le Palestinien Taïssir Barakat passe à une autre approche politique, en évoquant le démantèlement du monde arabe. Ses lettres et icônes ne sont pas sans rappeler celles utilisées autrefois par ses ancêtres arabes. Elles sont toutes inspirées du désert, réalisées à l’aide de sable et de verre, et portant la philosophie de l’étendu désert.

Samar Zarée

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Jusqu’au 21 mai, à la Bibliotheca Alexandrina. Rue Port-Saïd, face à la faculté de commerce, Chatbi.

Tél. : 483 99 99 /

483 03 39.

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