La résolution n’a pas parlé ouvertement
de l’imposition de sanctions à la Syrie, ni de
recours à différents moyens pour l’obliger à coopérer.
D’ailleurs, la fameuse expression « graves conséquences
» qui a distingué la résolution 1 441 de novembre
2003, qui a préparé le terrain à la guerre de
l’Iraq, n’y figurait pas. Bref, des détails diffèrent
d’une résolution à une autre, selon les circonstances
qui les ont entourées. Mais l’essentiel est que
les résolutions, telles que la 1 636, 1 441 et
également la 731 qui a appelé la Libye à coopérer
dans la crise de Lockerbie, engendrent des répercussions
ultérieures. Les pays sur lesquels s’abattent
de telles résolutions n’ont pas l’embarras du
choix, ils doivent ou les appliquer ou se trouver
sanctionnés en cas de refus. Donc peu importent
dans des cas pareils les expressions utilisées
dans les résolutions.
De telles comparaisons entre
les résolutions 1 636, 1 441 et 731 ne signifient
pas nécessairement que le président syrien, Bachar
Al-Assad, connaîtra le même sort que Saddam Hussein,
ou bien agira de la même manière que Kadhafi.
Surtout qu’il existe une solution de juste milieu
entre une fausse manifestation de force et une
résignation humiliante. Voilà le président iraqien
déchu Saddam Hussein, qui a désapprouvé la coopération
avec la commission d’enquête de Hans Blix et de
Baradei, derrière les barreaux après avoir été
arrêté dans un trou qui lui servait de cachette.
Et voilà le leader libyen Kadhafi qui a donné
aux Etats-Unis plus qu’il ne le fallait pour éviter
ce qu’il devait impérativement introduire, à savoir
la réforme de son régime. Kadhafi a opté pour
une résignation totale afin de ne pas entreprendre
de réforme avant de prouver qu’il a changé et
qu’il s’est adapté au monde qu’il avait défié.
Kadhafi aurait pu éviter de changer
radicalement ses politiques et son discours, s’il
avait tenté de réformer son régime. Mais apparemment,
il était prêt à tout sauf la réforme. Saddam,
de son côté, aurait pu éviter l’humiliation s’il
avait entamé les réformes et organisé des élections
libres sous une supervision internationale, à
l’issue desquelles il se serait retiré et aurait
quitté l’Iraq. Il avait la possibilité de sauver
ce qu’il aurait pu sauver à la dernière minute
s’il s’était plié à l’initiative du leader sage,
le feu cheikh Zayed bin Sultan.
Aujourd’hui, Bachar se trouve
dans une meilleure position que celle de Kadhafi
ou de Saddam. Il n’est pas accusé en personne
dans le dossier de Hariri. Les responsables de
la sécurité syrienne impliqués dans l’affaire
sont d’un niveau beaucoup plus élevé si on les
compare aux officiers libyens sanctionnés dans
la crise de Lockerbie. C’est pourquoi la punition
de ces dirigeants, s’ils s’avèrent impliqués par
des preuves tranchantes, serait suffisante à elle
seule pour éloigner l’épée du cou du régime syrien
et l’acquittera, qu’ils soient jugés devant une
cour de Damas ou une cour internationale. Cependant,
le jugement des coupables ne serait pas une alternative
à la réforme du régime baassiste. La réforme serait
la preuve d’un changement qui éviterait la réitération
d’une telle implication. Elle garantirait une
évolution interne à même de modifier le cours
de la politique étrangère d’une manière normale
et non pas à travers une transformation dramatique
qui ressemblerait à cette résignation pour laquelle
a opté la Libye.
Même si Bachar est convaincu
que la coopération totale avec la commission d’enquête
ne ferait qu’élucider l’affaire et permettre le
jugement des responsables syriens coupables, ceci
n’est pas possible sans entamer des réformes politiques
et institutionnelles. Les responsables syriens
suspectés dans l’affaire et peut-être d’autres
encore sont les piliers de l’appareil sécuritaire
syrien, qui a une influence prépondérante dans
le pays plus que n’importe quelle autre institution.
Cet appareil contrôle à divers degrés les différentes
institutions civiles au point de s’enfoncer dans
l’institution présidentielle même.
Il est difficile, voire impossible,
de sacrifier les dirigeants éminents d’un tel
l’appareil même s’il est essentiellement question
de protéger le régime même. Ce qui signifie qu’il
est nécessaire de le réformer de manière à réduire
son influence en le plaçant dans son contexte
juste, si Bachar décide de sanctionner les dirigeants
qui se trouvent impliqués dans l’attentat de Hariri.
Mais la question qui s’impose à l’heure actuelle
est : l’appareil sécuritaire est-il prêt à introduire
une réforme réelle dans les circonstances présentes
? D’autant plus que cette réforme menace non seulement
ses dirigeants, mais également son influence.
Si cet appareil avait entravé une réforme lancée
par le président Assad avec son accession au pouvoir,
mieux vaut qu’il l’entrave à l’ombre de la conjoncture
actuelle.
Il semble cependant que la seule
issue pour dépasser la crise est bloquée. Par
ailleurs, Bachar peut entamer une réforme réussie
s’il est déterminé et s’il a recours à son peuple
qui y est tellement attaché. C’est ce qu’il aurait
dû faire lorsqu’il a accédé au pouvoir à un moment
où la Syrie en avait grand besoin. Mais il n’a
pas insisté lorsque l’appareil sécuritaire l’a
arrêté et en même temps il n’avait pas la volonté
suffisante pour le faire.
Mais maintenant la situation
a changé et la réforme est devenue plus urgente.
Si Bachar est parfaitement conscient de cela,
il mènera une réforme difficile, mais non pas
impossible. Malgré l’hégémonie de l’appareil sécuritaire,
l’institution présidentielle continue à préserver
un statut privilégié dans les régimes arabes.
C’est pourquoi Bachar pourra réaliser la réforme
qui a tardé à venir, même s’il l’impose par la
force à travers un conflit qui le confrontera
à son frère Maher.
Le président défunt Hafez Al-Assad
s’était trouvé également opposé à son frère quant
au pouvoir. Bachar est mieux placé pour mener
ce même conflit avec son frère, qui ne sera pas
facile pour réaliser une réforme, devenue l’unique
bouée de sauvetage.