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Nepad.
Une trentaine de chefs d’Etat africains se sont réunis
à
Charm Al-Cheikh mardi pour faire le point sur leur ambitieux
projet. Les experts, en débat la veille, ont tenté de
proposer des mesures permettant de sortir d’une certaine
léthargie. |
Déception
et espoir |
| Charm
Al-Cheikh,De nos envoyées spéciales —
Accélérer
la mise en œuvre des projets du plan d’action 2002-2006,
mobiliser les ressources africaines au lieu de compter
sur les aides au développement et enfin changer de discours
avec le G8. Tels sont les 3 messages essentiels dégagés
par les économistes et les experts réunis pour mettre
les dernières touches du Rapport du progrès et débattus
par les chefs d’Etat et de gouvernement, membres du Nouveau
partenariat pour le développement africain (Nepad).
Les
experts avaient commencé une réunion de 5 heures sous
le signe du découragement. Mais par la suite, la déception
amère a cédé la place à une volonté d’acier. L’état d’esprit
de ces experts africains, réunis pour évaluer les réalisations
du Nouveau partenariat pour le développement, a carrément
changé. C’est donc au moment où l’on s’y attendait le
moins qu’une nouvelle naissance du Nepad s’est précisée.
Pourquoi
la déception s’était-elle installée au cours d’un premier
temps ? C’est surtout la mise en œuvre des ambitions du
Nepad qui décevait bon nombre de spécialistes à la veille
du 13e sommet. Et pour cause. Bien que le dossier agricole
avance plus ou moins selon le plan, très peu a été réalisé
dans le domaine du développement de l’infrastructure.
La toute jeune organisation créée en 2002 avait réussi
à convaincre les partenaires à inclure ce thème parmi
les priorités du continent. A cet égard, un membre de
la délégation du Sénégal critique le manque d’informations
sur ce dossier : « Le plan d’action 2002/2006 renferme
128 projets d’infrastructures. Or, le Rapport du progrès
élaboré par le secrétariat du Nepad ne nous informe pas
du nombre de projets mis en place. Cela ne fait pas plaisir
de faire des milliers de kilomètres pour assister simplement
à un débat », a-t-il reproché. Et de préciser : « Nous
avons besoin de savoir où nous en sommes du progrès et
le bilan des différents projets ». Le représentant du
Gabon rejoint cette opinion tout en reconnaissant que
le Nepad « a accéléré l’exécution d’un certain nombre
de projets d’infrastructures en suspens financés par la
Banque Africaine de Développement (BAD). Toutefois, il
faut noter que notre organisation n’a présenté à la BAD
aucun nouveau projet ».
S’agit-il
d’un manque de financement ? La réponse est oui. La question
du manque de financement a donné une deuxième raison pour
assombrir le climat de la réunion. Le Rapport du progrès
a en fait tiré la sonnette d’alarme en révélant que le
niveau actuel de l’aide étrangère n’est pas suffisant
pour réaliser les objectifs de développement du millénaire
en Afrique. D’autant plus que l’Afrique est le seul continent
où la pauvreté augmente. Et ce en dépit des réalisations
qu’il a connues sur les différents fronts. Economiquement
parlant, 20 pays africains ont réalisé un taux de croissance
aux alentours de 5 %. La transparence fiscale est en outre
appréciée par un rapport diffusé par la Banque mondiale
début avril. Là apparaît l’importance d’effacer la dette
parce que d’après l’initiative d’annulation des dettes
des pays pauvres très endettés, les fonds qui n’ont pas
été utilisés pour le paiement des services des dettes
ont été réorientés vers le développement humain.
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La
transparence gagne du terrain |
En
matière de bonne gouvernance, la performance sur le plan
politique va bon train. Il suffit d’illustrer que 40 pays
sur 53 ont d’ores et déjà des gouvernements élus. Il n’est
pas moins important de noter que le nombre de conflits
dans le continent noir a considérablement diminué. « Bref,
nous avons fait du bon travail. Hélas, les pays donateurs
n’ont pas fait le leur. Ces réalisations ne vont pas de
pair avec le montant des aides que nous recevons », juge
Firmino Mucavele, conseiller du président du Mozambique.
Les organisations internationales (Onu et autres) l’admettent
aussi, en estimant que l’Afrique a besoin d’une aide annuelle
supplémentaire de 50 à 75 milliards de dollars. Par contre,
le Nepad propose une hausse entre 15 et 20 milliards seulement.
Un engagement plus modeste et donc plus facile à remplir.
D’autant
plus que l’OCDE, club des riches, n’a jamais rempli ses
engagements. Les pays membres de cette organisation qui
se sont préalablement engagés à allouer 0,7 % de leur
PIB n’ont jamais payé plus que 0,2 %. Un diplomate africain
a confié à Al-Ahram Hebdo que l’initiative du président
Chirac d’imposer une taxe universelle au profit des pays
sous-développés rencontre des pressions très fortes de
la part des grandes compagnies comme celle du transport
aérien pour l’avorter.
A
ce point, les experts ont présenté à leurs chefs d’Etat
et de gouvernement une proposition de faire des pressions
sur les leaders du G8 pour les mener à mettre un calendrier
visant à graduellement combler le fossé entre le niveau
d’aide promis et celui effectivement payé. « Il s’agit
de fixer un objectif d’aide de 0,25 % d’ici 2006, ensuite
0,3 pour une période suivante et ainsi de suite », renchérit
Mucavel, le conseiller du président du Mozambique.
Par
ailleurs, les délégations africaines ont présenté à leurs
chefs une demande unanime de mobiliser les ressources
africaines. Le Rapport du progrès présente un projet pour
l’investissement des capitaux des fonds africains de retraite.
Le rôle du secteur privé n’est pas moins important. «
Nous avons un potentiel à ne pas négliger. Le secteur
privé est sous mobilisé », note l’expert sénégalais. Opinion
partagée par le représentant du Mali qui se demande :
« A quoi ça sert qu’on élabore notre propre stratégie
de développement si nous ne procurerons pas nos propres
armes, c’est-à-dire les moyens de financer ces plans ?
».
Finalement,
il est attendu que les chefs d’Etat membres du Nepad revendiquent
à leurs homologues du G8 que ces derniers mènent à l’accroissement
non seulement de l’aide mais aussi des investissements
étrangers sur le continent noir. Le ministre algérien
de la Coopération africaine souligne que le discours politique
concernant l’Afrique doit changer. Le niveau des investissements
directs étrangers est très bas. Cela doit changer. Avec
la croissance et le retour de la stabilité et de la sécurité
sur le continent, les leaders du G8 doivent faire l’éloge
des réalisations africaines devant leurs communautés internationales
des affaires. C’est cela qui peut attirer les investissements.
Mission sacrée qui doit être achevée lors de la prochaine
rencontre avec les dirigeants du G8, prévue en Grande-Bretagne
en juillet prochain. |
Salma
Hussein
Névine
Kamel |
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Trois
questions à |
| Abdelqader
Messahel, ministre algérien de la Coopération africaine.
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Al-Ahram
Hebdo : Certains reprochent au Nepad le ralentissement
de la mise en place des projets. Comment interprétez-vous
cela ?
Abdelqader
Messahel :
La différence des priorités entre les différents pays
en est la principale cause. Les pays du sud du continent
donnent la priorité à la santé et à la lutte contre
les maladies. Ces domaines ne constituent pas nécessairement
une priorité au nord de l’Afrique. Pour les pays du
centre du continent, la priorité va à la paix et à la
sécurité. En plus, il y a des pays qui ont un taux de
croissance très faible de 1 ou 2 % seulement. Ils ne
peuvent pas réaliser les objectifs du développement
du millénaire aussi rapidement que les autres.
—
Estimez-vous donc que le bilan est négatif ?
—
Non, je dirais que le bilan est positif. Il faut dire
que le plan de développement dressé par le Nepad est
un plan à long terme. Il s’étend jusqu’en 2020. Alors,
même s’il y a un peu de ralentissement, cela ne veut
pas dire que nous sommes en statu quo. Le processus
avance et je suis sûr que tout le monde arrivera.
—
Comment jugez-vous le processus de l’effacement des
dettes africaines ?
—
C’est un autre message qu’il faut adresser à nos partenaires.
Ils doivent nous aider dans l’effacement de la dette.
Il faut penser aux pays qui veulent allouer des ressources
au développement humain, mais sont obligés de payer
les services de la dette. Notamment que 60 % du montant
total de cette dette reçue par l’Afrique depuis son
indépendance a été consacrée à l’expertise et aux études.
30 % du montant de cette dette est passée dans la corruption.
10 % seulement ont profité au développement .
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