| Le
conflit au Darfour (ouest du Soudan) commence à prendre des
proportions de plus en plus grandes en s’étendant aux frontières
et en menaçant la stabilité régionale. Alors que l’Union Africaine
(UA) peine à trouver une issue à cette crise intersoudanaise,
elle se trouve accablée d’un nouveau foyer de tension, cette
fois entre le Soudan et le Tchad voisin. L’UA a ainsi envoyé
cette semaine une délégation au Tchad et au Soudan dans le but
de chercher à désamorcer les tensions entre les deux voisins,
alors que N’Djamena accuse Khartoum de chercher à déstabiliser
son gouvernement.
La
délégation, qui s’est d’abord rendue à N’Djamena puis à Khartoum,
doit « essayer de normaliser les relations entre elles », a
précisé Assane Ba, porte-parole du Conseil de Paix et de Sécurité
(CPS) de l’organisation panafricaine. La délégation est conduite
par Baba Gana Kingibe, le représentant spécial de l’UA au Soudan,
a-t-il précisé, sans être en mesure de donner de plus amples
détails sur les échanges, la délégation n’ayant pas encore fait
de rapport sur ces contacts. Assane Ba n’a pas donné non plus
d’indications sur le contenu du message que M. Kingibe apportait
aux deux pays, mais a concédé que l’UA avait un intérêt crucial
à prévenir une guerre dans la zone. Elle a déployé des milliers
de soldats de sa force de paix au Darfour, une région en proie
à la guerre civile située sur la frontière entre le Tchad et
le Soudan.
N’Djamena
reproche à Khartoum de donner refuge à des rebelles tchadiens
et le Soudan accuse le Tchad de mener des opérations militaires
en franchissant la frontière. Plusieurs nouveaux groupes rebelles
se sont constitués récemment dans l’Est du Tchad, une région
où se sont massés quelque 200 000 réfugiés soudanais ayant fui
la guerre civile qui déchire depuis février 2003 la province
soudanaise du Darfour.
En
fait, la tension s’est aggravée la semaine dernière, au point
que le gouvernement tchadien s’est dit vendredi dernier en état
de belligérance avec le Soudan voisin, qu’il rend responsable
de l’attaque rebelle de la localité tchadienne d’Adré (Est)
le 18 décembre, tandis que Khartoum a rejeté toute escalade
et démenti son implication. « Le Tchad est aujourd’hui en état
de belligérance avec le Soudan. Les amis du Tchad doivent le
soutenir par tous les moyens dans cette épreuve », avait déclaré
plus tôt le porte-parole du gouvernement tchadien, Hourmadji
Moussa Doumgor.
Côté
soudanais, on prône le calme. Se refusant à tout commentaire
aux déclarations des responsables tchadiens, le porte-parole
du ministère soudanais des Affaires étrangères, Jamal Mohammed
Ibrahim, s’est contenté de déclarer : « Nous ne sommes pas pour
une quelconque escalade avec le Tchad. Nous démentons tout engagement
dans les affaires internes tchadiennes ».
Malgré
cette position soudanaise, la mission de l’UA s’annonce difficile
tant la position tchadienne est intransigeante. « Le gouvernement
du Tchad pense qu’il ne faut pas s’arrêter aux condamnations
de principe, mais désigner nommément l’ennemi du Tchad, le président
(soudanais) Omar Al-Béchir, et en tirer les conséquences qui
s’imposent afin que la paix et la quiétude reviennent au Tchad
et également dans le Darfour », a indiqué le porte-parole du
gouvernement tchadien. Tout en ajoutant que le Tchad attend
que l’Union africaine, la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire
de l’Afrique Centrale, dont le Tchad est membre) et la Cen-Sad
(Communauté des Etats sahélo-sahariens, dont le Tchad et le
Soudan sont membres), « prennent clairement position en condamnant
sans équivoque le gouvernement soudanais ».
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