Selon les résultats des élections
finales tenues le 19 décembre, Netanyahu a remporté
44 % des voix des électeurs du Likoud, alors
que le ministre des Affaires étrangères, Sylvan
Shalom, n’en a obtenu que 33 % devant le président
de la faction la plus extrémiste au Likoud,
Moschi Feaglan, qui a obtenu 15 %, tandis qu’un
4e candidat, qui est le ministre israélien de
l’Agriculture, a obtenu 9 %. C’est ainsi que
Netanyahu est revenu à la tête du Likoud qu’il
avait présidé de 1993 à 1999.
La campagne électorale provoquée
par le renoncement de Sharon à la présidence
du Likoud et la fondation de Kadima n’a pas
duré longtemps. En effet, Shalom, qui avait
été obligé de soutenir le retrait décidé par
Sharon des forces israéliennes de Gaza, n’a
cependant soutenu Netanyahu qu’avec de fortes
réserves. En effet, Shalom accuse Netanyahu
d’aller en avant dans une politique économique
qu’il estime excessivement libérale.
D’autre part, Netanyahu qui
s’oppose fortement à la politique de retrait
des colonies, estime que celle-ci fera du Likoud
une rallonge de Kadima. Netanyahu annonce aussi
qu’à l’intérieur du parti œuvrent toujours des
alliés de Sharon qui préparent le parti à devenir
un instrument au service de la politique de
Kadima. Netanyahu dit : « Nous devons rendre
le Likoud à lui-même avant de le préparer à
conduire le pays ».
Ici, le principal perdant est
Sylvan Shalom qui s’est engagé à ne pas se retirer
avec Sharon du Likoud, contrairement au ministre
de la Défense, Mofaz. La mission est difficile
puisque la formation que Netanyahu a héritée
de Sharon est fragile. Elle ne possède que quelques
rares caractéristiques du Likoud qui était principalement
rassemblé autour de Sharon en tant que personne.
Selon les sondages, il n’est
pas prévu que le Likoud, sous la présidence
de Netanyahu, attire un grand nombre de personnes.
Ce parti était représenté en 2003 par 38 députés
à la Knesset et ne s’attend pas à plus de 10
ou 12 sièges. Et ce alors que les membres de
Kadima sont entre 30 et 40 membres auxquels
sont ajoutés 20 membres du Parti travailliste
sous la direction du leader syndical Yigal Amir.
On remarque à ce propos que
la droite extrémiste est divisée à l’intérieur
du Likoud entre 2 directions, Netanyahu, le
leader de la tendance la plus extrémiste, et
Feaglan. Cette situation diminue le poids de
chacun séparément. On remarque aussi que le
ministre de la Défense, Mofaz, contrairement
à Shalom, s’est joint à Sharon dans le parti
Kadima. Ce qui constitue encore plus de soutien
pour ce parti. Ce qui pourrait pousser Shalom
à refaire lui aussi ses comptes.
De même, le journal Haaretz
signale que certains électeurs du Likoud pourraient
s’encourager à réintégrer le parti qui est maintenant
loin des centres de prise de décision avec ses
tendances d’extrême droite. Et ce au lieu d’adhérer
à d’autres partis de droite comme le Parti national
religieux ou l’Union nationale. Mais ceci ne
change pas grand-chose dans le parti dirigé
par Netanyahu et qui restera un parti d’importance
moyenne perdant son caractère de plus important
des partis représentatifs de droite.
Sharon après l’attaque cérébrale
Sharon est complètement rétabli
de l’attaque cérébrale de la semaine passée.
Mais ceci ne signifie pas qu’il doit être totalement
rassuré. De plus, cette crise de santé sera
prise en considération quand il sera question
de juger de son aptitude à gérer le pays. Il
a été atteint de cette embolie avant les élections
législatives lors de conditions très critiques
à l’intérieur d’Israël et dans toute la région.
En réalité, la Feuille de route
n’est pas seulement menacée par des facteurs
en rapport avec les ennemis des Palestiniens.
Maintenant, Arafat est mort, assassiné ou non.
Selon les Israéliens et les Américains aussi,
sa disparition de la scène créait des conditions
plus favorables pour parvenir à un règlement.
Et en fin de compte, il ne reste que la Feuille
de route, ce projet international de paix au
Proche-Orient qui devait permettre la création
d’un Etat palestinien avant la fin de l’année
2005. Mais Israël n’a pas tenu ses promesses.
S’il est vrai qu’il s’est retiré de Gaza en
septembre dernier, la Cisjordanie presque en
entier est encore sous occupation, l’armée israélienne
y agit comme bon lui semble et le document perd
ainsi tout son sens.
La Feuille de route a été formulée
par 4 parties : Les Etats-Unis, l’Union européenne,
la Russie et l’Onu qui constituent le Quartette
qui a tenté de profiter des erreurs commises
auparavant afin de ne pas les répéter. Ce Quartette
international s’est basé sur 3 idées principales.
Premièrement, réclamer de déployer des efforts
simultanés de la part des deux parties en conflit
pour éviter de proposer des conditions qui imposeraient
des obstacles face à d’autres efforts. Partant,
les Palestiniens devaient renoncer à leurs organisations
armées, et les Israéliens devaient geler les
opérations de colonisation. Deuxièmement, créer
un mécanisme de contrôle sous la direction du
Quartette pour évaluer les progrès réalisés.
Troisièmement, déterminer un calendrier en 3
étapes pour effectuer certaines procédures dans
l’objectif de réinstaurer la confiance entre
les partis en conflit (jusqu’à juin 2003), puis
créer un Etat palestinien aux frontières temporaires
(de juin à décembre 2003), et enfin des frontières
définitives où seraient gérés les sujets les
plus cruciaux dans le conflit, c’est-à-dire
Jérusalem, les réfugiés, les colonies israéliennes,
etc. Cette dernière étape devait prendre fin
le 31 décembre 2005. Or, rien de tout cela ne
s’est réalisé. Cependant, ces clauses sont toujours
employées comme références dans les discours
officiels. Les efforts doivent être déployés
dans le sens d’une application de la part d’Israël,
dans le contexte des élections du 28 mars 2006.
Si la Feuille de route est
considérée comme un projet acceptable malgré
son échec en comparaison avec n’importe quel
projet, c’est parce qu’il est agréé par toutes
les parties. Il n’y a pas de substitut. Puis
Sharon ne l’a accepté qu’après des modifications
qui l’ont rapproché de ces idées pour devenir
différent de l’esprit du projet initial. Il
lui a imposé des conditions préalables, comme
le désarmement des organisations palestiniennes.
Tout au long de l’année passée,
Sharon a réussi à neutraliser le Quartette et
à attirer les regards vers son projet concernant
Gaza sans prendre en considération si ce projet
est conforme ou non à la Feuille de route. Au
contraire, le retrait qui renforce la sécurité
d’Israël va inéluctablement à l’encontre du
retrait qui réalise un minimum d’indépendance
pour le peuple palestinien. C’est pour cela
que Mahmoud Abbass appelle à renoncer aux 2
premières idées de la Feuille de route et de
passer directement à la troisième, c’est-à-dire
passer au règlement final. Et ce alors que Sharon
refuse catégoriquement de tenir des négociations
autour du règlement final. La position de Mahmoud
Abbass est totalement contraire. Complètement
différente. Il refuse de désarmer les organisations
palestiniennes par la force. Il pense qu’un
accord autour des questions essentielles est
le seul moyen de convaincre ces organisations
que les négociations valent mieux que la lutte
armée.