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Conférence.
La musique était de grande importance dans
le quotidien de l’Ancien Egyptien. Elle
est présente dans la plupart des occupations
de la vie, les manifestations religieuses,
aussi bien que dans les fêtes familiales.
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| Au
temps des sistres et des harpes |
«
On ne parle pas trop de l’âme d’un peuple,
moins encore de ses ressentiments. Un peuple
qui, à travers le temps, a su pourtant jouer
et chanter les airs les plus mélodieux, tout
en édifiant les grands bâtiments. Voilà en
quoi consiste le génie des Anciens Egyptiens
». C’est ainsi qu’Abdel-Halim Noureddine,
doyen de la faculté d’archéologie de l’Université
du Fayoum, a commencé son intervention, lors
d’une conférence qui a eu lieu au musée du
palais Al-Manial, sous le thème La Musique
pharaonique.
Contrairement
à ce que certains pensent ou estiment à propos
de la civilisation égyptienne : que celle-ci
est uniquement centrée sur la mort et l’au-delà,
« une civilisation de momies », comme le disent
d’aucuns. Or, c’est négliger bien d’autres
aspects que beaucoup ne connaissent pas. Il
est vrai que la vie de l’au-delà avait préoccupé
les Egyptiens dans une large proportion, mais
cela ne les a pas, pour autant, empêché de
profiter de la vie. Ainsi, l’Ancien Egyptien
a connu la musique, avec ses deux versants
: la mélodie et le rythme, en plus des différents
instruments musicaux. Une musique sacrée qui
accompagnait les rites religieux, et une autre
à caractère profane, très présente dans la
vie de tous les jours, notamment chez les
paysans. Jouer pour son propre plaisir n’était
pas chose rare, mais il y avait aussi des
musiciens professionnels. « Selon les études
anthropologiques récentes, le comportement
de l’homme à l’époque moderne n’est qu’une
reproduction de ce que faisait l’Ancien Egyptien.
Ceci est clair dans beaucoup de traditions.
La continuité est aussi claire dans le domaine
musical », a expliqué Khaïri Al-Malt, professeur
à la faculté de musicologie, de l’Université
de Hélouan.
C’est
essentiellement grâce au professeur allemand
Hans Hickman (1908-1968) qu’une partie précieuse
du patrimoine musical a pu être conservée.
Celui-ci avait en effet enregistré des chansons,
de la musique nubienne, et avait tout confié
à son amie Marta Roy. Une Américaine égyptienne
résidant au Caire, qui possédait des documents
sur la musique nubienne. |
Des instruments plus que millénaires
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| D’ailleurs,
peut-on oublier que les instruments datant
de l’époque pharaonique continuent d’exister
jusqu’aujourd’hui ? Certains instruments,
comme la harpe et le oud ont subi une évolution
réelle. D’autres, comme par exemple la lyre
(lyra-tamura) ou la flûte, sont restés tels
quels. Cela dit, il faut noter que des travaux
importants ont été effectués sur des anciens
instruments, en vue de les restaurer. L’expérience
a porté ses fruits et a montré que l’ancien
oud peut encore se jouer.
Pour
les Egyptiens, comme pour les Orientaux d’ailleurs,
le rythme revêt une importance particulière.
Dans les anciennes troupes, la tabla (trommel)
accompagnait depuis toujours les autres instruments.
Des personnes dont le rôle était de marquer
une certaine cadence rythmique, simplement
en tapant dans les mains, se trouvaient parmi
les musiciens ; elles étaient leurs accompagnateurs.
Curieusement,
à bien y regarder, certains tics propres aux
Egyptiens sont hérités de l’Egypte ancienne,
comme par exemple le fait de mettre une main
derrière l’oreille en chantant ou en récitant
des prières (gadaria), remarquable chez Abdel-Mottaleb,
le cheikh Mohamad Réfaat ou encore les prêtres,
et correspondent fort bien à ce qui a été
trouvé sur les bas-reliefs des tombes et des
temples.
Il
est aussi intéressant de savoir que la musique
égyptienne a fortement influencé les Romains
qui vivaient en Egypte. C’est justement par
l’intermédiaire de Platon, bien avant la conquête
arabe de l’Espagne, que l’Europe avait connu
les premiers instruments de musique. « Cette
influence s’est élargie à d’autres domaines,
de sorte que le théâtre romain, à ses débuts,
avait puisé ses sources dans les histoires
égyptiennes du bien et du mal », a précisé
Al-Malt.
En
fait, l’Ancien Egyptien avait excellé dans
la musique, au même titre que la science,
la médecine et autres. Il serait alors erroné
de croire que la civilisation égyptienne était
purement intellectuelle, d’autant plus que
la relation entre la musique, l’astronomie
et les cultes était fortement liée chez les
anciennes populations. |
La déesse musicienne
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Homme
et femme ont œuvré ensemble, comme de vrais
architectes, pour fonder les piliers de cette
civilisation. Considérée comme l’égale de
l’homme, elle aussi avait chanté et joué de
la musique, montrant beaucoup de talent et
d’esprit. « Lors des fêtes religieuses et
non religieuses, la femme avait fait preuve
de ses dons multiples et variés dans la chanson,
la musique et la danse », a mentionné Noureddine.
Selon lui, il apparaît, à travers les anciens
textes gravés dans les tombes, qu’il existait
toute une hiérarchie dont dépendaient les
artistes. Ces dernières avaient porté des
titres bien significatifs, comme celui très
connu de « Heset » qui veut dire « la chanteuse
», ou encore les titres de « la directrice
du chant, la directrice de la danse, celle
qui chante ou joue de la musique pour sa maîtresse
». Egalement le titre de « Khinit » qui veut
dire la musicienne, désignant Hathor. Aujourd’hui,
ce gigantesque patrimoine risque d’être menacé,
des dangers réels qui se présentent à l’horizon.
« Le manque de sauvegarde, le nombre limité
de spécialistes, le coût élevé des recherches
et l’absence des conférences sont tous des
problèmes qui menacent ce patrimoine », a
déclaré Al-Malt. La musique, entre autres,
risque de passer inaperçue. Mais le plus grave
est « le péril de falsifier la réalité. Comme
il y a eu des gens qui ont voulu fausser notre
histoire, d’autres ont enregistré, sur des
CD, des liturgies datant des VIIe et VIIIe
siècles, et les ont vendus en Europe sous
le nom
Les constructeurs
des Pyramides/Musique Hathor », s’insurge
Al-Malt.
Pour une
meilleure connaissance du patrimoine, de nouvelles
études en musicologie, anthropologie, habitudes
et traditions dans l’ancienne société égyptienne
vont être entamées à la faculté des beaux-arts,
de l’Université de Hélouan, en septembre prochain.
Les cours
s’étaleront sur un an, au bout duquel un diplôme
sera livré aux candidats. A noter que ces
derniers vont pouvoir s’inscrire sans restriction
aucune . |
Nihad
Al-Attar |
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