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Dans
une société qui compte officiellement 28,59 % d’analphabètes
et où 50 % de la population vit en dessous du seuil de
pauvreté (2 $ par jour), aborder la situation de l’édition
et des droits d’auteur peut sembler incongru. Car, dans
un tel contexte, aggravé par la baisse quotidienne du
pouvoir d’achat, lire tient du parcours du combattant.
S’il
est obstiné et tient envers et contre tout à son droit
à la culture, le citoyen alphabétisé aura malgré tout
le choix entre 2 000 bibliothèques publiques ou 900 librairies
qui vendent les ouvrages publiés par 400 maisons d’édition.
Celles du secteur privé ont actuellement le vent en poupe,
que ce soit les mastodontes de l’édition en Egypte, comme
Dar Al-Chorouq, présidée par le directeur de l’Union des
éditeurs arabes, Ibrahim Al-Moallem, ou encore l’historique
Madbouli. Ces maisons proposent une variété de titres
littéraires ou scientifiques, sociaux ou pour enfants
à des prix assez élevés pour le citoyen lambda (un livre
de taille moyenne ne coûte pas moins de 20 L.E.). C’est
pourquoi les maisons d’édition publiques occupent une
part importante du marché, car elles proposent des livres
dont le prix commence à une livre, à commencer par la
collection Maktabet al-osra, gérée par l’Institution générale
du livre (GEBO). Ces institutions ont été secouées ces
dernières années par la publication d’œuvres jugées non
conformes aux « bonnes mœurs », la republication du roman
de l’écrivain syrien Heidar Heidar Festin des Algues de
mer et de trois œuvres de jeunes écrivains égyptiens avaient
ainsi provoqué des remous allant de manifestations publiques
aux tribunaux. Même si, officiellement, la censure préalable
sur le livre a été abolie depuis 1977. Par ailleurs, ces
institutions souffrent du laisser-aller et de la mal gestion,
communs à toutes les institutions étatiques. C’est le
cas de l’Institution des palais de la culture, qui ne
publie plus d’ouvrages depuis près de sept mois. Fouad
Qandil, directeur de la collection Ibdaat (Créations),
explique que cela est dû « à l’ampleur des dettes que
nous devons aux imprimeries, héritées de l’année précédente
», mais surtout « à l’incompétence du nouveau directeur
de l’institution, Moustapha Al-Elwi, qui juge les ouvrages
sans critères précis scientifiquement. Aujourd’hui, on
étouffe l’édition, alors que le regard contemporain sur
l’édition devrait permettre une importante marge de liberté
».
C’est
ici qu’intervient le privé. « C’est cette marge de liberté
que les écrivains apprécient chez nous », explique Mohamad
Hachem, directeur de la maison d’édition Merit. « Pour
moi, c’était la seule maison d’édition où je pouvais envisager
de publier », confirme Yasser Ibrahim, auteur de Bahguet
al-ama, (Du plaisir d’être aveugle, 2003), roman qui défie
les tabous dominants dans le domaine du sexe. Merit a
également publié en 2005 un roman posant indirectement
la question de la transmission du pouvoir par héritage,
Gomhouriyet al-ardein (La République des deux rives),
d’Ahmad Sabri Aboul-Foutouh, ainsi que le dernier ouvrage
de Mohamad Al-Sayed Saïd, alors que celui-ci venait d’être
interdit de colloque lors de la dernière Foire du livre.
D’autres écrivains consacrés, qui publient régulièrement
dans le quotidien Al-Ahram, à l’instar de Nabil Abdel-Fattah,
choisissent également Merit. Cela est dû sans doute au
boom qu’a connu cette petite maison d’édition privée ces
deux dernières années. Mais aussi à son étiquette engagée
et son attitude audacieuse, publiant souvent des textes
littéraires de jeunes auteurs qui cherchent à innover.
Actuellement, « la maison publie entre 70 et 100 titres
par an », affirme Hachem. Le tableau n’est cependant pas
rose, surtout en matière de diffusion (1 000 exemplaires
en moyenne) et de droits d’auteur. « J’ai dû payer pour
que mon roman soit édité. C’était la seule solution, mais
c’est ridicule », regrette Yasser Ibrahim. « S’il s’agit
d’un auteur débutant, il participe aux frais », avoue
également Hosni, directeur de Charqiyat, autre petite
maison d’édition connue pour son sérieux dans le domaine
de la littérature.
Publié
chez Dar Al-Chorouq, Ibrahim Abdel-Méguid, lui, s’estime
satisfait quant à ses droits d’auteur. « J’ai signé un
contrat avec eux pour la publication de mes œuvres complètes,
qui seront tirées à 2 000 exemplaires. En plus du contrat
en avance, j’aurai droit à un pourcentage de la couverture,
à savoir 15 % ». Son dernier roman La Ahad yanam fil Iskandariya
(Personne ne dort à Alexandrie) se vend à 22 L.E. « Dans
le domaine du droit d’auteur, les lois sont très bien
faites, mais très mal appliquées. Il y a cependant une
évolution ces dernières années ; en effet, le projet pour
la traduction dépendant du Haut Conseil de la culture
fait systématiquement des contrats avec les éditeurs originaux
alors que l’Organisme général du livre ne le fait pas
», explique Richard Jacquemond, auteur d’une thèse sur
le champ littéraire égyptien. Il rappelle que l’Union
des écrivains avait proposé à une époque un contrat-type
pour aider les écrivains à protéger leurs droits d’auteurs.
Dans ce domaine aussi, il reste donc du pain sur la planche. |