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Diplomatie. Le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, en visite cette semaine au Caire dans le cadre d'une tournée au Moyen-Orient, s'exprime sur les questions brûlantes de l'Iraq, la Syrie, le conflit israélo-palestinien, ainsi que sur la représentation de l'Afrique au Conseil de sécurité.
« Personne ne veut ouvrir un nouveau front en Syrie »

Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que l'Iraq se trouve au bord d'une guerre civile ?

Kofi Annan : Il y a de profondes divisions en Iraq. C'est pourquoi je mets l'accent sur l'importance de la réconciliation et sur la nécessité que chacun prenne part au processus de transition et ressente que ses intérêts sont pris en considération et qu'il aura une place sûre dans le futur Iraq. Je pense qu'alors les dilemmes et les divisions disparaîtront et que les citoyens deviendront de vrais Iraqiens pour leur nation et pour leur avenir. Par conséquent, je mets encore une fois l'accent sur la réconciliation comme clé pour éviter le pire.

— Le chef de la commission d'enquête internationale sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri, Detlev Mehlis, a dit récemment qu'il avait ressenti lors de la rédaction de son rapport des émotions controversées qui lui ont rappelé ce que Hans Blix avait ressenti au cours de l'élaboration de son rapport sur l'Iraq. Ces déclarations ont soulevé de nombreuses questions sur le fait que la Syrie pourrait subir le même sort que l'Iraq ...

— Je vois les choses différemment. Je pense que Mehlis s'est dit : « Je ressens un peu comme M. Blix ». Je pense que Blix avait de l'expérience à l'échelle régionale et nationale. Mais il a dû affronter une question d'ordre international de grande ampleur et le monde entier attendait son dernier mot sur la présence ou non d'ADM en Iraq car son jugement allait mener à une guerre. Mehlis s'est trouvé dans la même situation. Les gens, en particulier en Syrie et au Liban, sont attentifs à chaque mot qu'il prononce pour savoir ce qui s'est réellement passé. Et son travail a eu énormément d'impact. Son travail a aussi motivé la justice libanaise et les services de sécurité, qui ont arrêté quatre généraux. Il y a 6 mois, personne au Liban n'aurait pu penser qu'une telle chose pourrait se passer.

Pour répondre à votre question, je dirais que les membres du Conseil de sécurité sont suffisamment conscients de ce qui se passe sur le terrain, dans la région. Et à la lumière de la situation difficile en Iraq, je suis confiant que personne ne veut ouvrir un nouveau front dans la région, que ce soit en Syrie ou ailleurs.

— L'Onu, membre du Quartette international sur le conflit israélo-palestinien, est censée jouer un rôle significatif après le retrait israélien de Gaza. Comment le Quartette peut-il garantir l'activation de la Feuille de route pour arriver aux négociations sur le statut final ?

— Le Quartette s'est réuni ici en septembre dernier en marge du sommet mondial. Et comme dans le passé, nous avons révisé la situation sur le terrain. Cette réunion a eu lieu après le désengagement et le retrait israélien de Gaza. Le Quartette a considéré que ce retrait était une occasion propice pour la réactivation de la Feuille de route et du processus de paix. Nous, au Quartette, avons toujours considéré que Gaza venait d'abord, puis la Cisjordanie, et non Gaza d'abord puis fin. Nous avons toujours espéré pouvoir réaliser cet objectif. Nous approchons de la période des élections palestiniennes et nous ne savons pas ce qui se passera du côté israélien. Mais les choses n'évoluent pas comme on l'espérait. Il y a des difficultés sur le terrain et de profonds différends qui ont entravé nos efforts.

— Qui en est responsable ?

— Il y a eu des évolutions des deux côtés, au sens que si une partie frappe, l'autre réplique. Ce genre de différend n'est pas constructif. Nous avons réellement besoin de parvenir à un cessez-le-feu et à une coopération entre les deux parties. Nous avons nommé James Wolfensohn, l'ancien président de la Banque mondiale comme envoyé du Quartette avec l'unique objectif de travailler avec les Palestiniens et les Israéliens pour assurer que nous accordons un véritable intérêt à Gaza et à la Cisjordanie.

Lors des réunions du G8 en Grande-Bretagne, il a fortement œuvré à obtenir des ressources pour reconstruire les institutions palestiniennes et les infrastructures. Mais ceci nécessite un environnement stable. Je pense que les dirigeants palestiniens sont pleinement conscients de ces réalités et j'espère que le monde entier aidera Abou-Mazen à réaliser son objectif visant à encourager toutes les parties à placer toutes les forces de sécurité sous un seul commandement. Là, l'Egypte joue un rôle essentiel dans la formation des forces de sécurité palestiniennes.

— Comment l'Onu peut-elle aider les autorités palestiniennes à gérer les activités économiques après le retrait israélien de Gaza ?

— Le Quartette est convaincu que la question palestinienne n'est pas uniquement d'ordre politique. Nous devons aussi être sûrs que les volets social et économique évoluent. En réalité, James Wolfensohn a travaillé avec les donateurs pour obtenir 3 milliards de dollars pour commencer à reconstruire l'infrastructure palestinienne. Nous avons des difficultés qui ont été négociées avec les autorités israéliennes, comme la question des accès vers le monde extérieur. Actuellement, il n'y a que Rafah qui est frontalière à l'Egypte. Ni le port ni l'aéroport ne sont encore reconstruits et bien sûr nous allons avoir besoin d'une liaison entre Gaza et la Cisjordanie. Il y a donc de nombreux défis à relever en plus des questions de sécurité qui doivent ensemble créer un environnement propice au développement et à l'essor économiques.

— Où en est l'Afrique au sujet du dossier de l'élargissement du Conseil de sécurité ?

— La meilleure manière de répondre à votre question serait de mettre sur la table toutes les propositions avancées à ce sujet. Deux d'entre elles proposent d'augmenter le nombre des Etats membres au Conseil de sécurité de 15 à 24. Et une suggère de créer 6 sièges permanents qui ne disposeront pas du droit de veto, dont deux iront à l'Afrique. Les autres propositions optent pour la création de six membres non permanents, avec deux sièges pour l'Afrique. La position initiale des pays africains était d'avoir deux sièges sans droit de veto, à l'instar du G4, mais dernièrement ils ont décidé qu'ils voulaient deux sièges permanents avec droit de veto, ce qui est difficilement réalisable.

Ainsi, la position africaine n'est pas unifiée. Je veux dire que vous avez des pays africains qui désirent un siège permanent sans veto. Je ne sais pas comment les choses vont tourner : ils vont continuer à chercher un consensus, ou bien ils vont décider finalement de donner à chaque pays la liberté de voter comme il l'entend.

— Le sommet mondial de 2005 a élaboré un document final qui a été différemment évalué par plusieurs Etats membres. Les résultats de ce sommet étaient-ils à la hauteur des aspirations pour revitaliser le rôle de l'Onu ?

— Je crois que nous avons une base solide pour aller de l'avant. Nous n'avons pas atteint tous nos objectifs. Par exemple, nous n'avons pas réalisé un grand progrès dans la réforme du Conseil de sécurité, nous n'avons arraché aucun accord sur la non-prolifération et le désarmement nucléaire, et je pense que c'est désolant et honteux. Cependant, je continue à encourager les membres à poursuivre la discussion et ne pas abandonner. Je crois que les décisions sur le développement économique ont été consenties à l'unanimité au cours du sommet. Preuve en est que les gouvernements se sont mis d'accord pour relancer l'aide économique aux pays en développement. Par exemple, il a été convenu de l'accroître de 50 milliards de dollars chaque année, dont 25 milliards à l'Afrique. Les dettes des 18 pays les plus endettés ont été annulées. Nous espérons pouvoir travailler avec les autres pays pour dynamiser le commerce international afin d'ouvrir des voies aux pays pauvres pour les aider à vaincre la pauvreté.

Propos recueillis par Alaa Riyad

 

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