Le
ebook s’avère être l’ultime recours lorsqu’on souffre
d’une faible diffusion du livre entre les pays arabes
et d’un lectorat très limité au niveau de chaque pays.
Le
dernier site en date s’appelle kotobarabia.com, un projet
gigantesque chargé de présenter et vendre le livre arabe
sous forme électronique. Il est lancé par trois partenaires,
dont deux Egyptiens, Hicham Auf, directeur de l’édition,
Rami Habib, l’auteur du projet bénéficiant d’une expérience
dans le monde de l’écriture et de l’édition aux Etats-Unis,
et un intellectuel saoudien, Jihad Al-Bawardi. Le site
sera inauguré le mois prochain, avec 1 000 livres et
480 auteurs qui ont signé des contrats. « Il existe
de nombreux sites culturels gratuits qui présentent
des parties ou des échantillons de livres arabes qui
sont pour la plupart des écrivains débutants, indique
Hicham Auf. Tandis que le fait de répertorier les livres
arabes intégralement, de toutes les tendances et de
toutes les générations d’écrivains, sans a priori (il
suffit que l’auteur ait déjà publié un livre) est une
première dans le monde arabe ».
Visant
à toucher les disciplines les plus variées, cette maison
d’édition électronique coopère avec des centres de recherches
prestigieux tels que le Centre des études sociologiques,
le Centre des études de l’unité arabe, le Centre des
études arabes et africaines, etc. De même qu’une importante
section, à accès gratuit, sera consacrée aux livres
concernant la société civile qui comprendra toutes les
publications des ONG et des centres tels que le centre
Hicham Moubarak pour les droits de l’homme, ou Al-Maraa
wal zakira (La Femme et la mémoire).
Quant
aux livres littéraires, et malgré la présence de grands
noms tels Edouard Al-Kharrat, Alfred Farag, Khaïri Chalabi,
Mohamad Barrada, Nawal Al-Saadawi, etc., l’inventaire
abonde de jeunes noms tels Ahmad Al-Aydi, Montasser
Al-Qaffache, Ibrahim Farghali, etc., qui sont plus familiers
avec la « mentalité électronique ». « N’oublions pas
que les jeunes écrivains trouvent dans notre site une
opportunité unique d’édition gratuite, tandis qu’ils
vacillent normalement entre une édition publique contrariante
et une édition privée payante, explique Hicham Auf.
De plus, le contrat que tout écrivain signe avec notre
maison lui garantit 15 % du taux d’entrées sur son livre
électronique. Quant aux grandes générations d’écrivains,
même s’ils sont parfois réticents ou plus conservateurs
à l’égard du monde électronique, ils seront plus rassurés
quand le site sera lancé ».
Youssef
Abou-Raya, écrivain des années 1970, est déjà très enthousiaste
: « Je ne veux pas être en reste ». Aucun risque à courir,
mais au contraire de tels sites lui offrent une opportunité
exceptionnelle de communiquer avec son lectorat ; il
tire ainsi un grand plaisir lorsqu’un jour l’écrivain
découvre, sur un site consacré à la nouvelle arabe,
les opinions de lecteurs sur son œuvre. « Je pense que
le système électronique offre une certaine transparence
de l’information ; je pourrai facilement savoir combien
de livres on a distribué, combien d’internautes ont
visité le site ... Tandis que ces informations sont
carrément inaccessibles dès qu’il s’agit de maisons
d’édition ordinaires », précise Abou-Raya.
Au-delà
de la grande diffusion garantie normalement par tout
système électronique, les fondateurs de Kotobarabia
sont stimulés surtout dans leur projet, qui vise tout
arabisant de par le monde, par la mauvaise distribution
du livre arabe, par le coût de la fabrication du livre
en papier, sans compter le coût du transport des livres
d’une ville à l’autre. Ils tentent également d’aller
au-delà des problèmes de la liberté d’expression, puisque
le livre, dans son format en papier, est souvent la
proie de la censure, de la confiscation, ou de l’interdiction
aux frontières de nombreux pays arabes.