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ses 17 millions d’habitants, Le Caire est l’une des mégalopoles
les plus peuplées du monde. Manque d’espace, circulation infernale
et taux de pollution record résument la situation chaotique
de la ville. Pour remédier à cela, le gouvernement d’Ahmad Nazif
a eu l’idée de transférer hors de la capitale toutes les administrations
gouvernementales. C’est ce qui est ressorti d’une réunion entre
le premier ministre et le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir.
En fait, Le Caire ne compte pas moins de 33 000 bâtisses et
administrations gouvernementales dans lesquelles œuvrent 2,3
millions de fonctionnaires. Un véritable empire anarchique.
« Ces administrations sont fréquentées quotidiennement par des
centaines de milliers de citoyens », a assuré Abdel-Azim Wazir,
à l’issue de sa réunion avec le premier ministre.
Le complexe administratif
de Tahrir est une véritable caserne. Ce bâtiment, construit
sous Nasser sur le modèle soviétique, comprend les bureaux de
50 organismes gouvernementaux et ministères comme l’Intérieur,
les Affaires sociales et les Affaires étrangères. 10 000 à 15
000 citoyens le fréquentent chaque jour. A quelques centaines
de mètres seulement, sur la corniche du Nil, se dresse une autre
administration pléthorique, le bâtiment de la Radiotélévision,
véritable empire de 15 000 employés. La liste est longue, et
dans un périmètre de quelques kilomètres carrés seulement, on
note la présence des ministères de l’Intérieur et de la Santé,
de l’Assemblée du peuple, du Conseil consultatif, du Conseil
des ministres, ainsi que les principales banques du pays. En
raison de cette forte concentration administrative, le centre-ville
étouffe. Selon l’Organisme central de la mobilisation et des
statistiques, 300 000 véhicules circulent quotidiennement dans
le centre du Caire. La solution proposée par le gouvernement
vise à alléger cette région de la capitale. L’idée n’est pas
nouvelle. Elle a déjà été proposée maintes fois par le passé,
sans jamais être mise à exécution. En effet, le problème avait
été soulevé à plusieurs reprises au Parlement, mais la seule
mesure prise fut l’interdiction d’installer de nouveaux services
gouvernementaux à l’intérieur de la capitale. Selon Milad Hanna,
urbaniste, cette idée remonte au début des années 1970, durant
le règne du président Gamal Abdel-Nasser. A cette époque, l’Etat
avait créé le quartier de Madinet Nasr, du nom du zaïm, pour
y transférer les services gouvernementaux, « mais à la mort
de Nasser, l’Etat n’a fait que vendre les terrains de ce quartier
à des hommes d’affaires qui ont construit des bâtiments pour
les revendre. Et le quartier s’est transformé en une banlieue
de la capitale », explique Milad Hanna. Et d’ajouter que durant
les années 1980, la même histoire s’est répétée. En effet, le
gouvernement voulait transférer la plupart des services gouvernementaux
dans la ville du 6 Octobre, un projet sans suite. L’obstacle
n’est autre que financier. Le transfert des administrations
gouvernementales hors de la capitale nécessiterait un gros pactole
pour l’acquisition des terrains et des équipements, sans compter
que ce transfert obligerait le gouvernement à fournir des moyens
de transport aux citoyens, pense l’urbaniste Soha Hawas. Cette
dernière estime à 5 milliards de L.E. le coût d’une telle opération.
Pour le moment, les responsables gouvernementaux ne donnent
pas de réponse claire et se contentent d’affirmer que le projet
est en cours d’étude. Certains urbanistes proposent de transférer
une partie seulement des administrations gouvernementales hors
de la capitale, d’autant plus qu’il y a au centre-ville des
rues qui contiennent trois ou quatre ministères. C’est l’avis
de l’urbaniste Kamal Riyad. « Par exemple, la rue Qasr Al-Aïni,
au centre-ville, comprend à elle seule trois grandes administrations
les unes à côté des autres : le Parlement, le ministère de la
Santé et le Conseil des ministres. Pourquoi ne pas transférer
un de ces trois ministères pour que la circulation à cet endroit
soit plus fluide ? », se demande Riyad. Moustapha Alameddine,
responsable au gouvernorat du Caire, se montre optimiste. «
Vu que le transfert des services nécessite une grande somme
d’argent, le gouvernement va avoir recours à d’autres moyens
qui facilitent sa mise en place. Par exemple, le gouvernement
va dénombrer les ministères qui possèdent des terrains à l’intérieur
de la capitale. Ces derniers seront vendus et la somme collectée
sera utilisée pour financer la construction de nouveaux bâtiments
dans les nouvelles villes », assure-t-il. Le
projet paraît ambitieux, mais encore faudrait-il trouver les
moyens de le mettre en application .
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