|
Industrie
égyptienne. 30 000
industriels peinent à s’acquitter de leurs dettes auprès
des banques. Ces dernières refusent de leur accorder les
privilèges concédés aux grands investisseurs. La balle
est dans le camp du gouvernement. |
| Les
victimes des gros calculs |
Ils
sont trop longtemps restés dans l’oubli. Ce n’est que
récemment que le gouvernement et la presse se sont penchés
sur le sort de ces 30 000 insolvables du secteur industriel.
Cela fait maintenant 8 ans que le problème des investisseurs
insolvables a surgi. Or tout au long de cette période,
les administrations des banques n’ont déployé des efforts
que pour régler les problèmes des grands investisseurs
qui doivent chacun aux banques des sommes de plus d’un
milliard de L.E. Des noms comme Rami Lakah, Tayssir Al-Hawari,
Amr Al-Nacharti, Ahmad Bahgat sont, parmi une dizaine
d’autres, tous des stars du monde des affaires, et donc
leurs nouvelles font la une des journaux.
Mais l’ampleur des problèmes des petits
et moyens industriels a poussé la Fédération des industries
à réagir. Depuis un an, un comité de financement a été
créé au sein de cette fédération, pour s’occuper du dossier
des insolvables. Selon ce comité, la grande majorité des
insolvables est formée de petits et moyens investisseurs
qui doivent chacun aux banques des sommes inférieures
à 250 millions de L.E. Alors que 2 000 investisseurs seulement
classés parmi les poids lourds, soit 6,7 % des insolvables
industriels, doivent chacun aux banques des sommes qui
dépassent les 250 millions de L.E. En fait, depuis la
seconde moitié des années 1990, un cycle de récession
a frappé de plein fouet l’économie égyptienne, causant
des problèmes financiers à un grand nombre d’investisseurs
(voir encadré).
Ahmad Atef, président du comité du financement
de la Fédération des industries, estime la totalité des
sommes que doivent les insolvables petits et grands de
l’industrie aux différentes banques à environ 15 milliards
de L.E. Les chiffres exacts sont inconnus même du président
du comité, car les responsables de la Banque Centrale
d’Egypte (BCE) imposent un black-out sur toute information
concernant les insolvables. « On ne s’imaginait pas que
le problème était de cette ampleur. Après la création
du comité, j’ai commencé à recevoir des plaintes d’investisseurs
des quatre coins de l’Egypte. En fait, le problème n’a
épargné aucune des nouvelles villes industrielles depuis
Al-Amériya, à Alexandrie, jusqu’à Al-Kawsar, à Sohag,
en Haute-Egypte, en passant par les villes du 10 de Ramadan,
du 6 Octobre, etc. », assure Atef.
Aucune solution à ce problème n’a été
trouvée et un bras de fer oppose toujours les banques
aux investisseurs. Ces derniers se plaignent des responsables
des banques qui, selon eux, proposent des rééchelonnements
draconiens. D’un autre côté, les banques s’en tiennent
à un traitement de rigueur.
« Les banques réclament le remboursement
de grosses sommes en de courtes durées et cela est dans
la majorité des cas au-dessus des capacités financières
de l’investisseur. Ce dernier accepte le deal de peur
d’atterrir en prison. Alors que les deux parties, l’investisseur
et la banque, savent très bien que ce dernier ne pourra
pas respecter le deal », commente Ahmad Atef. « Par conséquent,
la plupart des investisseurs qui ont conclu des accords
de remboursement ne tarderont pas à redevenir insolvables
», ajoute-t-il. Il raconte l’histoire d’un investisseur
emprisonné qui vient de lui envoyer une lettre réclamant
son aide. « Je suis prêt à céder toutes mes propriétés
afin de sortir de cet enfer. Comment pourrais-je rembourser
mes dettes alors que je suis enfermé ici ? », a écrit
l’investisseur dans sa lettre.
La BCE, dont le rôle est de surveiller
l’activité des banques, n’intervient que dans le rééchelonnement
des dettes des grands insolvables. Alors que les petits
et moyens insolvables sont laissés aux banques qui n’adoptent
pas toutes une politique unifiée vis-à-vis du problème.
« Les banques ont dû fléchir devant les grands insolvables
à cause de l’importance des sommes qu’ils leur doivent.
Mais ils refusent d’offrir des facilités aux petits et
moyens investisseurs », assure l’un d’eux.
|
Divergences sur l’annulation
des intérêts
|
|
Outre l’allégement des conditions du
rééchelonnement, la principale demande des investisseurs
est l’annulation d’une partie des intérêts accumulés au
cours des années. C’est ce que la majorité des banques
refusent catégoriquement. « On ne va pas renoncer à une
seule piastre de notre argent. Les intérêts font partie
de ces dettes », insiste un responsable de la Banque Misr
qui a requis l’anonymat.
D’autres banques se sont montrées plus
flexibles. Hossam Nasser, vice-président de la Banque
du développement industriel, assure que sa banque adopte
une stratégie clémente avec les insolvables. « Avant d’imposer
à l’investisseur un rééchelonnement, on visite le projet
et on étudie ses capacités de production. Si on trouve
que le client est vraiment dans l’impasse, on accepte
d’annuler une partie des intérêts. Parfois même une part
de la dette. Notre but n’est pas de tuer les clients mais
de récupérer notre argent qui est celui de nos clients
», se défend Hossam Nasser qui met en garde ceux qui jouent
les insolvables. « Ce n’est pas le cas avec tous les créanciers.
Je poursuis les investisseurs qui ont les capacités et
refusent de rembourser. Je ne vais jamais hésiter à les
mettre en prison », fait-il savoir.
« Si le gouvernement veut qu’on renonce
à nos intérêts, qu’il paye à la place de ces gens. Si
le gouvernement avait payé les dettes qu’il devait aux
industriels, la situation aurait pu être différente aujourd’hui
et beaucoup auraient pu rembourser », ajoute le responsable
de la Banque Misr. Même son de cloche chez Ahmad Atef,
qui assure que le gouvernement doit de grosses sommes
au secteur privé. « Le ministère de l’Education, à titre
d’exemple, ne paye ses dettes qu’un an plus tard. Comment
pourront-ils dans ces conditions respecter leurs engagements
vis-à-vis des banques ? », s’exclame un propriétaire d’une
imprimerie.
Cela veut-il dire que la balle est dans
le camp du gouvernement ? Toutes les parties réclament
son intervention. Le porte-parole des insolvables, Ahmad
Atef, a avoué du haut du comité qui doit normalement se
pencher sur le dossier être incapable de traiter seul
l’affaire. « J’ai demandé l’aide du gouvernement, mais
en vain. Les procédures des banques sont lentes et compliquées.
Or, le temps est un facteur décisif dans cette affaire.
Les conséquences seront irrémédiables et plusieurs usines
fermeront définitivement si la question n’est pas tranchée
dans les plus brefs délais », conclut-il.
|
Marwa
Hussein
Névine Kamel |
|
| Retour
au sommaire |
| |
|
|
Un problème vieux de huit
ans |
|
Le problème des créances douteuses a
éclaté en Egypte il y a 8 ans, en 1997, au cours du mandat
du premier ministre Kamal Al-Ganzouri, précisément suite
au célèbre procès dit « des députés des crédits ».
Cela a été déclenché suite à la crise
asiatique qui a frappé ces pays et qui a fait causer la
chute de leur monnaie. Un atout qui a poussé les importateurs
égyptiens, notamment avec l’application des accords de
l’OMC, à multiplier le volume de leurs importations des
pays asiatiques.
Cette ouverture imprévue à laquelle le
gouvernement n’a pas été préparé, comme l’a signalé Ahmad
Atef, président du comité du financement à la Fédération
des industries, a eu des répercussions destructives sur
l’industrie égyptienne. Les produits égyptiens non compétitifs
et dont le prix est beaucoup plus élevé n’ont pu résister
devant les produits asiatiques et leurs prix plus bas.
La crise des insolvables s’est aggravée
en 2000 vu la décision des banques d’obliger tout industriel
de couvrir les crédits à hauteur de 100 % au lieu de 25
% auparavant. L’investisseur devait payer à la banque
la totalité de la somme avant de récupérer son argent
du marché.
En 2003, la décision de la libéralisation
du taux de change est venue envenimer la situation. Suite
à cette décision, les investisseurs ont dû payer le double
de la facture pour importer les matières premières nécessaires
à leur industrie. Par conséquent, le coût de leurs produits
a augmenté, devenant de plus en plus moins alléchants
face aux produits asiatiques, dont le prix est beaucoup
plus inférieur. Le problème des insolvables s’est largement
étendu dès lors et 13 parmi les 15 chambres de la Fédération
des industries sont touchées par le problème. Seules celles
du cinéma et du pétrole demeurent à l’abri de ce problème.
|
| |
| |
|