| Charm
Al-Cheikh,De notre envoyé spécial —
Quelle
est la portée politique de la tenue en Egypte du sommet
du Nepad ? Réunir à Charm Al-Cheikh des représentants
de 30 pays africains, dont 10 chefs d’Etat, a certes une
signification. Absent de la scène africaine depuis l’époque
de Gamal Abdel-Nasser, Le Caire, qui souhaite obtenir
un siège permanent au Conseil de sécurité (cinq candidats
sont en lice : l’Egypte, l’Afrique du Sud, le Kenya, le
Nigeria et le Sénégal), cherche à se replacer sur le continent
noir. C’est dans ce contexte que, depuis quelques semaines,
la diplomatie égyptienne multiplie les initiatives.
Fait
significatif : le président Moubarak a assisté pour la
première fois depuis dix ans à un sommet africain, celui
d’Abuja, en janvier dernier. Et le chef de la diplomatie,
Ahmad Aboul-Gheit, s’apprête à effectuer prochainement
une tournée africaine. Une tournée qu’il doit faire tous
les six mois.
La
tâche du gouvernement égyptien semble pourtant difficile.
Le continent noir n’est plus une terre vierge comme auparavant.
Les grandes entreprises internationales ont trouvé leur
chemin vers la plupart des pays africains. Beaucoup de
pays ont commencé à y investir, notamment les Etats-Unis,
la Chine, Israël ou le Liban. Le Caire a-t-il une chance
de se faire une place ? « L’Egypte est un grand pays que
l’on respecte beaucoup. Elle est le trait d’union entre
le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe. Je pense que sa
chance est grande d’obtenir un siège permanent à l’Onu
», déclare Francis Appiah, membre de la délégation du
Ghana au sommet du Nepad. Même réponse mesurée chez Nawla
Bamo, représentante de la délégation ivoirienne. « L’Egypte
joue un rôle capital dans la région arabe et au Proche-Orient.
Elle a toutes ses chances », estime-t-elle. Réponses diplomatiques
? Certes. Car si l’Egypte est particulièrement active
sur le plan arabe, elle est quasi absente sur le plan
africain. Les responsables égyptiens mesurent leurs ambitions.
« Nous ne sommes pas suffisamment africains pour obtenir
un siège africain permanent au Conseil de sécurité »,
déclare une source diplomatique ayant requis l’anonymat.
En fait, pour les Africains, le Nigeria et l’Afrique du
Sud ont la priorité pour obtenir le siège de l’Onu. «
Les relations de ces deux pays avec le continent sont
très fortes. L’Egypte n’est pas en mesure de les concurrencer
pour le moment », confie la source. Il est clair pour
les pays africains que l’Egypte de Moubarak n’est pas
celle de Nasser. Konan Barnanbe, journaliste à la télévision
d’Afrique du Sud, confirme cette vision : « L’Egypte a
bien organisé ce sommet du Nepad qui regroupe 30 pays
africains. Elle a montré qu’elle pouvait aider les pays
africains à développer leurs économies. Néanmoins, l’Afrique
du Sud possède des contacts plus étroits avec les pays
africains », affirme-t-il. Johannesburg est effectivement
beaucoup plus active en raison de ses multiples contributions
et médiations dans le conflit ivoirien et dans d’autres
régions d’Afrique.
Cependant,
l’Egypte, qui ne veut pas jeter l’éponge, tente de s’impliquer
et de résoudre les problèmes et les conflits interafricains.
C’est dans ce contexte que le président Moubarak, en marge
du Nepad, a rencontré le premier ministre éthiopien Meles
Zenawi. Au centre des discussions : les conflits frontaliers
avec l’Erythrée. Le chef de l’Etat a tenu également un
sommet tripartite avec le président soudanais, Omar Al-Béchir,
et Meles Zenawi centré sur le problème de l’eau. Moubarak
a de même lancé une initiative pour la création d’un centre
africain pour les maladies endémiques contagieuses et
le sida. « Ces efforts égyptiens ont un but essentiel,
à savoir gagner la confiance des pays africains et leur
montrer que l’Egypte est capable de défendre leurs intérêts
au Conseil de sécurité », affirme la source diplomatique
égyptienne. Et d’ajouter : « Obtenir un siège à l’Onu
est une question de temps. Nous aurions dû réagir depuis
longtemps pour montrer aux Africains que nous sommes capables
de jouer un rôle sur la scène africaine ».
D’ici
novembre prochain, date où s’effectuera le choix du pays
africain candidat au siège permanent de l’Onu, l’Egypte
peut-elle changer son image ? La tâche semble difficile. |