Si
l’on se fie aux chiffres, l’industrie égyptienne n’a pas
à se plaindre : en 10 ans (1993-2003), le taux de croissance
du produit industriel égyptien a augmenté de 7,2 % et
après un ralentissement, le taux s’est aligné sur 6,2
%. Ces taux, relativement élevés, sont au-delà de la moyenne
des pays voisins du Nord de l’Afrique, notamment le Maroc
et la Tunisie, ainsi que l’ensemble des pays en développement.
Cependant, ils sont loin de refléter dans la réalité un
tableau reluisant.
En fait,
ces taux de croissance assez élevés n’ont pas engendré
une augmentation de la part de l’industrie dans le Produit
Intérieur Brut (PIB) comme c’est le cas dans les autres
pays en développement. Ainsi, si dans l’ensemble de ces
pays l’industrie participe, au PIB, à hauteur de 23 %,
dans le cas égyptien, cette part se réduit à moins de
20 %.
Plus encore,
le pays est jugé à la traîne si l’on compare le taux de
croissance de son produit industriel par individu avec
celui des autres pays en développement. Ainsi, la part
de chaque individu dans le produit industriel a été estimée
à 148 dollars, durant les cinq premières années des dix
ans cités plus haut, pour augmenter ensuite à 189 dollars.
Alors que la moyenne des pays en développement était beaucoup
plus élevée, soit 239 et 292 dollars.
Ahmad Al-Naggar,
rédacteur en chef de la publication annuelle intitulée
Tendances économiques et stratégiques, note aussi que
les politiques de l’industrialisation entreprises par
les différents gouvernements en Egypte n’ont pas réussi
à élever la part des produits industriels dans les exportations.
Ainsi, les exportations industrielles égyptiennes ont
représenté 0,2-0,3 % seulement de celles de l’ensemble
des pays en développement. Essam Galaleddine, directeur
du Centre du développement technologique et industriel,
juge pour sa part que les tentatives de développement
du secteur souffraient toutes d’un manque de vision commune
qui a pour rôle de synchroniser les nombreux programmes
de développement.
En conséquence,
le secteur industriel est resté, dans l’ensemble, détérioré.
Le Rapport de la compétitivité égyptienne de 2004-2005,
diffusé le 24 octobre dernier, a noté la détérioration
du classement de l’Egypte, durant les cinq dernières années.
Et cela en ce qui concerne « la compétitivité de la performance
du secteur privé (principal producteur industriel) ».
Cet indicateur mesure les facteurs qui mènent à l’augmentation
de la productivité ainsi que les rouages économiques qui
affectent l’environnement des affaires. Les pays les plus
efficaces sont classés en avant. Ainsi, en 2000, sur 100
pays, l’Egypte a été classée à la 39e place, au moment
où Israël était à la 18e, le Chili à la 26e, alors que
la Turquie et la Malaisie occupaient respectivement les
29e et 30e places. Pire encore, ce classement a régressé
au fil des ans. En 2004, l’Egypte a été alors classée
à la 66e place. Selon le rapport, ce classement médiocre
est notamment dû au manque d’innovation ainsi qu’aux budgets
limités consacrés à la Recherche et au Développement (RD).
En fait,
l’Union Européenne (UE) avait alloué, en 1999, un financement
qui s’élève à 250 millions d’euros au gouvernement égyptien,
afin de développer un programme de modernisation de l’industrie.
Et cela dans le but d’encourager l’Egypte à signer l’accord
d’association avec l’UE. Cependant, le programme a traîné
pendant tout ce temps et le deadline du financement va
échoir l’année prochaine sans que le secteur n’en ait
profité (voir article de la page 15).
Enfin, le
rapport de la compétitivité égyptienne montre que le manque
de financement représente le premier obstacle aux affaires
dans un sondage effectué en 2003 et 2004 auprès des directeurs
exécutifs dans le secteur privé. Un fait que confirment
les chiffres de la Banque Centrale d’Egypte (BCE). Ainsi,
le bulletin mensuel de la BCE révèle que les crédits alloués
au secteur industriel en 2004 n’ont atteint que 80,6 millions
de L.E., soit presque 7 % de l’ensemble des crédits bancaires
alloués durant cette année. Ce qui a poussé le ministre
de l’Industrie et du Commerce extérieur, Rachid Mohamad
Rachid, à mettre en garde contre les conséquences du manque
de financement, un obstacle qui peut désormais mener à
la fermeture de centaines, voire de milliers d’usines
dans le pays (voir principal en bas de la page 14).
Pour Al-Naggar,
il faut « agir vite afin d’assainir le climat des affaires,
si l’Egypte veut attirer une part conséquente des Investissements
Directs Etrangers (IDE) ». Cela est d’autant plus urgent
que le contexte mondial témoigne d’une croissance mondiale
élevée et d’un flux croissant des IDE. L’Egypte a été
au début des années 1990 la 48e destination mondiale des
IDE, mais elle est passée à la 91e en 2003. Pour dire
que l’heure est à l’action.
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