C’est A l’appel
de plusieurs membres de la communauté copte aux Etats-Unis
que se tiendra à Washington à la mi-novembre cette conférence
sur les droits des coptes en Egypte. « Il y a un véritable
problème entre coptes et musulmans et personne ne veut le
résoudre. A chaque fois qu’une crise surgit, on essaie de
l’apaiser sans aller au fond du problème. Le moment est venu
pour régler les problèmes et soumettre au gouvernement égyptien
nos revendications », assure Adli Abadir, chef de l’Union
des coptes aux Etats-Unis et instigateur de la conférence
qui se tient en coopération avec le Congrès américain et à
laquelle des personnalités de la communauté copte à l’étranger
et en Egypte ont été conviées.
Environ
un million de coptes vivent aux Etats-Unis. En 1998, ils ont
publié une lettre à l’adresse du président Moubarak dans le
Washington Post dans laquelle ils réclamaient que les coptes
d’Egypte « ne soient pas exclus des postes les plus élevés
au sein de l’administration, de l’armée et de la diplomatie
». La même année, une loi a été votée par le Congrès américain
prévoyant des sanctions contre les pays qui ne respectent
pas les droits des minorités, dont l’Egypte. Parmi ces sanctions,
une réduction de l’aide économique. En fait, Le Caire reçoit
depuis les accords de Camp David une aide économique et militaire
de Washington évaluée à 2,1 milliards de dollars. Cette loi
avait été considérée par les observateurs comme une carte
aux mains de Washington pour faire pression sur les pays qui
ne se soumettaient pas à sa volonté.
Ce n’est pas
la première fois qu’une conférence sur les droits des coptes
suscite un débat houleux en Egypte. En 1994, une conférence
proposée par le Centre Ibn Khaldoun pour les droits de l’homme
sur les droits des minorités en Egypte avait soulevé une vaste
polémique et n’a finalement pas eu lieu. La conférence de
cette année fait suite aux troubles interconfessionnels qui
ont eu lieu à Moharram Bey, à Alexandrie, et qui ont fait
3 morts et 80 blessés à cause de la diffusion d’un CD comportant
une pièce de théâtre portant atteinte à l’islam. « Le problème
est que certains chrétiens vivant à l’étranger fournissent
de fausses informations sur la situation des coptes en Egypte.
Mais ils feraient mieux de régler leurs problèmes que d’inciter
les Etats-Unis contre l’Egypte et de prendre des décisions
de loin sans être au courant de ce qui se passe sur le terrain
», affirme Milad Hanna, intellectuel copte. Tout comme Hanna,
la plupart des intellectuels coptes refusent l’idée de la
conférence. Pour eux, si des problèmes existent, ils doivent
être traités dans un contexte national et non pas à l’étranger,
car les coptes sont « des Egyptiens ». C’est l’avis de Gamal
Assaad, penseur copte et ancien député. Selon lui, ce n’est
pas la première fois qu’on intervient dans les affaires des
coptes. Des articles sur la persécution des coptes sont publiés
dans la presse occidentale. Le dernier remonte à 2003 lorsque
le Washington Times a publié que des centaines de jeunes filles
chrétiennes âgées entre 13 et 16 ans étaient enlevées et violées
par des islamistes à Minya en Haute-Egypte et qu’elles étaient
converties de force à l’islam. « Maintenant, ils veulent tenir
une conférence sans l’autorisation de l’Eglise copte en Egypte.
Le pape Chénouda III est le seul responsable de la communauté
copte en Egypte et non pas les Américains ni les coptes de
l’étranger. Même s’il y a des problèmes, on refuse que n’importe
quel pays menace l’Egypte de sanctions qui pourraient influencer
aussi bien les musulmans que les coptes qui vivent sur le
même territoire », s’insurge Assaad.
Sarwat Bassili,
du Conseil ecclésiastique, explique que dans les années 1980,
le président Sadate a décidé d’exiler le pape Chénouda III.
Une décision qui avait incité plusieurs coptes à émigrer aux
Etats-Unis. Ils ont quitté le pays avec un sentiment de persécution.
« Ce qui a donné une fausse image sur les coptes de l’Egypte.
Et à chaque fois qu’un incident survient, ce sentiment de
persécution réapparaît. C’est ce sentiment qui les pousse
à réclamer aux Américains de défendre les coptes d’Egypte.
Or, cette situation fait le jeu des Américains qui se servent
de la question copte pour leurs propres intérêts », assure
Bassili. Avec le gouffre financier représenté par la guerre
en Iraq, Washington souhaite réduire l’aide extérieure accordée
à certains pays, dont l’Egypte. A cet égard, les problèmes
des coptes peuvent être un bon prétexte. Amin Iskandar, penseur
copte et membre du Centre copte des études sociales, se demande
: « Si les coptes de l’étranger veulent vraiment résoudre
les problèmes de leur communauté, pourquoi ne pas appeler
à tenir cette conférence ici en Egypte avec la participation
des représentants de l’Eglise et d’Al-Azhar et d’une délégation
de la communauté copte de l’étranger ? Toutes les parties
pourront y exposer ouvertement leurs problèmes sans l’intervention
des Américains », explique-t-il.
Plusieurs intellectuels
coptes ont refusé de participer à la conférence. De même,
l’Eglise copte orthodoxe a annoncé son refus d’y participer.
Pourtant, certains comme Youssef Sidhom, propriétaire de l’hebdomadaire
chrétien Watani, pense qu’on ne peut pas ignorer les différends
qui existent entre les deux communautés. « Les Etats-Unis
veulent nous aider à résoudre ces problèmes. C’est tout. Puisque
jusqu’à présent, il n’existe pas une instance chargée de discuter
des problèmes existant entre les deux communautés », explique
Sidhom. Il soutient la proposition faite par certains intellectuels
de créer un conseil pour les droits de la citoyenneté. Ce
dernier regrouperait des figures chrétiennes et musulmanes
et dont la mission serait de détecter l’origine des problèmes,
de faire des propositions tout en ouvrant des espaces de dialogue
entre les deux communautés en cas de problème. « Un tel conseil
peut éviter l’intervention étrangère. Mais le dossier de sa
création a été négligé par les responsables. Pourquoi donc
sont-ils gênés de cette conférence, puisque nous sommes incapables
de discuter des causes profondes de nos problèmes ? », conclut-il
.