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France . Les violences nées de la mort accidentelle de deux jeunes en banlieue parisienne divulguent, si besoin en était, le malaise des populations immigrées dans la société.
Le tout sécuritaire bousculé

La violence qui secoue Paris et ses banlieues depuis treize nuits maintenant a de quoi inquiéter les autorités françaises. En effet, plus de 1 300 véhicules brûlés dans la nuit de samedi à dimanche 6 novembre donne à réfléchir sur les raisons de cette « révolution des banlieues ». L’élément déclencheur est la mort, jeudi 27 octobre, de deux jeunes hommes originaires de l’immigration à Clichy-sous-Bois, une banlieue parisienne. Se croyant poursuivis par la police, les deux jeunes et leur ami Muhittin Altun, se sont réfugiés dans un transformateur électrique, mais se sont accidentellement électrocutés. Après le drame, des émeutes ont éclaté dans toute la ville, où des dizaines de jeunes s’en sont pris aux pompiers, aux forces de l’ordre et aux bâtiments publics.

La contagion de la violence dans nombre de villes françaises sensibles, depuis samedi dernier, met le gouvernement dans une position très délicate. Plusieurs centaines de communes ont été touchées par des incendies de voitures ou des troubles avec les forces de l’ordre, à Avignon, Toulouse, Lyon, Lille, Roubaix et Nantes. Sur fond de tension, le chef de l’Etat français, Jacques Chirac, tente de réagir par la réunion, dimanche, d’un conseil de sécurité intérieur. La conclusion de sa deuxième intervention, faisant suite à celle du 2 novembre où il a appelé à l’apaisement, donne la « priorité au rétablissement de la sécurité et de l’ordre public ». Il a précisé que « ceux-là qui veulent semer la violence ou la peur, ceux-là seront appréhendés, jugés et punis ».

Face à l’ampleur des événements, le premier ministre, Dominique de Villepin, et le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, ont mis l’accent sur la fermeté et la justice. Le premier ministre a, pour favoriser le dialogue, reçu, dimanche à Matignon, les membres des forces de l’ordre engagés dans les zones urbaines sensibles, des enseignants ainsi que le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Depuis le début des affrontements, plus de 160 personnes ont été déférées devant les tribunaux, dont trente, majeures, ont écopé de prison ferme.


Sentiment de désintérêt

Les réactions très tardives, voire inexistantes des responsables gouvernementaux ont accentué le sentiment de désintérêt pour la situation des villes françaises sensibles, donnant le spectacle d’une gestion désordonnée de la crise. La révolte des banlieues, au cœur des débats français depuis la fin des années 1970 — le chômage, l’immigration, l’échec scolaire, l’urbanisme, le racisme — est au cœur des rivalités et de la compétition politique. Aujourd’hui, elle engage, sur le thème du maintien de l’ordre, le chef du gouvernement, Dominique de Villepin, et Nicolas Sarkozy. Ce dernier, qui avait prôné le nettoyage au « Kärcher » les banlieues, qualifiant par la même ses jeunes de « bande de racailles », s’est pris au piège de sa propre politique de fermeté. Un vent de contestation s’est levé contre lui à la suite des événements. François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, a jugé ses propos qualifiant les jeunes d’« intolérables », et Daniel Cohn Bendit est allé jusqu’à demander sa démission.

De fait, le ministre de l’Intérieur est apparu isolé politiquement, isolement accentué par le mutisme de sa frange politique, qu’il s’agisse de Jean-Louis Borloo pour l’Emploi et la Cohésion sociale, de M. Larcher pour l’Insertion sociale des jeunes, de M. Vautrin pour la Cohésion sociale ou de Gilles de Robien pour l’Education.

La France vit actuellement une grave crise qui, au travers du fossé et des fortes tensions qui existent entre les forces de police et les jeunes de banlieues ou de quartiers défavorisés, révèle l’échec d’une politique de la ville incapable de résorber la crise urbaine. Pour le sociologue Eric Merlière, l’extension des violences à toute la France traduit l’existence d’un « destin commun lié à l’exclusion, à la discrimination, au passé colonial. Les enfants d’ouvriers français de souche connaissent eux aussi des périodes difficiles économiquement ». Il y a donc, selon lui, « un terreau commun d’exclusion, d’échec, d’injustice, de discrimination ». « Les inégalités sont toujours là. La politique de la ville, à mon sens, montre ses faillites aujourd’hui ».

Le gouvernement doit aujourd’hui changer toute son analyse de la gestion de la crise urbaine. Associée explicitement à la dérive des quartiers, la gestion de la présence immigrée en termes de risque et de violence depuis les années 1990, montre l’échec de cette orientation de la politique de la ville. La France doit reconsidérer sa politique de la ville la basant sur des indicateurs économiques et sociaux plutôt que sur des considérations ethniques.

Lailla Choug

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