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Revoir les films
de fiction diffusés l’an dernier pendant ce Festival national
du cinéma égyptien qui s’achève aujourd’hui est important. Mais
d’habitude, le cinéma dont on attend le plus d’horizons à découvrir
et à interroger à travers le festival est celui du documentaire,
qui passe rarement sur les écrans pendant l’année. Ce cinéma-là
n’est pas un monde figé, mais un univers en perpétuelle transformation.
Or, le cas des documentaires mis en compétition ne nous éclaire
pas sur notre situation en faisant écho à nos inquiétudes et
nos problèmes, qui se multiplient sans jamais s’éteindre.
Un seul scénario
s’est joué dans les documentaires de cette édition : une thématique
tournée vers le passé contre l’approche du présent. A titre
d’exemple, deux films, Honak mazala hayane (Là-bas est toujours
vivant) de Ihab Radi et Wahat mansiya (Oasis oubliées) de Farouq
Abdel-Khaleq partent sur les traces de vestiges de vies passées
ou primitives dans des oasis confinées à l’oubli à l’est et
à l’ouest du désert, sans s’appuyer sur des documentations scientifiques
expliquant ces détails de vie, se contentant de relever quelques
dessins incrustés sur les rochers des montagnes. Le premier
de ces deux films, loin d’être une perle rare et qui a coûté
près de 60 000 livres, met en échec le rôle moteur du Centre
national du cinéma dans la mise en place de productions nationales
intéressantes. Quand on sait que le budget moyen d’un documentaire
est de 5 000 livres, la somme investie dans ce film futile aurait
servi à financer 12 documentaires en prise directe avec la réalité.
Le retour aux origines est certes source d’éblouissement, mais
il arrache l’œuvre du cinéaste de l’exploration du présent qu’il
importe de consulter et d’interroger. Or, le parti pris du Centre
national de cinéma semble être d’en découdre avec l’approche
du réel, d’étouffer la mauvaise odeur des inégalités outrancières
et des affres dont il faut témoigner, résultant d’une économie
non planifiée.
Pareille démarche
se trouve dans des documentaires sur la biographie de l’érudit
islamique Moustapha Mahmoud et du leader Hafez Donia, qui a
bataillé dans les rangs de Saad Zaghloul. Lesquels ne réussissent
pas à nous faire couler dans leurs images ou partager les préoccupations
de leurs cinéastes. Parce que la préférence du public va pour
les films fournissant de qmodèles, donnant forme à nos expériences
pour les interpréter.
Cependant, un seul
film se démarque de cet investissement manqué du réel, Al-Ketaba
ala al-alwah (L’Ecriture sur les ardoises) de Bassam Ismaïl.
Il raconte l’apprentissage élémentaire du Coran par de jeunes
enfants dans un kottab (école coranique) sur la pente d’une
montagne yéménite. Avec brio, le cinéaste montre les élèves
enveloppés par la voix chaleureuse et vigoureuse de leur vieux
maître et la brume environnante, leur ville perchée sur la montagne,
les fleurs et les plantes de son jardin édénique, l’histoire
d’un monde qui s’écrit au jour le jour. La réussite de ce film,
produit par la chaîne satellite Al-Fagr saoudite, démontre que
la mise en place de coproductions où un réalisateur égyptien
et des finances arabes peuvent se combiner pour des projets
d’emblée conçus pour un immense marché mondial est peut-être
le véritable déáui déclenchera l’essor du documentaire
national, le libérant de l’emprise de secteurs institutionnels
ou académiques repliés sur des sujets de peu d’intérêt.
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