La condamnation
d’Aymane Nour a fait beaucoup de bruit sur la scène
politique égyptienne. La presse arabe et égyptienne
n’a pas hésité à parler de « vengeance », de « jugement
inéquitable », d’« atteinte aux droits de l’homme »,
de « scandale ». Tous les termes les plus forts étaient
permis à l’issue du procès de Nour pour falsification
de documents officiels. « Ce verdict est un obstacle
sur le chemin du processus de démocratisation de l’Egypte
», « Le procès de Nour est purement criminel », « Le
scénario américain de Saadeddine Ibrahim se répète avec
Aymane Nour », « Mystère autour de l’avenir d’Al-Ghad
après la condamnation de Nour », « La condamnation de
Nour : un jugement très violent », a notamment titré
la presse. « Le régime se venge de Nour en le condamnant
à cinq ans de prison », a titré en une et en rouge l’hebdomadaire
nassérien Al-Arabi.
Dans son
éditorial du quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom,
Magdi Mehanna compare même la condamnation d’Aymane
Nour à celle de Saadeddine Ibrahim, condamné en 2001
à sept ans de prison. Sa condamnation avait suscité
la protestation des pays occidentaux, avant d’être cassée
en appel.
« Le gouvernement
égyptien n’avait nullement besoin de tout cela, de ce
problème qui s’appelle Nour ... le résultat sera plus
de pressions et le procès se transformera — si ce n’est
pas déjà fait — en procès des libertés et des droits
de l’homme », ajoute Mehanna. Mais s’agit-il uniquement
de falsification de documents officiels ? « Non », affirme
Mehanna, qui ajoute que « Nour paye le prix de son opposition
virulente au régime et ses grandes ambitions politiques.
Comment ce petit Nour ose-t-il concurrencer Moubarak,
ou encore promettre la défaite à son fils Gamal aux
prochaines élections présidentielles ? ».
Sous le
titre « Les plumes et les jugements », Abdallah Kamal
s’interroge, dans son éditorial de Rose Al-Youssef :
« L’indépendance de la justice s’obtient-elle par petits
bouts, et selon l’humeur de certains ? N’oublions pas
qu’il n’existe aucune relation entre la cour de justice
d’une part et la politique d’autre part. Les jugements
émanent directement de la loi ».
Certains
commentateurs mettent en avant la politique de deux
poids deux mesures de la justice.
Mais que
va devenir Aymane Nour ? Disparaîtra-t-il de la vie
politique ? Mohamad Al-Chébh répond dans le quotidien
Nahdet Misr : « Je crois que la prison pour une personne
comme Nour le transformera en héros populaire. (...)
Les Egyptiens oublieront tout, il ne restera que les
sentiments envers un homme incarcéré qui faisait un
jour la une des journaux (...). Nous sommes pour une
justice juste, mais contre les deux poids deux mesures
». Même les plus forcenés des opposants à Nour s’interrogent
dans Nahdet Misr : « Pourquoi ne mettons-nous pas les
autres corrompus de la vie politique derrière les barreaux
? Pourquoi l’Etat ne juge-t-il pas tous ceux qui sont
coupables de fraudes lors des élections et qui ont pratiqué
la violence et la baltaga, et ont ainsi déformé le processus
démocratique en Egypte ? Ces crimes ne sont-ils pas
bien plus graves que ceux commis par le chef du parti
Al-Ghad ? ».
L’hebdomadaire
Al-Osboue, qui consacre une page entière au jugement
de Nour, met l’accent sur les réactions : « Protestations
intérieures et extérieures contre l’incarcération de
Nour ». Et Al-Osboue n’hésite pas à parler de « fin
dramatique pour le procès de Nour ». « Beaucoup d’énigmes
dans le procès de Nour resteront sans réponses, même
après le verdict », ajoute Al-Osboue.
Dans la
presse arabe, le quotidien paraissant à Londres Al-Hayat
affirme que « la justice égyptienne punit Aymane Nour
en le condamnant à cinq ans de prison ». Alors que le
quotidien saoudien Al-Charq Al-Awsat annonce sur un
ton ironique que « la séance a duré cinq minutes, et
l’annonce du jugement deux minutes. (...) De leur côté,
les Etats-Unis durcissent le ton en se disant préoccupés
et inquiets »