Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Hamas et les élections palestiniennes
Mohamed Khaled Al-Azaar
Ecrivain palestinien

Depuis que le Hamas a renoncé au boycott du régime palestinien avec ses deux composantes, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et l’Autorité, les réactions palestiniennes régionales et internationales sont pléthoriques.

Le Hamas appartient aux forces politiques qui ont la religion pour référence. Par conséquent, la majorité des personnes concernées par le déroulement du processus politique palestinien étaient réconfortées par le fait qu’il resterait loin d’un régime auquel il s’oppose radicalement sur le plan idéologique aussi bien que sur le plan des objectifs et des alliances intérieures et extérieures. D’autres personnes sont allées plus loin, croyant que le Hamas avec sa nature confessionnelle dogmatique ne prendrait jamais l’initiative de s’intégrer dans une autorité d’autonomie se basant sur les accords d’Oslo et ses dérivés, qu’il refuse catégoriquement, et croyant aussi qu’il n’adopterait jamais la doctrine de cette autorité basée sur les négociations et la recherche des compromis avec « l’ennemi sioniste et son entité politique, Israël ».

Mais ces gens n’ont pas prêté attention au pragmatisme du Hamas et à son dynamisme dans la lecture des données et des changements qui l’entourent. Le Hamas avait déjà négocié avec le Fatah, parti de l’Autorité palestinienne, l’adhésion à l’OLP à condition d’obtenir 40 % des sièges du Conseil national. Le fait qui dévoile son adaptation au système des quotas auxquels sont habitués le Fatah et les autres factions. De plus, le Hamas a, plusieurs fois, déclaré qu’il n’avait aucune hostilité envers les directions de l’OLP ou de l’Autorité, confirmant qu’il s’opposait seulement à leur exagération à négocier des droits palestiniens évidents. Lorsque Arafat est mort, le Hamas a déclaré qu’il était un nationaliste honnête et l’a considéré comme un martyr.

De toute façon, les personnes concernées par la cause palestinienne ne s’attendaient pas à la décision stratégique du Hamas. Ceci s’est clairement révélé dans la confusion de leurs politiques et de leurs positions au cours de l’année autour de la manière d’accueillir cette organisation islamiste, munie de la légitimité électorale, au sein de l’Autorité et à proximité des centres de formulation de la politique palestinienne.

Le Fatah a pris l’habitude d’avoir la main haute dans la prise des décisions palestiniennes, il peut assumer les futilités des forces mineures. Mais, il n’est pas disposé à traiter avec un rival qui lui est égal et qui est qualifié pour un véritable partenariat. Cependant, cette nouveauté était profitable pour le Fatah, car elle l’a obligé à bouger, à reconsidérer ses positions et à réformer son infrastructure pour montrer ce qu’il a de mieux dans la course électorale. Mais, remédier aux aspects négatifs qui se sont accumulés au cours des décennies a besoin d’une période plus grande que les quelques jours qui restent avant la date des élections prévues pour le 25 janvier prochain. On peut donc s’attendre à ce que le Fatah, ou du moins ceux qui cherchent à réaliser cet objectif au sein du mouvement, tente de gagner du temps en ajournant les élections.

Cette situation est étrange car elle démontre le renversement des positions entre le Fatah et le Hamas. En effet, le mouvement islamiste a abandonné le groupe des boycotteurs de l’Autorité et de ses élections pour rejoindre ceux qui s’impatientent de passer le test des consultations. Quant au parti de l’Autorité, il tente d’entraver cette mesure en suscitant des crises et en cherchant des excuses ou des prétextes. Si le Fatah et l’Autorité palestinienne ont favorablement accueilli la participation du Hamas aux élections, ceci s’inscrit dans le cadre de l’hypocrisie politique. S’ils s’y étaient opposés, cela aurait été interprété comme une position antidémocratique infirmant la volonté de l’Autorité d’effectuer une véritable réforme et l’exposant au soupçon de l’implication avec Israël. Ceci d’autant plus que l’Etat hébreu s’est empressé de s’opposer à l’entrée du Hamas dans le processus électoral. Le Fatah n’avait aucun intérêt à se mettre dans une telle situation.

Si Israël a prématurément annoncé son refus de la mesure prise par le Hamas, les partenaires américains et européens se sont montrés hésitants. Mais, ils se sont alignés sur la politique israélienne au lendemain de la déclaration des résultats de la quatrième et dernière étape des élections municipales dans certaines villes de la Cisjordanie. En effet, ils ont réalisé que la popularité du Hamas avait pris le dessus sur celle du Fatah, non seulement dans les bastions traditionnels du Hamas, mais aussi dans d’autres régions. Cette réalité prédit ce qui attend les deux mouvements aux cours des prochaines élections parlementaires. En effet, le Hamas pourrait former une grande partie du nouveau gouvernement palestinien. Chose dont les différents acteurs ne sont pas disposés à assumer les répercussions dans le contexte du conflit palestino-israélien.

C’est certainement cette éventualité qui a poussé les Etats-Unis et les Européens à menacer d’interrompre les aides versées à l’Autorité palestinienne si le Hamas participe aux élections avant de renoncer ouvertement à son refus de reconnaître Israël et à la lutte armée. Ce sont là des conditions draconiennes. Le Hamas ne peut y répondre sans sacrifier sa crédibilité idéologique politique. Quelle différence y aura-t-il alors entre Hamas et le parti de l’Autorité s’il répond à cette demande ?

Une telle menace est à même de placer l’Autorité palestinienne et son président, Mahmoud Abbass, dans un grand embarras, alors qu’il confère davantage de crédibilité au discours du Hamas et de l’opposition. Ces derniers peuvent prétendre que la direction officielle, c’est-à-dire la direction du Fatah, est soumise à des chantages de la part de ceux qui se qualifient comme intermédiaires dans le processus de règlement. Dévoiler les pressions financières subies par la partie palestinienne est tout à fait possible. Mais, ceci ne poussera pas les parties donatrices à changer de position.

Bref, il est difficile de prévoir la manière de remédier à l’opposition israélo-euro-américaine à l’adhésion du Hamas à l’Autorité palestinienne à travers la légitimité des urnes. Si la crise interne du Fatah persiste, en plus de cette opposition extérieure, il est tout à fait possible que les élections soient ajournées. Si ceci se produit, la coalition s’opposant à la légitimité électorale du Hamas pourrait exercer de fortes pressions sur l’Autorité palestinienne dans l’objectif d’entamer une initiative politique et juridique, voire même militaire, contre ce mouvement.

Dans un cas pareil, le Hamas pourra gagner une plus grande popularité auprès de l’opinion publique palestinienne, mais aussi arabe et islamique vu qu’il était et qu’il est toujours écarté et refusé, qu’il participe ou non au processus politique. L’écarter entièrement ou essayer de l’isoler populairement serait un échec. Ce mouvement a des racines ancrées dans la culture confessionnelle et dans la politique de lutte palestinienne. Pour faire face à la popularité croissante de ce mouvement, il est impératif de lui permettre de s’intégrer dans le processus politique, de prendre des mesures sérieuses pour un règlement pacifique de la cause palestinienne et enfin de mettre un terme à la politique israélienne et américaine de dicter leurs décisions contre l’Autorité palestinienne.

Haut de page
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631