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| Droits
de l’Homme. Quelle idée
se font les Egyptiens de ce concept ? Un sondage effectué en
2005 par le Centre national de recherches socio-criminelles
en révèle que 62 %n’en connaissent pas la réelle signification.
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Concept
contre réalité |
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« Avoir un emploi stable qui puisse garantir
l’avenir de mes enfants et un toit, c’est là pour moi toute
la signification des droits de l’homme ». Ainsi s’exprime Ahmad,
35 ans, un représentant commercial. Diplômé technique, cet homme
a exercé plusieurs fonctions. Il a commencé par être guichetier,
garçon de café, livreur dans un fast-food, avant de trouver
un travail comme représentant commercial. Vivant dans une pièce
exiguë de 10 m2 avec ses parents, son épouse et ses deux filles,
il prie chaque jour pour ne pas se retrouver au chômage. Sa
grande hantise est ne plus pouvoir nourrir sa famille. Offrir
plus d’opportunités de travail aux jeunes, éradiquer la corruption
sous toutes ses formes, les pots-de-vin et le piston donneraient
des chances plus
égales à l’accès aux postes rétribués et l’octroi de logements.
Tel est le souhait d’Ahmad et de milliers de jeunes chômeurs
qui vivent dans l’insécurité sociale. « Au lieu de me parler
des droits de l’homme, on pourrait parler d’un sujet plus poignant,
celui du prix de la viande ou des vêtements neufs pour l’Aïd,
que je ne peux pas offrir à mes enfants », explique Samira,
45 ans, femme au foyer, et épouse d’un fonctionnaire. Celle-ci
dit ne pas comprendre exactement le sens des droits de l’homme.
Pour elle, avoir les moyens de s’offrir un kilo de viande, s’acquitter
de sa facture d’électricité et pouvoir payer des cours particuliers
à ses enfants constituent le minimum de ses aspirations. Cependant,
d’autres à l’exemple de Ragheb, médecin, pensent que les droits
de l’homme sont synonymes de liberté d’expression, d’exercice
politique et de transparence lors des élections, mais surtout
un plus grand respect de la dignité de l’homme dans les commissariats
et les prisons. « J’en ai assez d’entendre parler de droits
de l’homme. Ce débat n’est qu’une perte de temps, du bla-bla-bla
et des mots dans le vide, tant que le citoyen est mal traité
ou subit des tortures dans les prisons », souligne-t-il, tout
en faisant allusion aux personnes arrêtées après l’attentat
de Taba et d’Arich. D’autres encore rappellent l’ingérence des
Etats-Unis dans les affaires des pays arabes et du Moyen-Orient.
« Si les droits de l’homme signifient homosexualité et athéisme,
nous n’en avons que faire », lance un autre groupe.
Les citoyens expriment leur concept des droits
de l’homme suivant les problèmes qui les assaillent. Autrement
dit, questionner de simples citoyens sur la notion des droits
de l’homme revient à remuer le couteau dans la plaie d’un peuple
sur lequel pèse un fardeau au quotidien. Alors, quelle est la
conception des Egyptiens des droits de l’homme ?
Cette question a été posée lors d’un sondage
effectué par le Centre national des recherches socio-criminelles
sur un échantillon composé d’une centaine de citoyens issus
de différentes couches sociales. Chose surprenante : 62 % n’en
connaissent pas la signification, plus grave encore, ils ignorent
même leurs droits. 80 % ne savent pas comment contacter des
organisations des droits de l’homme, encore moins où elles se
trouvent. D’autres n’ont jamais lu de livres ni participé à
une conférence ou suivi une émission télévisée portant sur les
droits de l’homme. Par ailleurs, 40 % pensent que la discussion
autour des droits de l’homme va de pair avec l’opposition et
qu’il faut éviter d’aborder un tel sujet surtout dans les institutions
gouvernementales et les commissariats.
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Un tout indissociable
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Selon
le Dr Kamel Al-Awadi, professeur de droit constitutionnel,
si la convention des droits de l’homme garantit à toute personne
le droit à la vie, au travail, au mariage, à la sécurité,
à la liberté de pensée, de conscience et de culte, elle demeure
relative d’un pays à un autre suivant le système politique,
social ou économique. Il est impossible d’établir une comparaison
entre l’Orient et l’Occident où les droits de l’homme sont
respectés et appliqués à la lettre. « C’est du luxe dans un
pays où les pauvres ont du mal à trouver une galette de pain
à un prix abordable. Il faut faire la queue pour acheter celle
qui est subventionnée par l’Etat. Et pour avoir du pain de
meilleure qualité, il faut débourser 25 pts. Il est sans rappeler
que les salaires de beaucoup d’Egyptiens ne suffisent pas
aux besoins de leurs familles », souligne le Dr Kamel. Et
dire qu’à l’étranger les chômeurs perçoivent une aide du gouvernement
pour pouvoir vivre décemment. En fait, il serait temps que
l’Etat se penche sur le cas des 15 millions de chômeurs qui
n’arrivent pas à mener une vie normale. Pourtant, les déclarations
officielles ne cessent d’annoncer des opportunités de travail
pour 70 000 à 100 000 jeunes. Mais pour qui et pour quel salaire
?
Ahmad
Al-Magdoub, sociologue, pense que les droits de l’homme forment
un tout indissociable. Il suffit qu’un droit soit violé pour
remettre en cause la valeur de tous les autres. « Chez nous,
le citoyen est souvent humilié. L’Etat s’en soucie peu. La
preuve en est que nous sommes constamment humiliés soit par
le simple fonctionnaire, soit par l’homme au pouvoir, aussi
bien dans les institutions gouvernementales que dans les commissariats.
Ajoutez à cela le manque d’intérêt accordé à la santé des
citoyens. Je ne comprends pas pourquoi l’Egypte fournit aux
Egyptiens des fruits et des légumes contaminés par des pesticides
cancérigènes ? », s’interroge Al-Magdoub. Il ajoute : « Bien
que les chartes internationales mettent l’accent sur les droits
de l’homme, en Egypte, par exemple, l’administration du trafic
se soucie plus des véhicules que des êtres humains. Toutes
les lois qu’elle a dictées, y compris la toute nouvelle, ont
traité de tout (autos, bus, microbus, camions, motos) et a
complètement ignoré tout ce qui concerne les piétons », explique-t-il,
tout en rappelant que des milliers de citoyens meurent suite
aux accidents de la route et leur nombre dépasse parfois celui
des victimes de la guerre. Sans compter ceux qui ont perdu
la vie à cause de l’effondrement d’un habitat précaire. Ajoutez
à cela les 9 millions de jeunes de plus de 30 ans qui ne peuvent
se marier faute de logement. Outre l’analphabétisme dans les
provinces et l’absence d’eau et d’électricité, les droits
les plus élémentaires à une vie décente. Il suffit d’observer
la pauvreté qui sévit dans les rues et le fossé qui existe
entre les riches et les pauvres.
Bref,
qui dit droits de l’homme, dit développement. En fait, la
situation des droits de l’homme en Egypte n’a pas bougé depuis
de longues années. Bien plus, elle est caractérisée par des
restrictions et des infractions aux droits de l’homme. « Beaucoup
de droits et de libertés accordés par la Constitution et par
les accords internationaux concernant les droits de l’homme
sont systématiquement transgressés. A mon avis, le fait d’imposer
la loi d’urgence depuis 1981 bloque le processus des droits
constitutionnels. Un autre problème : le grand nombre
de lois qu’on vote à l’Assemblée du peuple et qui font infraction
à des droits prévus par la Constitution », souligne Emad,
un journaliste et activiste dans le domaine.
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| La
notion des droits de l’homme a fait son apparition en Egypte
en 1985 avec la création de la première organisation pour la
défense des droits de l’homme. Aujourd’hui, on compte 37 organisations
œuvrant dans ce domaine, la dernière étant le Conseil national
des droits de l’homme créé depuis 2 ans.
Selon
Samia Al-Motayem, chef du comité chargé de recevoir les plaintes
adressées par les citoyens au Conseil national des droits de
l’homme, les citoyens savent encore peu de choses sur la question
des droits de l’homme parce qu’ils ne les pratiquent pas dès
leur jeune âge. Un système que l’on doit instaurer au sein de
la famille en permettant à ses membres de bénéficier de leurs
droits les plus élémentaires. Ce qui fait défaut à la société
égyptienne. « Pour les mettre en pratique, il faut non seulement
que le gouvernement change de politique, mais aussi qu’il sensibil’opinion
publique à cette culture. Pour cela, intégrer l’enseignement
des droits de l’homme dans les programmes scolaires afin de
créer dans la société une nouvelle idéologie relative aux droits
de l’homme serait une bonne initiative », souligne Al-Motayem,
tout en confiant que cette sensibilisation ne pourrait se faire
qu’à travers les organisations de défense des droits de l’homme.
Mais cela prendra du temps avant qu’elles n’y parviennent. «
Plusieurs organisations n’ont pas les moyens d’atteindre les
gens sur le terrain. D’autres se contentent de publier certes
des livres sur les droits de l’homme, mais ceci ne touche qu’un
public limité. Pour s’adresser à tous les citoyens, il faut
qu’elles aient accès aux médias audiovisuels », souligne-t-elle.
Et d’ajouter : « Toutefois, les gens sont plus conscients de
leurs droits et ce grâce au rôle joué par les différentes organisations
pour la défense des droits de l’homme ». La preuve en est ce
nombre croissant de plaintes réceptionnées. « En 9 mois, 3 717
plaintes ont été adressées au Conseil national des droits de
l’homme, 20 % de plus que l’année dernière. Des plaintes contre
la torture, le mauvais traitement dans les prisons ou les commissariats
et les licenciements abusifs. Nous avons aussi un certain nombre
de plaintes présentées par des citoyens en détresse réclamant
une aide, un emploi ou un logement, certains ne disposent même
pas de quoi manger », explique-t-elle.
Khaled
Abdallah, étudiant, pense que ces organisations doivent aller
sur le terrain et se rapprocher du citoyen pour connaître ses
problèmes, en un mot jouer un rôle plus positif. Il a dû recourir
à une association de droits de l’homme plus d’une fois pour
essayer d’acquérir la nationalité de sa mère qui est égyptienne,
son père étant un étranger. Après plusieurs tentatives, cette
organisation n’a pu régler son problème. « Je n’ai pu obtenir
la nationalité que lorsque l’Etat a promulgué une loi dans ce
sens. Donc, seul l’Etat peut soutenir cette notion des droits
de l’homme. Quant aux organisations, elles tentent comme elles
peuvent, sans jamais parvenir à des résulltats positifs », conclut-il
.
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Chahinaz
Gheith
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