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| Soudanais.
Démunis de tout et ignorés de tous, les 3 000 d’entre eux, installés
depuis des semaines aux abords du bureau de l’UNHCR au Caire,
affichent une détermination à toute épreuve pour obtenir un
statut de réfugiés politiques. Reportage. |
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Le no
man’s land de Mohandessine |
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La mauvaise nouvelle se répand comme une traînée
de poudre dans le jardin de la Place Moustapha Mahmoud, dans
le quartier de Mohandessine, au Caire. Doudou, une petite fille
soudanaise, a succombé à une bronchite. Malade depuis une semaine,
son état s’est aggravé faute de soins et ses parents l’ont enterrée
dans le cimetière réservé à la communauté soudanaise. Depuis
un mois en effet, des familles soudanaises font le sit-in dans
ce jardin et dorment à la belle étoile et dans des conditions
déplorables. Au total, 3 000 réfugiés ayant pour
seul abri des lambeaux de tissus ou de draps. Sur des cartons
étalés à même le sol, ils ont déployé de quoi dormir, entourés
de leurs cabas ou valises. La nuit, les couvertures sont réservées
aux enfants pour les protéger du froid. Dans ce jardin, il est
devenu difficile de se frayer un chemin tant la place est inondée
de monde. La nuit venue, beaucoup d’entre eux ne parviennent
pas à trouver le sommeil. A tour de rôle, les hommes font la
ronde autour du parc pour veiller sur la quiétude des dormeurs.
Une tranquillité troublée parfois par des cris de détresse annonçant
que quelqu’un se trouve mal ou a besoin de secours. Les uns
sont pris de fièvre ou de frissonnement et beaucoup souffrent
de problèmes respiratoires graves. A peine sortis du problème
de l’enterrement de la petite fille, voilà qu’un autre drame
survient. Trois jeunes hommes et une femme décèdent, atteints
de tuberculose, et une dame fait une fausse-couche faute de
suivi médical. Des drames qui risquent de se multiplier avec
l’arrivée de l’hiver. Mais tous ces réfugiés sont déterminés.
Ils ont décidé de faire ce sit-in pour protester contre leur
retour au Soudan. « Nous sommes prêts à nous sacrifier mais
que l’on ne nous oblige pas à retourner dans notre pays », souligne
Bahreddine Adam, un des réfugiés de Darfour qui a fui la mort
et les conflits au Soudan pour trouver asile en Egypte. Toute
sa famille a été massacrée devant ses yeux, et ses biens volés
ou saccagés. « Pour qui et pourquoi dois-je rentrer ? Je n’ai
plus personne là-bas. Et puis la situation sécuritaire au Soudan
ne m’encourage pas à le faire », s’insurge-t-il.
Aujourd’hui, Bahreddine doit cotiser avec les
autres familles pour pouvoir manger. Tous les jours, chacun
doit verser dans une caisse commune posée au pied d’un arbre
entre 25 ou 50 piastres selon ses moyens pour avoir sa ration
: une demi-galette de foul. Il n’est pas rare de voir, vers
15h, les bambins se ruer pour accueillir les deux hommes transportant
une grosse marmite remplie de foul et des galettes de pain.
De temps en temps, la communauté a droit à un sandwich au fromage
et à la tomate, pour changer. « Il m’arrive parfois de donner
ma part à un enfant juste après avoir avalé la première bouchée
et me contenter de boire de l’eau le reste de la journée. Ce
sit-in est une cause nationale et c’est plus important que la
nourriture », souligne Fatma Mohamad, qui a quitté le Soudan
depuis trois ans. Pour elle, cette manifestation de révolte
est un défi. « Même si je dois mourir de faim, la mort est préférable
à un retour au Soudan », poursuit-elle.
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Choix significatif
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Le
choix du parc Moustapha Mahmoud est significatif pour tous
ces réfugiés. En effet, il se situe près du bureau régional
du Haut- Commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés (UNHCR).
La seule instance responsable des affaires des réfugiés au
Caire, assiégée par des camions blindés depuis le début du
sit-in. Tout autour du parc des banderoles sur lesquelles
on peut lire : « La guerre continue au Darfour », « Le sit-in
jusqu’à l’acceptation de nos revendications », « Plus de protection
aux personnes les plus vulnérables : femmes seules, enfants
séparés, personne malades », « Le HCR doit s’occuper de nous
et nous aider à émigrer aux Etats-Unis, au Canada ou un autre
pays européen ». En effet, ces réfugiés refusent de quitter
les lieux sauf si l’on tient compte de leurs revendications,
entre autres, le refus du rapatriement au Soudan, l’examen
de leurs cas sur des critères individuels et non pas de groupe,
et selon le lieu d’où ils viennent.
En
fait, le nombre des réfugiés soudanais en Egypte s’élève à
15 000. Ils sont arrivés pour la plupart du Sud du Soudan,
fuyant les conflits armés et les conditions économiques catastrophiques,
alors que d’autres se sont exilés pour des raisons politiques.
Cet afflux de réfugiés a pris de l’ampleur à partir des années
1990. « Nous considérons l’Egypte comme étant notre seconde
patrie. Pourtant, nous essuyons constamment des violences
verbales. On nous a surnommés bonga, bonga, une offense qui
fait allusion à la couleur de notre peau », explique Saadeya
Apollo qui refuse de s’installer en Egypte et souhaite émigrer
dans un pays européen.
Beaucoup
de ces réfugiés sont au chômage. « J’ai quatre enfants, je
suis ici depuis 6 ans, mon mari travaillait comme gardien,
mais depuis plus de 5 ans il est au chômage. Tous les emplois
offerts sont provisoires et mal payés. Mon salaire de femme
de ménage ne suffit même pas à acheter du pain, mais le peuple
soudanais est très solidaire. Ceux qui ont de l’argent ou
des connaissances dans les pays du Golfe nous transfèrent
une somme chaque mois. Nous n’avons pas les moyens de combler
nos besoins les plus élémentaires, à savoir la nourriture
et un logement décent », raconte Ekhlas Hassan, avec beaucoup
de tristesse.
Mais
le problème le plus crucial pour eux après le travail c’est
le logement. En effet, leurs moyens ne leur permettent pas
de trouver un logement décent. « Nous sommes obligés d’habiter
dans les quartiers les plus pauvres ou carrément les bidonvilles.
Un appartement souvent exigu et qui regroupe souvent plusieurs
familles pour se partager le prix du loyer qui dépasse parfois
les 300 L.E. », déplore Georges Oliver, réfugié. Et à la question
de savoir s’il ne regrette pas d’avoir quitté son logement
pour prendre part au sit-in, il répond : « Au moins ici, je
respire de l’air pur et je me trouve dans un quartier huppé
».
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Visages devenus familiers
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| Leurs
visages sont devenus familiers aux officiers de police et aux
fidèles qui fréquentent la mosquée Moustapha Mahmoud. Dès les
premières lueurs du matin, un mouvement de va-et-vient incessant
s’observe. Les réfugiés se dirigent vers la mosquée pour faire
leur toilette, leur prière ou se ravitailler en eau pour les
besoins de la journée. Il est 8h du matin, Zebeka Aqwa tenant
un sac de plastique contenant savon et dentifrice traîne des
bambins derrière elle. C’est déjà la cohue et chacun veut passer
avant l’autre. Oum Karim, chargée de nettoyer les toilettes
des femmes à la mosquée, est dépassée par le nombre de personnes
qui affluent quotidiennement empêchant les fidèles du quartier
de faire leurs ablutions.
Au
cours de la journée, chacun vaque à ses occupations. Les mamans
tricotent des pulls pour l’hiver. D’autres donnent un coup de
peigne à leurs enfants ou font des tresses africaines à leurs
voisines, pendant que d’autres lavent ou étendent le linge sur
la balustrade du parc. La règle pour tous est de rester pieds
nus, pour ne pas salir la literie étalée sur le sol. Quant aux
hommes, ils passent leur temps à lire le journal ou font le
guet pour ne laisser entrer personne d’étranger à la communauté.
Quant aux enfants, ils gambadent, crient, jouent et ne se soucient
guère de ce qu’il leur arrive. « Je suis bien ici, je me suis
fais beaucoup de copains. Je peux jouer à ma guise. Seul inconvénient,
je ne dois pas dépasser l’entrée du parc », commente Mohamad
Béchir, 6 ans. Il confie pourtant que l’école lui manque. En
effet, les enfants ne vont plus à l’école depuis ce sit-in.
Une situation qui risque de perdurer, puisque le UNHCR a rompu
tout contact avec les responsables de la communauté. Une décision
survenue après la signature de l’accord de paix. Le gouvernement
soudanais a invité ses réfugiés du monde entier à revenir dans
leur pays d’origine.Pour l’instant, la situation est bloquée.
L’UNHCR rejette la responsabilité au gouvernement égyptien qui
ne semble pas se soucier du sort de ces réfugiés et encore moins
de leurs revendications. Si la situation persiste, leur intention
est d’appeler leurs compatriotes d’autres pays à les soutenir
par un autre sit-in. Cette fois à la porte des ambassades égyptiennes
et des autres bureaux de l’UNHCR . |
Chahinaz
Gheith
Héba
Nasreddine
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