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Urbanisme. Pour désengorger Le Caire, le gouvernement vient d’annoncer un plan visant à transférer les administrations gouvernementales en dehors de la capitale. Une vieille idée qui remonte aux années 1970.

Un projet à confirmer

Avec ses 17 millions d’habitants, Le Caire est l’une des mégalopoles les plus peuplées du monde. Manque d’espace, circulation infernale et taux de pollution record résument la situation chaotique de la ville. Pour remédier à cela, le gouvernement d’Ahmad Nazif a eu l’idée de transférer hors de la capitale toutes les administrations gouvernementales. C’est ce qui est ressorti d’une réunion entre le premier ministre et le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir. En fait, Le Caire ne compte pas moins de 33 000 bâtisses et administrations gouvernementales dans lesquelles œuvrent 2,3 millions de fonctionnaires. Un véritable empire anarchique. « Ces administrations sont fréquentées quotidiennement par des centaines de milliers de citoyens », a assuré Abdel-Azim Wazir, à l’issue de sa réunion avec le premier ministre.

Le complexe administratif de Tahrir est une véritable caserne. Ce bâtiment, construit sous Nasser sur le modèle soviétique, comprend les bureaux de 50 organismes gouvernementaux et ministères comme l’Intérieur, les Affaires sociales et les Affaires étrangères. 10 000 à 15 000 citoyens le fréquentent chaque jour. A quelques centaines de mètres seulement, sur la corniche du Nil, se dresse une autre administration pléthorique, le bâtiment de la Radiotélévision, véritable empire de 15 000 employés. La liste est longue, et dans un périmètre de quelques kilomètres carrés seulement, on note la présence des ministères de l’Intérieur et de la Santé, de l’Assemblée du peuple, du Conseil consultatif, du Conseil des ministres, ainsi que les principales banques du pays. En raison de cette forte concentration administrative, le centre-ville étouffe. Selon l’Organisme central de la mobilisation et des statistiques, 300 000 véhicules circulent quotidiennement dans le centre du Caire. La solution proposée par le gouvernement vise à alléger cette région de la capitale. L’idée n’est pas nouvelle. Elle a déjà été proposée maintes fois par le passé, sans jamais être mise à exécution. En effet, le problème avait été soulevé à plusieurs reprises au Parlement, mais la seule mesure prise fut l’interdiction d’installer de nouveaux services gouvernementaux à l’intérieur de la capitale. Selon Milad Hanna, urbaniste, cette idée remonte au début des années 1970, durant le règne du président Gamal Abdel-Nasser. A cette époque, l’Etat avait créé le quartier de Madinet Nasr, du nom du zaïm, pour y transférer les services gouvernementaux, « mais à la mort de Nasser, l’Etat n’a fait que vendre les terrains de ce quartier à des hommes d’affaires qui ont construit des bâtiments pour les revendre. Et le quartier s’est transformé en une banlieue de la capitale », explique Milad Hanna. Et d’ajouter que durant les années 1980, la même histoire s’est répétée. En effet, le gouvernement voulait transférer la plupart des services gouvernementaux dans la ville du 6 Octobre, un projet sans suite. L’obstacle n’est autre que financier. Le transfert des administrations gouvernementales hors de la capitale nécessiterait un gros pactole pour l’acquisition des terrains et des équipements, sans compter que ce transfert obligerait le gouvernement à fournir des moyens de transport aux citoyens, pense l’urbaniste Soha Hawas. Cette dernière estime à 5 milliards de L.E. le coût d’une telle opération. Pour le moment, les responsables gouvernementaux ne donnent pas de réponse claire et se contentent d’affirmer que le projet est en cours d’étude. Certains urbanistes proposent de transférer une partie seulement des administrations gouvernementales hors de la capitale, d’autant plus qu’il y a au centre-ville des rues qui contiennent trois ou quatre ministères. C’est l’avis de l’urbaniste Kamal Riyad. « Par exemple, la rue Qasr Al-Aïni, au centre-ville, comprend à elle seule trois grandes administrations les unes à côté des autres : le Parlement, le ministère de la Santé et le Conseil des ministres. Pourquoi ne pas transférer un de ces trois ministères pour que la circulation à cet endroit soit plus fluide ? », se demande Riyad. Moustapha Alameddine, responsable au gouvernorat du Caire, se montre optimiste. « Vu que le transfert des services nécessite une grande somme d’argent, le gouvernement va avoir recours à d’autres moyens qui facilitent sa mise en place. Par exemple, le gouvernement va dénombrer les ministères qui possèdent des terrains à l’intérieur de la capitale. Ces derniers seront vendus et la somme collectée sera utilisée pour financer la construction de nouveaux bâtiments dans les nouvelles villes », assure-t-il. Le projet paraît ambitieux, mais encore faudrait-il trouver les moyens de le mettre en application .

Marianne Youssef

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