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Enquête. L’industrie du livre vit une époque difficile. Prix de revient élevé, réapparition de la censure, diffusion limitée. Rapide état des lieux de l’édition à l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, le 23 avril.

Le marasme de l’édition livresque

Dans une société qui compte officiellement 28,59 % d’analphabètes et où 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour), aborder la situation de l’édition et des droits d’auteur peut sembler incongru. Car, dans un tel contexte, aggravé par la baisse quotidienne du pouvoir d’achat, lire tient du parcours du combattant.

S’il est obstiné et tient envers et contre tout à son droit à la culture, le citoyen alphabétisé aura malgré tout le choix entre 2 000 bibliothèques publiques ou 900 librairies qui vendent les ouvrages publiés par 400 maisons d’édition. Celles du secteur privé ont actuellement le vent en poupe, que ce soit les mastodontes de l’édition en Egypte, comme Dar Al-Chorouq, présidée par le directeur de l’Union des éditeurs arabes, Ibrahim Al-Moallem, ou encore l’historique Madbouli. Ces maisons proposent une variété de titres littéraires ou scientifiques, sociaux ou pour enfants à des prix assez élevés pour le citoyen lambda (un livre de taille moyenne ne coûte pas moins de 20 L.E.). C’est pourquoi les maisons d’édition publiques occupent une part importante du marché, car elles proposent des livres dont le prix commence à une livre, à commencer par la collection Maktabet al-osra, gérée par l’Institution générale du livre (GEBO). Ces institutions ont été secouées ces dernières années par la publication d’œuvres jugées non conformes aux « bonnes mœurs », la republication du roman de l’écrivain syrien Heidar Heidar Festin des Algues de mer et de trois œuvres de jeunes écrivains égyptiens avaient ainsi provoqué des remous allant de manifestations publiques aux tribunaux. Même si, officiellement, la censure préalable sur le livre a été abolie depuis 1977. Par ailleurs, ces institutions souffrent du laisser-aller et de la mal gestion, communs à toutes les institutions étatiques. C’est le cas de l’Institution des palais de la culture, qui ne publie plus d’ouvrages depuis près de sept mois. Fouad Qandil, directeur de la collection Ibdaat (Créations), explique que cela est dû « à l’ampleur des dettes que nous devons aux imprimeries, héritées de l’année précédente », mais surtout « à l’incompétence du nouveau directeur de l’institution, Moustapha Al-Elwi, qui juge les ouvrages sans critères précis scientifiquement. Aujourd’hui, on étouffe l’édition, alors que le regard contemporain sur l’édition devrait permettre une importante marge de liberté ».

C’est ici qu’intervient le privé. « C’est cette marge de liberté que les écrivains apprécient chez nous », explique Mohamad Hachem, directeur de la maison d’édition Merit. « Pour moi, c’était la seule maison d’édition où je pouvais envisager de publier », confirme Yasser Ibrahim, auteur de Bahguet al-ama, (Du plaisir d’être aveugle, 2003), roman qui défie les tabous dominants dans le domaine du sexe. Merit a également publié en 2005 un roman posant indirectement la question de la transmission du pouvoir par héritage, Gomhouriyet al-ardein (La République des deux rives), d’Ahmad Sabri Aboul-Foutouh, ainsi que le dernier ouvrage de Mohamad Al-Sayed Saïd, alors que celui-ci venait d’être interdit de colloque lors de la dernière Foire du livre. D’autres écrivains consacrés, qui publient régulièrement dans le quotidien Al-Ahram, à l’instar de Nabil Abdel-Fattah, choisissent également Merit. Cela est dû sans doute au boom qu’a connu cette petite maison d’édition privée ces deux dernières années. Mais aussi à son étiquette engagée et son attitude audacieuse, publiant souvent des textes littéraires de jeunes auteurs qui cherchent à innover. Actuellement, « la maison publie entre 70 et 100 titres par an », affirme Hachem. Le tableau n’est cependant pas rose, surtout en matière de diffusion (1 000 exemplaires en moyenne) et de droits d’auteur. « J’ai dû payer pour que mon roman soit édité. C’était la seule solution, mais c’est ridicule », regrette Yasser Ibrahim. « S’il s’agit d’un auteur débutant, il participe aux frais », avoue également Hosni, directeur de Charqiyat, autre petite maison d’édition connue pour son sérieux dans le domaine de la littérature.

Publié chez Dar Al-Chorouq, Ibrahim Abdel-Méguid, lui, s’estime satisfait quant à ses droits d’auteur. « J’ai signé un contrat avec eux pour la publication de mes œuvres complètes, qui seront tirées à 2 000 exemplaires. En plus du contrat en avance, j’aurai droit à un pourcentage de la couverture, à savoir 15 % ». Son dernier roman La Ahad yanam fil Iskandariya (Personne ne dort à Alexandrie) se vend à 22 L.E. « Dans le domaine du droit d’auteur, les lois sont très bien faites, mais très mal appliquées. Il y a cependant une évolution ces dernières années ; en effet, le projet pour la traduction dépendant du Haut Conseil de la culture fait systématiquement des contrats avec les éditeurs originaux alors que l’Organisme général du livre ne le fait pas », explique Richard Jacquemond, auteur d’une thèse sur le champ littéraire égyptien. Il rappelle que l’Union des écrivains avait proposé à une époque un contrat-type pour aider les écrivains à protéger leurs droits d’auteurs. Dans ce domaine aussi, il reste donc du pain sur la planche.

Dina Heshmat
 

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