L’armée
éthiopienne est « prête à prendre les mesures nécessaires pour
défendre la souveraineté de son pays ». Ces déclarations du
premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, témoignent du sérieux
de la situation dans la Corne de l’Afrique. En effet, les tensions
vont croissant à la frontière de l’Ethiopie avec l’Erythrée.
Ces tensions se sont traduites sur le terrain par des mouvements
de troupes enregistrés aux frontières depuis trois semaines.
Cette situation a suscité l’inquiétude de l’Union
Africaine (UA) qui a appelé les deux pays voisins à faire preuve
de retenue. Le président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar
Konaré, a averti contre « le risque d’une confrontation militaire,
avec des implications très importantes pour les deux pays et
la région tout entière ». Même inquiétude chez le secrétaire
général des Nations-Unies, Kofi Annan, qui a appelé les deux
parties à mettre fin immédiatement à tout acte pouvant être
mal interprété par l’autre camp, ou mettre en danger les accords
de sécurité de 2000. Le Conseil de sécurité de l’Onu discute
depuis la semaine dernière d’un projet de résolution qui appelle
les deux Etats voisins à appliquer une décision d’une commission
internationale d’arbitrage sur leur différend frontalier. Le
projet appelle les deux parties à mettre en œuvre, sans délai,
cette décision et à créer les conditions nécessaires pour que
commence sans délai la démarcation effective de la frontière.
Le Conseil de sécurité a en outre envoyé dimanche l’un de ses
membres, l’ambassadeur du Japon Kenzo Oshima, en mission d’information
en Erythrée et en Ethiopie. Oshima s’est rendu auprès de la
Mission de l’Onu en Ethiopie et Erythrée (Minuee), en tant que
président du groupe de travail du Conseil sur les opérations
de maintien de la paix.
Bien que devant rencontrer les dirigeants éthiopiens
à Addis-Abeba et érythréens à Asmara, il a affirmé que sa visite
n’avait pas pour but de négocier sur le fond du différend entre
les deux pays mais « de s’informer de la situation sur le terrain
». Les membres du Conseil restent très préoccupés à la fois
par les restrictions inacceptables imposées à la Minuee, qui
doivent être levées, et « par l’impasse persistante dans la
mise en œuvre de la décision de la commission frontalière Erythrée-Ethiopie
», a déclaré son collègue russe, Andreï Denisov, qui préside
le Conseil de sécurité pour le mois de novembre. Dans une déclaration
au nom du Conseil, il a réitéré l’inquiétude de celui-ci, due
aux informations faisant état de mouvements de troupes à la
frontière entre les deux pays. La Minuee a demandé officiellement
au Conseil de sécurité d’agir pour prévenir un nouveau conflit
entre les deux pays en qualifiant la situation de « potentiellement
explosive ». « Il y a une impasse qui doit être résolue, sinon
nous verrons une reprise du conflit qui s’est achevé en 2000
», a souligné le chef de la Minuee, Joseph Legwaila.
Aux termes d’un accord de paix conclu en décembre
2000 à Alger après une guerre de deux ans qui avait fait quelque
80 000 morts, les deux pays s’engageaient à respecter la décision
« finale et obligatoire » de démarcation de la frontière qui
serait prise par une commission indépendante. La commission
a publié un tracé en 2002 mais jusqu’à ce jour, Addis-Abeba
le conteste et la démarcation n’a toujours pas commencé. L’Erythrée
a plusieurs fois prévenu qu’un nouveau conflit était imminent
en raison du refus éthiopien d’accepter le tracé frontalier.