|
Exposition.
La Nubie est à l’honneur, pour presque un mois,
à la Bibliothèque des livres rares et de collections
spéciales, ainsi qu’à la galerie Sony, les deux
dépendant de l’Université américaine du Caire (AUC).
|
| La
Nubie, lieu de mémoire |
Une
collection extraordinaire qui offre des connaissances
sans précédent sur une terre qui reste une sorte
d’héritage du passé. En fait, il s’agit d’une
double exposition : l’une à la Bibliothèque des
livres rares et de collections spéciales de l’AUC,
et l’autre à la galerie Sony pour la photographie.
La manifestation, qui dure jusqu’au 3 mars prochain,
a pour titre Nubia Before the Flood (La Nubie
avant l’inondation). Elle célèbre le travail des
artistes, des archéologues et des ethnologues
qui ont documenté la Nubie (la frontière méridionale
de l’Egypte au temps des pharaons) au cours de
diverses périodes de l’histoire récente.
Vers
la fin des années 1950, un sentiment d’urgence
envahit les esprits : une communauté allait être
dispersée. Mais profondément concernés, des historiens,
des archéologues, des architectes, des anthropologues,
des peintres et des réalisateurs de films documentaires
se sont rendu compte que cette terre évocatrice
de la Nubie qu’ils ont connue et aimée était au
bord d’une mort imminente par la noyade. Ce serait
le premier prix à payer après la construction
du Haut-Barrage d’Assouan. C’est ce travail de
mémoire que nous présente la double exposition.
Les
objets exposés comprennent un groupe impressionnant
de matériaux variés qui appartiennent, pour la
plupart, à la collection importante de The Rare
Books and Special Collections Library (Bibliothèque
des livres et des collections rares). Il s’agit
de bon nombre de schémas, de gouaches, de plans
et de photographies des maisons nubiennes documentés
par Hassan Fathi (1900-1989), l’un des architectes
égyptiens les plus importants de sa génération
et les plus connus en Europe. Ceci en plus des
copies de David Roberts, des illustrations de
La Description de l’Egypte, et des portraits de
Nubiens et des photos des monuments de la Nubie
prises par Creswell et des esquisses de Margo
Veillon. Les anciennes cartes et les récits de
voyage de la Nubie rassemblés de la collection
de la bibliothèque des livres rares et de collections
spéciales sont en étalage, aussi bien que des
articles d’artisanat et des textiles, empruntés
du musée de la Nubie à Assouan.
Le
photographe suisse George Gerster opérait dans
la Nubie égyptienne. Il a également photographié
au Nord-Soudan, accompagnant Robert Fernea et
Margo Veillon pendant une expédition de six semaines
qui a couvert la longueur de Nubie soudanaise.
Les images de Veillon, cette peintre austro-suisse
et photographe qui a vécu la majeure partie de
sa vie en Egypte, sont exposées à la Bibliothèque
des livres rares. Les photographies de Veillon
vont des portraits merveilleux aux études aiguës
des façades et des intérieurs des maisons traditionnelles.
Veillon enregistre dans ses notes extraordinaires
des impressions profondes sur la beauté des femmes
nubiennes, l’arrangement impressionnant de leurs
bijoux, et leurs visages avec des épaisses boucles
d’oreilles.
|
Le
trésor d’Abdel-Fattah Eid
|
Quant
à la galerie Sony, elle présente les photographies
en noir et blanc prises au début des années 1960
par Abdel-Fattah Eid en tant que partie d’un projet
pour documenter la culture nubienne avant que la
vallée ne soit submergée par les eaux du lac Nasser.
Lors de la célébration du cinquantième anniversaire
du Centre des recherches sociales (SRC), en 2004,
750 photographies d’Abdel-Fattah Eid ont été révélées.
Soixante et une d’entre elles sont maintenant exposées
à la galerie Sony pour la photographie.
L’idée
de cette exposition s’est présentée de manière quasi
fortuite. L’Unesco avait un projet pionnier d’informatisation
qui visait à rassembler et enregistrer toutes les
informations et les documents connus concernant
la Nubie. L’organisation internationale œuvre en
fait à créer un site Web sur la Nubie qui va être
lancé prochainement. Dans ce but, quelques membres
de l’Unesco ont visité, il y a un an et demi, The
Rare Books and Special Collections Library de l’AUC.
Ils étaient convaincus que les archives de Hassan
Fathi se trouvant dans cette bibliothèque comprenaient
« quelques » photographies concernant la Nubie.
Une grande partie de ces archives n’ont jamais été
complètement cataloguées par manque de fonds.
La
direction de la Bibliothèque a été surprise de découvrir
que les archives de Hassan Fathi contenaient non
seulement « quelques », mais des centaines de photographies
sur la Nubie. Personne ne se rendait compte de cette
richesse de matériel, puisque les photographies
ne figuraient pas comme collection séparée ; elles
ont été retrouvées parmi les schémas, les plans
d’étage, les cartes, les détails décoratifs, les
noms des familles et les informations sur les bâtisseurs
particuliers de chaque maison nubienne documentée
par Hassan Fathi ... Toute cette documentation a
été effectuée après un rendez-vous de Hassan Fathi
avec le ministre de la Culture de l’époque, Sarwat
Okacha, pour mener une équipe de jeunes disciples,
artistes, et peintres égyptiens en Nubie après la
décision de construire le Haut-Barrage d’Assouan,
afin de créer des archives d’Etat sur cette région.
|
| Amira
Samir |
|
|
La
Nubie de Margo Veillon Cette terre disparue revit
dans les images d’une magnifique peintre et photographe.
|
|
A l’heure de cette
magnifique exposition sur cette Nubie que l’on dit
disparue sous les flots après la construction du
Haut-Barrage, un bel ouvrage constituera un complément
agréable de lecture et un souvenir. Il s’agit de
Nubia, Sketches, Notes and Photographs (La Nubie,
sketches, notes et photographies), de Margo Veillon,
publié par les presses de l’Université américaine
(AUC). D’ailleurs, ces œuvres nubiennes de cette
célèbre peintre de père suisse et de mère autrichienne,
mais que l’on qualifierait d’Egyptienne, figurent
parmi les références essentielles sur la Nubie.
Veillon, née au Caire en 1907 et décédée en 2003,
était toujours fascinée par le caractère vibrant
et la vie tout en couleurs des Nubiens. En compagnie
d’amis et d’autres artistes, elle a fait depuis
les années 1930 de nombreuses visites dans cette
région pour capter, à travers ses dessins, ses sketches
et ses peintures un mode de vie à présent disparu.
Le livre est un
récit de ses voyages. Elle y retrace les mouvements
et les couleurs de la vie des gens ordinaires avec
une incomparable richesse et sensibilité. Le Nil
est son leitmotiv, celui qui a bercé et baigné cette
terre. Les sketches et photos sont l’expression
de l’impact profond que ce monde a eu sur elle.
Dans ces mémoires
d’un caractère tout à fait original puisque le pinceau,
la photo sont avec de brèves paroles des plus éloquentes
l’expression d’un univers aimé et bien compris,
on ne peut qu’être conquis par cette Nubie dont
une grande partie a disparu. Photos et sketches
d’une personne publiées face à face montrent les
techniques différentes et parfois semblables de
chaque art, parce que la photo chez Veillon n’est
pas une simple copie de la réalité. On ne saurait
qu’être admiratif face à toute cette douceur qui
émane des deux images pour se poser cette question
éternelle sur les rapports entre l’artiste et son
sujet. Œuvre de création quasiment, mais aussi d’un
rapport très riche et très mystérieux. Surtout qu’il
s’agit de modèles pris dans leur contexte réel.
Avec des pages faites tour à tour de dessins, de
photos, d’écriture, on semble être parfois dans
un musée, d’autres fois au cœur de la vie nubienne,
et aussi dans cet univers autonome de fantaisie
qu’est l’art.
Jamais livre n’aura
été aussi beau dans ce sens de découverte d’une
terre et de ce rapport entre l’imaginaire et le
réel. Imaginaire parce que la terre n’est plus,
réel parce qu’elle a existé et continue d’exister
sous le regard d’un être tout aussi éphémère, parce
qu’humain, l’artiste.
|
Ahmed
Loutfi |
|