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Musique . A l’occasion du Festival pour le dialogue entre les cultures, Fiesta del mar, le groupe Gnawa Diffusion animera prochainement deux concerts.

Alliage culturel

C’est au cours de deux voyages à 9 et 15 ans dans le Sud-ouest algérien que Amazigh Kateb (fils de l’écrivain algérien Kateb Yacine) a fait la connaissance de la musique gnawa. Un genre de musique qui tire son nom du peuple de l’Empire de Guinée (empire regroupant autrefois le Soudan, le Mali, le Sénégal, et la Guinée). Déporté en Afrique du Nord au XVIe siècle par des seigneurs de Fès et d’Alger et converti à l’islam, ce peuple a conservé sa culture noire africaine.

Attiré par ces nouvelles sonorités, Amazigh Kateb, dont le nom signifie « homme libre » en berbère, donne libre cours à son imagination ainsi qu’à sa plume pour devenir auteur, compositeur et interprète du groupe Gnawa Diffusion qu’il a lui-même fondé en 1992. Ce groupe grenoblois a alors trouvé dans la musique un moyen d’expression libre qui s’étend au-delà des frontières. Il a surtout recours à des ingrédients inédits : s’élever contre le silence du monde vis-à-vis de la situation tragique en Algérie, contre les dérives de la politique américaine, contre la pollution et la surconsommation. Ces deux derniers éléments ont d’ailleurs été dénoncés avec ferveur à travers le dernier album Souk System. La jaquette de l’album représente Amazigh Kateb à dos d’âne, un animal qui ne pollue pas l’atmosphère. Les chansons sont en arabe, anglais ou français, sur des mélodies où fusionnent chaâbi algérois, transe, gnawa et hip-hop, mêlées de joie et de mélancolie.

En outre, le chant est de structure cyclique dans le sens où une phrase chantée par le soliste alterne avec une autre interprétée par la chorale et ainsi de suite. Les instruments utilisés témoignent à leur tour d’une cohabitation harmonieuse entre traditions et modernité : basse guitare, batterie, clavier, crotales ou karkab (castagnettes en métal) et tabla (tambour) sont présents. Fusion des genres et métissage culturel se font ainsi sentir

Lamiaa Al-Sadaty
3 QUESTIONS A
Ahmad Al-Maghrabi, fondateur du Centre égyptien d’art et de culture et directeur artistique du Festival Fiesta del mar.

Al-Ahram Hebdo : L’Unité dans la diversité est le slogan de la manifestation Farah al-bahr (Fiesta del mar) organisée le 20 mars dernier à Alexandrie pour l’inauguration de la fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh. Dans quelle mesure êtes-vous resté fidèle au slogan ?

Ahmad Al-Maghrabi : Il s’agit d’une fondation internationale qui s’intéresse aux domaines de la culture et de l’enseignement. A l’occasion de son inauguration, des groupes de Hongrie, d’Algérie, d’Italie, de France, de Suède, du Soudan et d’Egypte ont été invités. Nous avons rompu avec l’idée traditionnelle de faire appel aux stars. Et avons préféré inviter des groupes à succès de par le monde, qui ne sont pas commerciaux pour autant. Ces groupes cherchent à collaborer avec d’autres, ayant d’autres cultures. Par exemple, un groupe égyptien chantera avec d’autres en provenance d’Italie et du Soudan. Un groupe de Suède se produira en duo avec un autre allemand. Enfin, on découvre que tous ont un langage commun, en dépit des nationalités différentes.

— En quoi consiste l’activité du Centre égyptien d’art et de culture, fondé en 2003 ?

— Nous travaillons sur trois plans parallèles. Le premier consiste à enregistrer toute sorte d’art folklorique ou populaire à travers les moyens techniques audiovisuels de peur que cet héritage ne se perde sous l’effet de la globalisation. Le deuxième consiste à présenter cet héritage artistique au public loin des clichés propagés par les médias de masse. Nous essayons d’établir un vrai lien entre artistes et public. Pas de coulisses, pas de porte d’entrée réservée aux artistes et pendant l’entracte, le public est invité à boire un thé ou un café avec les interprètes. Le troisième plan est une résultante des deux autres, il consiste à présenter le folklore sous une forme nouvelle, à travers le remix, le métissage des genres, ou autres.

— Plusieurs centres d’art et de culture ont été créés ces derniers temps. Qu’est-ce qui distingue le vôtre ?

— L’inconvénient qu’a le Centre égyptien d’art et de culture est aussi un avantage : le peu de moyens dont on dispose. Cela dit, on est obligé d’être très sélectif quant à nos présentations artistiques. Le souci du choix nous fait parfois perdre de bons éléments, mais quand même nous ne sommes pas comme ces centres « riches » qui ouvrent leurs portes à tous ceux qui sont désireux de présenter leur art. Ceci encourage les nouveaux talents mais peut affecter la qualité et le niveau artistique présentés.

Lamiaa Al-Sadaty

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