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Hassan Bachandi est-il un martyr ?

Par Mohamed Salmawy
Nous savons parfaitement que l’occupation israélienne a conduit les Palestiniens à des niveaux de désespoir qu’on n’aurait pas pu imaginer. Désespoir tel qu’ils font si peu cas de la valeur de leur vie en se transformant en bombes humaines qu’ils font exploser avec colère contre l’oppression qu’ils endurent. Toutefois, il nous faudrait nous inquiéter de cet état de désespoir qui a envahi certains jeunes Egyptiens au point de fabriquer de leurs propres mains les bombes humaines qui vont les écarteler en mille morceaux.

L’histoire de Bachandi, âgé de 18 ans, vient de se clore. Selon les services de sécurité, il s’était fait exploser dans la rue Gawhar Al-Qaëd, en plein milieu du quartier d’Al-Azhar. Dans une rue bondée où touristes et citoyens égyptiens sont également présents. Nous dénonçons assurément cet acte irréfléchi commis par un jeune dont on a empoisonné l’esprit par des idées erronées. Acte dont les répercussions ne peuvent qu’être déplorables sur les vies humaines, l’économie du pays et la stabilité de la société. D’autant que cette manière d’agir ne fait qu’accentuer à l’étranger l’image d’un islam sanglant incitant ses fidèles au meurtre et à l’effusion de sang.

Certes, nous n’avons eu de cesse de condamner bien fort cet acte dans les médias. Mais cela suffit-il ? Ce genre de condamnation peut-il à lui seul éviter que ce genre de scénario désastreux ne se répète ?

La réponse est un non catégorique. Par notre condamnation, nous nous attaquons aux symptômes d’une crise sociale et non à ses racines profondes.

Hassan Raafat Ahmad Bachandi appartient à une tranche d’âge qui constitue plus de 60 % de la population égyptienne. C’est la tranche de la jeunesse égyptienne qui n’est pas encore productive du point de vue social à cause de l’âge, parce que ce sont, pour la plupart, de jeunes étudiants, ou à cause du chômage qui menace les plus âgés, ne leur laissant aucune latitude pour contribuer à la production nationale. D’ailleurs, les sociologues et les psychologues définissent cette tranche d’âge comme étant la période de la rébellion par excellence. Les sociétés en bonne santé sont celles qui arrivent à canaliser cette énorme énergie vers une action productive. On peut se demander : quel a été notre rôle à nous dans notre société pour profiter de l’énergie et de l’effervescence de la jeunesse ? Qu’avons-nous fait pour que ce trop-plein d’énergie ait ses répercussions sur les projets de société ? Surtout que les jeunes n’attendent que cela, réaliser leur rêve et construire leur avenir. Où sont ces projets gigantesques qui font les manchettes des journaux mais qui n’ont toujours pas façonné l’avenir des jeunes en proie au chômage et ayant perdu tout espoir en un avenir meilleur ?

Nos responsables savent-ils que le gouvernement israélien prend en charge la responsabilité de l’infrastructure pour toute colonie en construction ? Si Israël prétend que certaines colonies sont illégales, ce n’est pas à cause de leur construction sur des territoires occupés mais parce qu’elles n’ont pas au préalable acquis les permis nécessaires à la construction. Qu’en est-il de nous ? Nous entraînons nos jeunes dans l’enfer d’un désert aride sans que le gouvernement n’assume sa responsabilité. Où sont donc les projets de Tochka, de l’Est de Oweinat et autres ? On n’a pas cessé de nous répéter que Tochka sera en quelque sorte un nouveau Delta du sud. Où en est-on avec ce projet et pourquoi n’a-t-il pas assimilé les centaines de Hassan Bachandi ? Le chômage chez nous a atteint un stade dangereux menaçant la sécurité de la société et sa stabilité. Je me souviens encore des propos d’un ex-ministre des Finances sur une annonce publiée pour occuper 400 postes vacants de percepteurs d’impôts et d’instructeurs. Les jeunes qui s’étaient présentés étaient au nombre d’un million et demi.

Dans cet état des choses, il n’est pas surprenant d’écouter les détails malheureux sur les conditions de vie de la famille de Hassan Bachandi qui devaient inévitablement le faire basculer dans la criminalité et la vengeance. Ce jeune est issu d’une famille égyptienne qui n’a trouvé refuge que dans l’islam. Cet islam qui est un mélange du religieux et du séculier comme disent certains. Mais pour ce jeune homme, le côté dur de la religion a été la seule facette qui lui a été présentée. Une religion extrémiste et violente qui épouse la tendance de cette société cruelle et difficile contre laquelle Bachandi devait lutter en colère.

Le père de Hassan Bachandi était forgeron, de condition modeste, qui, pour arrondir ses fins de mois et subvenir aux besoins de sa famille constituée de 4 enfants et d’une fillette en bas âge, accomplissait d’autres petits travaux. Il avait trouvé la mort le jour du mariage de son fils aîné alors qu’il offrait du sirop aux invités. Hassan, son fils, qui suivait des études de polytechnique, avait pour argent de poche quotidien afin de se rendre à sa faculté et pour ses frais la somme modique d’une livre égyptienne (100 piastres) uniquement alors que le prix du ticket de métro est de 75 piastres. Cependant, l’état de Hassan Bachandi peut être considéré meilleur comparé à celui de beaucoup d’autres vivant dans des zones d’urbanisme informel dont nous ne parlerons pas.

Les gouvernements successifs ont contribué durant les dernières années à créer un environnement adéquat à l’extrémisme et au terrorisme d’une part et incitant au crime et à la déviation d’autre part. Le gouvernement a ouvert la voie aux groupes terroristes et à l’extrémisme. Il était donc facile d’attirer ces jeunes envahis par la colère et rejetés par la vie dans les méandres de l’extrémisme. Leur seul refuge étant dans les mosquées, s’ils avaient choisi de ne pas traîner sur les trottoirs. Ils n’ont pas trouvé de centres pour les jeunes où on peut les intéresser à des activités culturelles pouvant développer certains hobbies. Ils n’ont eu d’autre choix que la mosquée où certaines associations extrémistes n’ont fait que les projeter dans l’arriération, et ce, sans oublier la télévision et l’enseignement qui a atteint un niveau alarmant.

L’exemple de Hassan Bachandi nous a démontré que la lutte contre ces idées désastreuses ne peut se faire uniquement à travers les services de sécurité. Le rôle de ces derniers prend place après qu’un crime soit commis. Mais cela prouve que nous sommes déjà en retard. Pour affronter cet état de fait, il faut mettre en place une culture éclairée. La société a un rôle à jouer. Il faut créer deux associations culturelles face à chaque organisation religieuse. Sinon comment transmettre cette culture et ce savoir éclairé qui est l’unique ligne de défense face au salafisme, à l’arriération et au terrorisme ? Ceci doit se faire à travers les clubs sportifs et les centres de jeunesse qui se contentent actuellement de muscler les corps au lieu de « muscler » les esprits, laissant la tâche de développer les mentalités aux groupes extrémistes. Ou bien laisserons-nous nos jeunes en proie aux chaînes télévisées ?

Hassan Bachandi avait raison de refuser tout cela et de rechercher d’autres sources de savoir à travers l’ordinateur. Toutefois, il fait partie de la génération en proie à la pauvreté, au chômage et à la souffrance. Le savoir qu’il a acquis à travers cette nouvelle technologie était révélateur de ses conditions de vie. C’est pour cela que je suis en désaccord avec ceux qui pensent que Hassan Bachandi est un cas isolé. C’est le symptôme logique d’une maladie grave que nous devons confronter. En ce sens, Bachandi est effectivement un martyr de cette société en crise et dont il est victime avec beaucoup d’autres. Espérons que l’issue serait dans le processus de réforme constitutionnelle et politique auquel nous assistons aujourd’hui et qui constituera le début d’une nouvelle voie pour de nouvelles politiques qui seront notre salut à tous .

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