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Iran . Après l'échec du dernier round de discussions irano-européennes, Téhéran durcit sa position en refusant une offre russe considérée comme l'unique bouée de sauvetage.

Téhéran joue serré

Iraniens et Européens poursuivront leurs pourparlers le 18 janvier prochain à Vienne en vue d'une reprise des négociations formelles interrompues en août sur les ambitions nucléaires de Téhéran. Mais cette prochaine rencontre s'annonce aussi difficile que les précédentes et l'impasse semble, pour l'heure du moins, totale. En effet, le premier contact depuis la rupture des négociations qui a eu lieu entre l'Iran et l'Union Européenne (UE) la semaine dernière s'est soldé par un échec. Quelques jours plus tard, Téhéran a rejeté catégoriquement une proposition russe de procéder en Russie aux opérations d'enrichissement d'uranium iranien. L'Iran affirme ainsi accepter les seules propositions reconnaissant son droit à faire de l'enrichissement sur son propre sol. « Si on reconnaît notre droit, nous l'acceptons, mais si on ne reconnaît pas notre droit nous refuserons toute proposition », a affirmé le ministère iranien des Affaires étrangères. Samedi, un religieux conservateur iranien, Ahmad Khatami, a affirmé que ses compatriotes défendraient leur droit à la technologie nucléaire « jusqu'à la dernière goutte de sang ». « Les Occidentaux devraient savoir que pendant les huit ans de la guerre qui nous a été imposée (la guerre Iran-Iraq 1980-1988) nous n'avons pas renoncé à un seul bout de notre terre. Ce sera la même chose en ce qui concerne l'énergie nucléaire », a déclaré Ahmad Khatami.

Moscou avait de son côté réitéré cette proposition la présentant comme l'ultime issue pour parer au pire. « Cette proposition constitue l'apport de la Russie à la recherche d'une solution acceptable par tous dans le contexte de règlement de la situation par des méthodes politiques et diplomatiques », affirmait le ministère russe, dont le pays, principal soutien de la République islamique, essaie de jouer le médiateur.

Ce plan, présenté par les Russes et endossé par les Européens avec l'accord des Américains, offrirait aux Iraniens de mener en Russie les activités d'enrichissement d'uranium qui produisent le combustible pour les centrales civiles mais peuvent aussi fournir la charge explosive d'armes nucléaires. La partie préalable du cycle de production du combustible pour les futures centrales iraniennes (la conversion d'uranium) resterait ainsi en Iran. Mais la phase la plus sensible, l'enrichissement, se déroulerait en dehors du pays. Cela constitue pour une grande part de la communauté internationale la garantie la plus probante, après 18 années de dissimulation de la part de la République islamique, qu'elle ne fabriquera pas l'arme nucléaire.


Manœuvre difficile

Reste donc l'ultime chance, celle des prochains pourparlers. Mais les responsables iraniens se sont refusé à confirmer la date du 18 janvier évoquée pour la reprise des négociations entre l'Iran et la Troïka européenne (France, Allemagne, Grande-Bretagne). Alors que l'Occident part du principe que vers la fin du mois de janvier il sera manifeste que « les efforts diplomatiques actuels seront totalement épuisés ». En cas d'échec du futur round, l'UE a menacé de soumettre le dossier iranien au Conseil de sécurité de l'Onu pour obtenir des sanctions éventuelles contre l'Iran, si ce pays ne coopère pas totalement avec l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) et ne renonce pas à ses activités d'enrichissement d'uranium.

Selon les analystes, l'échec des négociations de mercredi dernier était dû aux intentions prêtées à Téhéran de mettre au point l'arme atomique. « Les divergences entre l'Occident et l'Iran sont tellement grandes qu'il n'est pas clair comment on pourra parvenir à un compromis », a ajouté un diplomate européen. Lors des discussions, l'Iran a réaffirmé de manière constante le droit à l'enrichissement qui lui est donné, selon Téhéran, par le Traité de non-prolifération nucléaire tandis que l'Occident y est opposé, craignant que la République islamique n'utilise l'uranium enrichi pour mettre au point une bombe atomique. « Les positions ne sont pas les mêmes », ont reconnu les deux délégations à l'issue des discussions. En contrepartie d'un renoncement à l'enrichissement, suspendu par l'Iran en 2003, l'UE-3 propose à Téhéran des avantages économiques et des garanties de sécurité.

Jusqu'à présent, l'Occident hésite à transmettre le dossier du nucléaire iranien au Conseil de sécurité parce qu'il veut convaincre la Russie de soutenir une telle initiative. Moscou construit la première centrale nucléaire iranienne à Bouchehr et affirme qu'il n'existe aucune preuve que l'Iran cherche à se doter de l'arme nucléaire.

Selon les experts, les pays occidentaux sont toutefois à même d'agir sans le Conseil de sécurité « en exerçant par exemple une pression économique collective sur Téhéran », comme l'ont déjà proposé les Etats-Unis.

Pour François Heisbourg, ancien expert en non-prolifération du ministère français des Affaires étrangères, les récents commentaires outranciers sur Israël du président ultraconservateur iranien, Mahmoud Ahmadinejad, ont réduit la marge de manœuvre des discussions. « Je crois que la délégation iranienne aux pourparlers de Vienne devrait se garder de ne pas rompre avec les Européens car les déclarations un peu folles de M. Ahmadinejad ont rendu la situation très fragile », a-t-il ajouté.

Maha Al-Cherbini
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3 QUESTIONS À
Dr Mustafa El-Labbad, rédacteur en chef de la revue trimestrielle Sharq Nameh, spécialisée dans les affaires de l'Iran, de la Turquie et de l'Asie centrale.

Al-Ahram Hebdo : Quelles sont vos prévisions quant aux prochaines discussions irano-européennes sur le dossier nucléaire iranien ?

Le Dr Mustafa El-Labbad : Pour le moment, la situation reste ouverte à tous les scénarios : il reste encore 3 semaines et toute surprise pourrait bien bouleverser le cours des choses. Mais je pense que le nouveau round de discussions prévu le 18 janvier va échouer car l'Iran n'a pas l'intention de céder d'un iota quant à ses ambitions nucléaires.

Du point de vue juridique, Téhéran n'a pas enfreint le Traité de non-prolifération nucléaire qu'il a signé, il a donc le droit d'enrichir l'uranium à des fins pacifiques et si l'Occident ou les Etats-Unis l'accusent de détourner l'usage de l'uranium à des fins militaires, ils doivent en avancer des preuves. En cas d'échec de ce round de pourparlers, le dossier nucléaire iranien pourrait bien être transféré au Conseil des gouverneurs de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) qui doit se réunir mi-février. Or, même si le Conseil des gouverneurs décide le renvoi de ce dossier au Conseil de sécurité, ceci n'implique pas forcément l'imposition de sanctions, il pourrait bien aboutir à une simple dénonciation ou à la fixation d'un ultimatum.

— En cas d'échec des pourparlers, une action militaire ou des sanctions économiques contre l'Iran sont-elles envisageables ?

— Si une telle ou telle hypothèse se réalise, la situation va empirer. En cas d'une action militaire, l'Iran va riposter, ce qui engendrera une guerre sans merci. Quant à l'option de sanctions économiques, elles vont avant tout porter atteinte aux intérêts de l'Europe en Iran et vont engendrer une hausse du prix du pétrole, car l'Iran est le deuxième exportateur du pétrole au sein de l'Opep. Personnellement, je ne pense pas que ces deux hypothèses sont réalisables car, outre la Russie, la Chine va s'opposer à de telles sanctions pour ne pas nuire à ses propres intérêts, surtout qu'elle compte fort sur l'importation du pétrole de l'Iran et des pays du Golfe. En 2020, les importations du pétrole de la Chine auront augmenté de 130 %.

— Outre le dossier nucléaire, quelles conséquences peut avoir la présidence de Mahmoud Ahmadinejad sur les relations avec l'Occident et sur le mouvement réformateur au sein de la société iranienne ?

— Pour ce qui est des relations entre l'Iran et l'Occident, je pense qu'elles vont revenir à la phase de l'avant-Khatami. L'Allemagne, par exemple, vient d'annoncer qu'elle n'est pas favorable à une visite d'Ahmadinejad sur son sol. En fait, Ahmadinejad ne choisit pas ses mots, il utilise des termes révolus qui n'ont plus de place dans le monde d'aujourd'hui, ce qui met son pays dans une situation embarrassante sur la scène internationale.

Sur le plan interne, il n'y a presque plus de courant réformateur en Iran. Aujourd'hui, les déclarations des réformateurs s'apparentent fort à celles des conservateurs. Khatami vient d'utiliser les mots des conservateurs en parlant du nucléaire, affirmant que son pays est prêt à tout sacrifier pour sauvegarder son droit à l'enrichissement de l'uranium. En fait, les réformateurs n'ont jamais disposé de force institutionnelle puisque le Parlement iranien et le Conseil du discernement de la République ont toujours été dominés par des conservateurs.

Maha Al-Chérbini
 

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