Depuis que le Hamas a renoncé
au boycott du régime palestinien avec ses deux
composantes, l’Organisation de Libération de la
Palestine (OLP) et l’Autorité, les réactions palestiniennes
régionales et internationales sont pléthoriques.
Le Hamas appartient aux forces
politiques qui ont la religion pour référence.
Par conséquent, la majorité des personnes concernées
par le déroulement du processus politique palestinien
étaient réconfortées par le fait qu’il resterait
loin d’un régime auquel il s’oppose radicalement
sur le plan idéologique aussi bien que sur le
plan des objectifs et des alliances intérieures
et extérieures. D’autres personnes sont allées
plus loin, croyant que le Hamas avec sa nature
confessionnelle dogmatique ne prendrait jamais
l’initiative de s’intégrer dans une autorité d’autonomie
se basant sur les accords d’Oslo et ses dérivés,
qu’il refuse catégoriquement, et croyant aussi
qu’il n’adopterait jamais la doctrine de cette
autorité basée sur les négociations et la recherche
des compromis avec « l’ennemi sioniste et son
entité politique, Israël ».
Mais ces gens n’ont pas prêté
attention au pragmatisme du Hamas et à son dynamisme
dans la lecture des données et des changements
qui l’entourent. Le Hamas avait déjà négocié avec
le Fatah, parti de l’Autorité palestinienne, l’adhésion
à l’OLP à condition d’obtenir 40 % des sièges
du Conseil national. Le fait qui dévoile son adaptation
au système des quotas auxquels sont habitués le
Fatah et les autres factions. De plus, le Hamas
a, plusieurs fois, déclaré qu’il n’avait aucune
hostilité envers les directions de l’OLP ou de
l’Autorité, confirmant qu’il s’opposait seulement
à leur exagération à négocier des droits palestiniens
évidents. Lorsque Arafat est mort, le Hamas a
déclaré qu’il était un nationaliste honnête et
l’a considéré comme un martyr.
De toute façon, les personnes
concernées par la cause palestinienne ne s’attendaient
pas à la décision stratégique du Hamas. Ceci s’est
clairement révélé dans la confusion de leurs politiques
et de leurs positions au cours de l’année autour
de la manière d’accueillir cette organisation
islamiste, munie de la légitimité électorale,
au sein de l’Autorité et à proximité des centres
de formulation de la politique palestinienne.
Le Fatah a pris l’habitude d’avoir
la main haute dans la prise des décisions palestiniennes,
il peut assumer les futilités des forces mineures.
Mais, il n’est pas disposé à traiter avec un rival
qui lui est égal et qui est qualifié pour un véritable
partenariat. Cependant, cette nouveauté était
profitable pour le Fatah, car elle l’a obligé
à bouger, à reconsidérer ses positions et à réformer
son infrastructure pour montrer ce qu’il a de
mieux dans la course électorale. Mais, remédier
aux aspects négatifs qui se sont accumulés au
cours des décennies a besoin d’une période plus
grande que les quelques jours qui restent avant
la date des élections prévues pour le 25 janvier
prochain. On peut donc s’attendre à ce que le
Fatah, ou du moins ceux qui cherchent à réaliser
cet objectif au sein du mouvement, tente de gagner
du temps en ajournant les élections.
Cette situation est étrange car
elle démontre le renversement des positions entre
le Fatah et le Hamas. En effet, le mouvement islamiste
a abandonné le groupe des boycotteurs de l’Autorité
et de ses élections pour rejoindre ceux qui s’impatientent
de passer le test des consultations. Quant au
parti de l’Autorité, il tente d’entraver cette
mesure en suscitant des crises et en cherchant
des excuses ou des prétextes. Si le Fatah et l’Autorité
palestinienne ont favorablement accueilli la participation
du Hamas aux élections, ceci s’inscrit dans le
cadre de l’hypocrisie politique. S’ils s’y étaient
opposés, cela aurait été interprété comme une
position antidémocratique infirmant la volonté
de l’Autorité d’effectuer une véritable réforme
et l’exposant au soupçon de l’implication avec
Israël. Ceci d’autant plus que l’Etat hébreu s’est
empressé de s’opposer à l’entrée du Hamas dans
le processus électoral. Le Fatah n’avait aucun
intérêt à se mettre dans une telle situation.
Si Israël a prématurément annoncé
son refus de la mesure prise par le Hamas, les
partenaires américains et européens se sont montrés
hésitants. Mais, ils se sont alignés sur la politique
israélienne au lendemain de la déclaration des
résultats de la quatrième et dernière étape des
élections municipales dans certaines villes de
la Cisjordanie. En effet, ils ont réalisé que
la popularité du Hamas avait pris le dessus sur
celle du Fatah, non seulement dans les bastions
traditionnels du Hamas, mais aussi dans d’autres
régions. Cette réalité prédit ce qui attend les
deux mouvements aux cours des prochaines élections
parlementaires. En effet, le Hamas pourrait former
une grande partie du nouveau gouvernement palestinien.
Chose dont les différents acteurs ne sont pas
disposés à assumer les répercussions dans le contexte
du conflit palestino-israélien.
C’est certainement cette éventualité
qui a poussé les Etats-Unis et les Européens à
menacer d’interrompre les aides versées à l’Autorité
palestinienne si le Hamas participe aux élections
avant de renoncer ouvertement à son refus de reconnaître
Israël et à la lutte armée. Ce sont là des conditions
draconiennes. Le Hamas ne peut y répondre sans
sacrifier sa crédibilité idéologique politique.
Quelle différence y aura-t-il alors entre Hamas
et le parti de l’Autorité s’il répond à cette
demande ?
Une telle menace est à même de
placer l’Autorité palestinienne et son président,
Mahmoud Abbass, dans un grand embarras, alors
qu’il confère davantage de crédibilité au discours
du Hamas et de l’opposition. Ces derniers peuvent
prétendre que la direction officielle, c’est-à-dire
la direction du Fatah, est soumise à des chantages
de la part de ceux qui se qualifient comme intermédiaires
dans le processus de règlement. Dévoiler les pressions
financières subies par la partie palestinienne
est tout à fait possible. Mais, ceci ne poussera
pas les parties donatrices à changer de position.
Bref, il est difficile de prévoir
la manière de remédier à l’opposition israélo-euro-américaine
à l’adhésion du Hamas à l’Autorité palestinienne
à travers la légitimité des urnes. Si la crise
interne du Fatah persiste, en plus de cette opposition
extérieure, il est tout à fait possible que les
élections soient ajournées. Si ceci se produit,
la coalition s’opposant à la légitimité électorale
du Hamas pourrait exercer de fortes pressions
sur l’Autorité palestinienne dans l’objectif d’entamer
une initiative politique et juridique, voire même
militaire, contre ce mouvement.
Dans un cas pareil, le Hamas
pourra gagner une plus grande popularité auprès
de l’opinion publique palestinienne, mais aussi
arabe et islamique vu qu’il était et qu’il est
toujours écarté et refusé, qu’il participe ou
non au processus politique. L’écarter entièrement
ou essayer de l’isoler populairement serait un
échec. Ce mouvement a des racines ancrées dans
la culture confessionnelle et dans la politique
de lutte palestinienne. Pour faire face à la popularité
croissante de ce mouvement, il est impératif de
lui permettre de s’intégrer dans le processus
politique, de prendre des mesures sérieuses pour
un règlement pacifique de la cause palestinienne
et enfin de mettre un terme à la politique israélienne
et américaine de dicter leurs décisions contre
l’Autorité palestinienne.