Lacs.
Polluées, séchées partiellement ou surexploitées,
ces
étendues sont en danger de mort. Un bilan accablant
a été dressé
la semaine dernière lors de la première Conférence
nationale sur ce thème. |
Des
eaux en péril |
L’egypte
possède une dizaine de lacs. Un chiffre pas très
élevé et qui aurait dû pousser les responsables
à mieux gérer, à tous les niveaux, écologique notamment,
ces surfaces d’eau. Mais au contraire, pendant des
décennies, ces lacs ont été utilisés comme de vastes
dépotoirs où se sont déversés des tonnes de déchets.
La situation est devenue dangereuse, c’est pourquoi
le ministre de l’Environnement, Magued Georges,
a décidé de tenir pour la première fois une conférence
pour discuter de l’état actuel des lacs afin de
mettre au point une stratégie destinée à résoudre
leurs problèmes et tenter de les sauver et de les
reconstituer. « Les lacs représentent des écosystèmes
très importants sur le plan économique comme sur
le plan écologique. Ces écosystèmes fragiles se
dégradent et se détériorent une fois privés d’une
gestion scientifique de leurs ressources », a expliqué
le ministre de l’Environnement en inaugurant la
conférence, le 10 avril dernier au Caire, en présence
du ministre du Développement local, Abdel-Réhim
Chéhata, et du Dr Ezzat Awwad, le président de l’Organisme
général du développement de la richesse piscicole
et représentant du ministre de l’Agriculture.
Pour
Magued Georges, le but de la conférence était de
jeter les bases d’un développement durable des lacs
et leurs ressources pour le bien-être des sociétés
riveraines ainsi que pour rétablir l’équilibre écologique
de ces surfaces aquatiques. « De notre côté, nous
coopérons actuellement avec les ministères concernés
afin de mettre fin à l’évacuation des déchets industriels
dans les lacs », assure le ministre.
A
vrai dire, le ministère de l’Environnement était
bien préparé à la manifestation. Les participants
ont reçu un document de 200 pages sur l’état des
lacs en Egypte. Plusieurs ministères ont participé
à l’élaboration de cet ouvrage important dont les
ministères de l’Environnement, de l’Agriculture,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique,
et de l’Intérieur.
A
travers ce triste bilan, les experts tirent la sonnette
d’alarme : il faut aller vite pour sauver ce qui
reste des lacs égyptiens dont la surface actuelle
est de 10 227 km2. |
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Les
trois plaies
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En
effet, les lacs souffrent de plusieurs maux. Trois
problèmes sont les plus dangereux, à savoir la
pollution, le dessèchement et l’adoucissement.
Les analyses effectuées sur des échantillons tirés
des lacs égyptiens ont révélé que 9 sur 10 lacs
d’Egypte contiennent des matières solides complètes
et d’autres en suspension qui dépassent de loin
les normes désignées par la loi sur l’environnement,
tant et si bien que la nature de l’eau des lacs
a subi des changements chimiques et biologiques
brusques. Cette pollution provient essentiellement
des évacuations des eaux usées, des déchets industriels
et des drains agricoles qui sont crachés quotidiennement
dans les lacs sans aucun traitement.
Cette
pollution a gravement affecté les activités de
pêche. Selon un rapport de la FAO dans le lac
Mariout, les pêches subissent les conséquences
de la pollution depuis une trentaine d’années.
Quelques espèces de poissons ont diminué en nombre,
ou même disparu. Les Tilapias, relativement peu
sensibles à la pollution, représentent maintenant
environ 80 % de la production halieutique de ce
lac.
La
pollution industrielle est la plus dangereuse
qui menace les eaux des lacs. « Il y a 24 000
industries dont 700 géantes sur les cours d’eau,
ces établissements se débarrassent de 57 % (270
tonnes par jour) de leurs déchets en les jetant
sans traitement dans l’eau, ce qui équivaut aux
déchets de 6 millions d’individus », déclare Abdel-Réhim
Chéhata, ministre du Développement local.
Les
drainages agricoles et les eaux usées viennent
s’ajouter au drainage industriel pour compléter
le cocktail empoisonnant dans les lacs égyptiens.
En
ce qui concerne le problème de l’assèchement,
il faut avouer que c’est l’Etat qui a commencé
l’affaire en essayant d’augmenter les surfaces
des terrains agricoles au détriment des lacs.
De même que les projets d’urbanisme, comme le
fait de percer des routes et d’installer des canalisations
d’eau, d’électricité et de gaz naturel. Selon
le rapport du ministère de l’Agriculture, le lac
qui a perdu le plus de sa surface est celui de
Manzala, qui couvrait 750 000 feddans (un feddan
fait 0,42 ha) dans les années 1950, mais qui ne
couvre aujourd’hui que 130 000 feddans.
Le
seul lac qui a gardé sa surface et sa propreté
est celui de Bardawil. Quant au troisième problème
essentiel confronté par les lacs égyptiens, c’est
le fait de l’adoucissement des eaux. Ce changement
dans la nature de l’eau donne la chance à des
algues et des plantes aquatiques de pousser, couvrant
ainsi de grandes surfaces d’eau et empêchant les
activités de pêche libre dans les lacs.
«
Pour éviter la mort des lacs et remédier à l’état
lamentable auquel ils sont arrivés, il faut élaborer
une stratégie pour leur gestion qui soit exécutée
par un groupe de travail comprenant des représentants
des différents ministères concernés, comme l’Irrigation,
l’Agriculture, la Recherche scientifique, l’Environnement,
l’Intérieur, le Tourisme, les Transports et autres
», affirme le Dr Mohamad Al-Qassas, expert international
en écologie. Il ajoute que les ministères doivent
coopérer ensemble pour réaliser tous les objectifs
du développement des lacs et sans la coopération,
l’état des lacs égyptiens évoluera de mal en pire
.
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Dalia
Abdel-Salam
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Une
ligne de défense
contre les tsunamis
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Mohamad
Al-Qassas, expert international en écologie et prix
Zayed de l’environnement 2001, souligne les risques
d’une négligence des lacs. |
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«
On peut distinguer trois sortes de lacs en Egypte
: des lacs à haute salinité comme Al-Bardawil, ceux
de la région du Canal de Suez comme les lacs Amers
ou Al-Morra et Al-Temsah et les lagunes de Marsa
Matrouh. Il y a de même les lacs à salinité moyenne
comme ceux du nord du Delta, à l’instar d’Al-Borollos,
Edko et Mariout ; et enfin, les lacs d’eau douce
comme le lac Nasser ». Mohamad Al-Qassas relève
l’importance et la diversité de ces grandes étendues
d’eau. Outre le fait qu’elles figurent parmi les
ressources naturelles les plus importantes, elles
servent parfois comme réservoirs d’eau douce (lac
Nasser), comme bassins pour produire l’électricité,
ou pour la pisciculture (Qaroun et Al-Bardawil).
Mais pour plusieurs raisons, l’état des lacs égyptiens
est devenu lamentable.
«
A mon avis, les lacs sont exposés à de nombreux
dangers dont le phénomène de l’érosion des côtes,
l’élévation du niveau de la mer à cause des changements
climatiques et du réchauffement planétaire, la perte
des biodiversités due au braconnage et les fardeaux
de la pollution », s’exprime le Dr Al-Qassas. «
De nombreuses personnes témoigneront de la disparition
du Delta sous les eaux de la mer à la fin de ce
siècle si on persiste à négliger les lacs que je
considère personnellement comme la première ligne
de défense contre un nouveau tsunami », pense le
Dr Al-Qassas.
Une
lueur d’espoir émerge cependant en ce qui concerne
le lac Bardawil, qui est le seul lac égyptien dont
la production en poissons a réussi à se tailler
une place sur le marché international.
«
Même ce lac risque de perdre son importance et sa
pureté à cause du projet annoncé récemment et qui
consiste à cultiver 400 000 feddans qui seront irrigués
par le canal Al-Salam. Le drainage agricole résultant
de ces surfaces risque de transformer Al-Bardawil
en un autre Edko ou Mariout (deux lacs des plus
pollués en Egypte) », avertit Al-Qassas. Donc, avant
de proposer des projets pareils, il nous faut effectuer
des études sur leur impact environnemental, qui
est presque absent dans la plupart des projets,
notamment ceux présentés par le gouvernement.
Le
Dr Al-Qassas a attiré l’attention des participants
sur un point très important concernant le lac Nasser.
Ce lac qui représente le réservoir principal d’eau
douce en Egypte souffre de l’invasion du sable sur
sa côte ouest, ce qui affaiblit son pouvoir d’assimiler
les mêmes quantités d’eau. « Les guerres des années
qui viennent vont se déclencher à cause du manque
d’eau. On perd déjà 10 milliards de m3 d’eau par
évaporation, ce qui est choquant si l’on sait que
la part de l’Egypte en eau du Nil a augmenté de
7,5 milliards de m3 après la construction du Haut-Barrage
», conclut-il .
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D.
A. |
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