— Le chef de la commission d'enquête internationale
sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafiq
Hariri, Detlev Mehlis, a dit récemment qu'il avait ressenti
lors de la rédaction de son rapport des émotions controversées
qui lui ont rappelé ce que Hans Blix avait ressenti au cours
de l'élaboration de son rapport sur l'Iraq. Ces déclarations
ont soulevé de nombreuses questions sur le fait que la Syrie
pourrait subir le même sort que l'Iraq ...
— Je vois les choses différemment. Je pense
que Mehlis s'est dit : « Je ressens un peu comme M. Blix ».
Je pense que Blix avait de l'expérience à l'échelle régionale
et nationale. Mais il a dû affronter une question d'ordre
international de grande ampleur et le monde entier attendait
son dernier mot sur la présence ou non d'ADM en Iraq car son
jugement allait mener à une guerre. Mehlis s'est trouvé dans
la même situation. Les gens, en particulier en Syrie et au
Liban, sont attentifs à chaque mot qu'il prononce pour savoir
ce qui s'est réellement passé. Et son travail a eu énormément
d'impact. Son travail a aussi motivé la justice libanaise
et les services de sécurité, qui ont arrêté quatre généraux.
Il y a 6 mois, personne au Liban n'aurait pu penser qu'une
telle chose pourrait se passer.
Pour répondre à votre question, je dirais
que les membres du Conseil de sécurité sont suffisamment conscients
de ce qui se passe sur le terrain, dans la région. Et à la
lumière de la situation difficile en Iraq, je suis confiant
que personne ne veut ouvrir un nouveau front dans la région,
que ce soit en Syrie ou ailleurs.
— L'Onu, membre du Quartette international
sur le conflit israélo-palestinien, est censée jouer un rôle
significatif après le retrait israélien de Gaza. Comment le
Quartette peut-il garantir l'activation de la Feuille de route
pour arriver aux négociations sur le statut final ?
— Le Quartette s'est réuni ici en septembre
dernier en marge du sommet mondial. Et comme dans le passé,
nous avons révisé la situation sur le terrain. Cette réunion
a eu lieu après le désengagement et le retrait israélien de
Gaza. Le Quartette a considéré que ce retrait était une occasion
propice pour la réactivation de la Feuille de route et du
processus de paix. Nous, au Quartette, avons toujours considéré
que Gaza venait d'abord, puis la Cisjordanie, et non Gaza
d'abord puis fin. Nous avons toujours espéré pouvoir réaliser
cet objectif. Nous approchons de la période des élections
palestiniennes et nous ne savons pas ce qui se passera du
côté israélien. Mais les choses n'évoluent pas comme on l'espérait.
Il y a des difficultés sur le terrain et de profonds différends
qui ont entravé nos efforts.
— Qui en est responsable ?
— Il y a eu des évolutions des deux côtés,
au sens que si une partie frappe, l'autre réplique. Ce genre
de différend n'est pas constructif. Nous avons réellement
besoin de parvenir à un cessez-le-feu et à une coopération
entre les deux parties. Nous avons nommé James Wolfensohn,
l'ancien président de la Banque mondiale comme envoyé du Quartette
avec l'unique objectif de travailler avec les Palestiniens
et les Israéliens pour assurer que nous accordons un véritable
intérêt à Gaza et à la Cisjordanie.
Lors des réunions du G8 en Grande-Bretagne,
il a fortement œuvré à obtenir des ressources pour reconstruire
les institutions palestiniennes et les infrastructures. Mais
ceci nécessite un environnement stable. Je pense que les dirigeants
palestiniens sont pleinement conscients de ces réalités et
j'espère que le monde entier aidera Abou-Mazen à réaliser
son objectif visant à encourager toutes les parties à placer
toutes les forces de sécurité sous un seul commandement. Là,
l'Egypte joue un rôle essentiel dans la formation des forces
de sécurité palestiniennes.
— Comment l'Onu peut-elle aider les autorités
palestiniennes à gérer les activités économiques après le
retrait israélien de Gaza ?
— Le Quartette est convaincu que la question
palestinienne n'est pas uniquement d'ordre politique. Nous
devons aussi être sûrs que les volets social et économique
évoluent. En réalité, James Wolfensohn a travaillé avec les
donateurs pour obtenir 3 milliards de dollars pour commencer
à reconstruire l'infrastructure palestinienne. Nous avons
des difficultés qui ont été négociées avec les autorités israéliennes,
comme la question des accès vers le monde extérieur. Actuellement,
il n'y a que Rafah qui est frontalière à l'Egypte. Ni le port
ni l'aéroport ne sont encore reconstruits et bien sûr nous
allons avoir besoin d'une liaison entre Gaza et la Cisjordanie.
Il y a donc de nombreux défis à relever en plus des questions
de sécurité qui doivent ensemble créer un environnement propice
au développement et à l'essor économiques.
— Où en est l'Afrique au sujet du dossier
de l'élargissement du Conseil de sécurité ?
— La meilleure manière de répondre à votre
question serait de mettre sur la table toutes les propositions
avancées à ce sujet. Deux d'entre elles proposent d'augmenter
le nombre des Etats membres au Conseil de sécurité de 15 à
24. Et une suggère de créer 6 sièges permanents qui ne disposeront
pas du droit de veto, dont deux iront à l'Afrique. Les autres
propositions optent pour la création de six membres non permanents,
avec deux sièges pour l'Afrique. La position initiale des
pays africains était d'avoir deux sièges sans droit de veto,
à l'instar du G4, mais dernièrement ils ont décidé qu'ils
voulaient deux sièges permanents avec droit de veto, ce qui
est difficilement réalisable.
Ainsi, la position africaine n'est pas unifiée.
Je veux dire que vous avez des pays africains qui désirent
un siège permanent sans veto. Je ne sais pas comment les choses
vont tourner : ils vont continuer à chercher un consensus,
ou bien ils vont décider finalement de donner à chaque pays
la liberté de voter comme il l'entend.
— Le sommet mondial de 2005 a élaboré un
document final qui a été différemment évalué par plusieurs
Etats membres. Les résultats de ce sommet étaient-ils à la
hauteur des aspirations pour revitaliser le rôle de l'Onu
?
— Je crois que nous avons une base solide
pour aller de l'avant. Nous n'avons pas atteint tous nos objectifs.
Par exemple, nous n'avons pas réalisé un grand progrès dans
la réforme du Conseil de sécurité, nous n'avons arraché aucun
accord sur la non-prolifération et le désarmement nucléaire,
et je pense que c'est désolant et honteux. Cependant, je continue
à encourager les membres à poursuivre la discussion et ne
pas abandonner. Je crois que les décisions sur le développement
économique ont été consenties à l'unanimité au cours du sommet.
Preuve en est que les gouvernements se sont mis d'accord pour
relancer l'aide économique aux pays en développement. Par
exemple, il a été convenu de l'accroître de 50 milliards de
dollars chaque année, dont 25 milliards à l'Afrique. Les dettes
des 18 pays les plus endettés ont été annulées. Nous espérons
pouvoir travailler avec les autres pays pour dynamiser le
commerce international afin d'ouvrir des voies aux pays pauvres
pour les aider à vaincre la pauvreté.